Sainctot et l'audience dti légat Chiyi. (Page
o janvier 1698. — Sainctot faisoit ce qu'il vouloit et favorisoit qui il lui plaisoit avec adresse et hardiesse, quitte à être grondé quand les cas y échéoient : ce qui étoit fort rare par le mépris et l'ignorance de tout ce qui est cérémonies*. Pendant qu'il étoit maître des cérémonies, il raettoit et oraettoit sur ses registres tout ce qu'il lui plaisoit, et en la manière, qu'il lui plaisoit : ce qui a été contagieux depuis au grand maître et au maître des cérémonies, et jusqu'à celui de l'ordre du Saint-Esprit. En voici un exemple célèbre. L'affaire de l'insulte faite à Rome par la garde corse du pape Alexandre VII, à l'instigation de ses parents, au duc de Créquy, ambassadeur de France, ayant été terminée par le traité de Pise, en 1664, si glorieux à la couronne, on ne perdit point de temps à son exécution. Le cardinal Chigi, neveu du Pape, vint, avec le caractère de légat a latere, demander pardon au Roi, et y reçut tous les^honneurs dont ce caractère est en possession : ainsi il eut un fauteuil à son audience, ce qui empêcha les princes du sang de
1. Ainsi, au pluriel, après le sujet et avant l'autre verbe au singulier.
2. L's finale est douteuse; une plume moderne semble y avoir touché.
s'y trouver, et y fut conduit par les comtes de Soissons et d'Harcourt, des maisons de Savoie et de Lorraine. Il avoit été stipulé que ce pardon seroit demandé en présence des grands du Royaume : ainsi le Roi avoit fait convier les ducs à s'y trouver par le grand maître des cérémonies, de la part de S. M. Ceux-ci prétendirent y être couverts, parce que les princes étrangers le sont aux audiences depuis Henri IV ; et finalement décidé que ni les uns ni les autres ne le seroient. Là-dessus, les deux princes conducteurs firent des instances pour en être dispensés. Ils ne le purent obtenir, et assistèrent à toute l'audience, en laquelle il n'y eut que le Roi et le légat de couverts. Grand nombre d'années après, puisque ce fut depuis que Monseigneur eut Meudon, et pendant un voyage que le Roi y fit, la tapisserie qui fut faite de cette audience, avec les visages fort au naturel, se trouva tendue dans ce qu'on appeloit l'appartement de Madame, par oîi le Roi passoit pour aller à la messe. Quelqi^i'un de bien au fait * remarqua que les comtes de Soissons et d'Harcourt y étoient représentés couverts, et ce dernier fort reconnoissable par cette perle qu'il portoit à l'oreille, d'où le nom du Cadet-la-Perle lui étoit demeuré 2. Ce quelqu'un se récria sur cette faute. Chamiay, qui s'y trouva, soutint qu'ils étoient couverts aux audiences; mais il apprit la différence, et la raison de la différence de celle-ci. Cependant celui qui avoit remarqué cela en avertit M. de Coislin, qui avoit assisté à l'audience, M. de Chaulnes, M. de Chevreuse et quelques autres. On parla à Sainctot, qui étoit alors maître des cérémonies, et qui convint de la vérité. De là, ces Messieurs voulurent voir son registre : il fut embarrassé, mais il n'osa s'y opposer, d'autant qu'ayant vendu depuis peu cette charge à Desgranges pour acheter celle d'introducteur des ambassadeurs, il lui avoit donné ses registres, comme appartenant à la charge qu'il lui vendoit. Desgranges les montra donc, et on n'y trouva rien du tout sur la couverture : en sorte que ce silence, en chose de cette conséquence, alloit à prouver que les deux comtes avoient été couverts, puisqu'ils en étoient en possession à toutes les audiences. On retourna à Sainctot, et on lui fit voir son registre. Il ne se put tirer d'un si mauvais pas que par des pardons redoublés, et par offrir tout ce qui pouvoit dépendre de lui pour réparer une si lourde faute et qui avoit tellement l'air de n'avoir pas été innocente. Il corrigea donc le registre même de sa main, y faisant mention de l'erreur de la tapisserie, et donna six^ certificats de ce fait, signés de lui, à autant de ducs, chacun un, et se tint très heureux de ce qu'on voulut bien n'en pas faire de bruit. Cette aventure et quelques autres ne donnent pas grande confiance aux registres.