Charles III, duc de Créquy : ci-dessus, p. 11 et note
4. La compagnie des cent gentilshommes ordinaires qu'on désignait du nom de « gentilshommes au bec de corbin » parce qu'ils avaient conservé une ancienne hache d'armes munie, à l'opposé de la lame, d'une pointe recourbée appelée bec de corbin ou faucon, remontait au temps de Louis XI, mais avait été dédoublée en 1498, et formait ainsi deux bandes de cent gentilshommes, commandées chacune par un capitaine. Le seul service de cette troupe d'élite consistait à se tenir près du Roi dans les jours de bataille ou à le précéder en longue colonne de deux hommes de front, dans les grandes cérémonies. Voyez la Milice fran-
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fort bien avec le Roi alors, et avec un air d'autorité à la cour, étoit premier gentilhomme de la chambre : il lui fit avoir des entrées sous ce prétexte de sa charge. Le Pioi le traitoit bien et lui parloit souvent; il étoit de tous ses voyages et au milieu de la meilleure compagnie de la cour; tout lui rioit, l'âge, la santé, le bien, la fortune, la cour, les amis, même les dames, et des plus importantes, qui l'avoient trouvé à leur gré^ Dieu le toucha par la lecture d'Abbadie"" : De la vérité de la religion chrétienne'^ ; il ne balança ni ne disputa, et se retira
çoise du P. Daniel, tome II, p. 99-111, et l'État de la France, année 1698, tome I, p. 5'29-o31, ou les autres éditions. Les mss. Clairambault 817, 838 et 839 renferment dé nombreux documents et notes sur ces compagnies. C'est le 23 juillet 1684 que le comte du Charmel fut pourvu de celle des deux charges de capitaine que M. d'Hiimières lui avait vendue vingt mille écus (Journal de Dangeau, tome I, p. 30; Arch. nat., 0' 28, fol. 196). Après sa retraite, cette seconde bande fut dissoute, et il n'en resta plus qu'une seule.
1. Le Chansonnier (ms. Fr. 12 620, p. 77) le montre, en 1680, adoré et désiré de toutes les dames ; mais le sens du couplet paraît ironique.
2. Jacques Abbadie, protestant béarnais né en 1654 et élevé aux frais de sa province, fut d'abord prédicateur à Saumur (1680) ; puis, ayant été appelé à Berlin par l'électeur de Brandebourg pour être ministre dans l'église française (1684), il passa de là en Angleterre (1689), s'associa aux ministres réfugiés de l'église dite de la Savoie, à Londres, et, plus tard, fut appelé par lord Galloway en Irlande pour y avoir un doyenné. Il mourut à Saint-Mary-le-Boue, le 25 soptembre 1727.
3. Cet ouvrage d'Abbadie, de qui on ne possédait jusque-là (jue des sermons et un panégyrique de l'électeur de Brandebourg, fut imprimé pour la première fois à Rotterdam en 1684, et eut plusieurs éditions ou ti'aductions. Comme témoignage du succès (pii l'accueillit à son apparition, je rappellerai ce qu'en disaient Mme de Sévigné : « C'est le plus divin de tous les livres. Cette estime est générale.... Je ne crois pas qu'on ait jamais parlé de la religion comme cet homme-là; » el Bussy-Babutin : « — C'est un livre divin, je ne dis pas seulement pour la matière, mais encore pour la forme. Je ne veux plus lire que ce livre-là pour ce qui regarde mon salut. Il ne nie feroit pas quitter le monde, comme il y a obligé le Charmel, (juand je ne serois non plu;:marié que lui ; mais il me le fera bien mépriser, et il m'en persuadera le détachement par l'esprit.... » Voyez Chaufepié, Supplément du Dictionnaire de Baylc, tome 1, p. 16.
dans une maison joignant l'Institution de l'Oratoire'. Le Roi eut peine à le laisser aller : « Quoi? lui'- dit-il, Gharmel, vous ne me verrez jamais? — Non, Sire, réponditil; je n'y pourrois résister, je retournerois en arrière. Il faut faire le sacrifice entier et s'enfuir. » Il passoit sa vie dans toutes sortes de bonnes œuvres, dans une pénitence dure jusqu'à l'indiscrétion, et alloit le carnaval, tous les ans, à la Trappe; il y demeuroit ju.squ'à Pâques, où, excepté le travail des mains, il menoit en tout la même vie que les religieux^. C'étoit un homme d'une'
i. Il a été parlé plus haut (p. "^l) de la congrégation de l'Oratoire, dont le siège principal était dans la rue Saint-Honoré. La maison annexe qu'on appelait Institution, et qui servait de noviciat, fut fondée en 1659, dans le faubourg d'Enfer, grâce aux libéralités de Nicolas Pinette, trésorier du duc d'Orléans, et subsista jusqu'en 1792; c'est aujourd'hui l'hospice des Enfants-Assistés et un couvent de dames de la Visitation. Nous verrons aussi se retirer dans une des modestes maisons groupées autour de l'Institution le chancelier de Pontchartrain, dont Saint-Simon parlait tout à l'heure". — C'est le 6 novembre 1687, au soir, en prenant congé du Roi, que M. du Charmel annonça sa résolution, d'autant plus étonnante, dit Dangeau (tome II, p. 62, avec Addition de Saint-Simon), « qu'il n'avoit que des sujets de joie, et qu'il étoit fort agréablement ici et avec le Roi et avec les courtisans. » A une épitre du duc de Nevers sur cette retraite, du Charmel répondit par « une très bonne et très, solide prose, et d'un homme content de son état, » où Mme de Sévigné, qui avait partagé son admiration pour Abbadie, n'apprécia pas moins la « manière naïve dont il peint la douceur et la tranquillité de son âme. » {Lettres, tomes YIII, p. 169, et X, p. 20-21.) Lorsque Nicole mourut (voyez notre tome II, p. 363-364), du Charmel fut l'un de ses légataires universels, avec l'oratorien Charles- Armand Foucquet et Messire Bernard Couët, prieur de Saint-Philbert (Arch. nat., Y 269, fol. lo3 v°).