Rivalité de Keppel et de Portland
(Page 70.)
4 juin 1718. — Keppel étoit Hollandois aussi bien que Bentinck, le plus intime, le plus ancien et le plus constamment favori du prince d'Orange, et le confident de tous ses secrets* d'État et de conduite, qu'il fit comte de Portland, chevalier de la Jarretière, et infiniment riche, lorsqu'il eut usurpé la couronne d'Angleterre; et ce fut lui qu'il envoya ambassadeur ici, lorsqu'à la paix de Ryswyk il fut reconnu roi. Quoique le séjour de Portland à Paris ne fut pas long, malgré toutes les fêtes qui lui furent prostituées, il trouva, à son retour, la faveur déjà commencée de Keppel tellement augmentée, que la sienne ne fit plus que diminuer, et que la fortune et la faveur de l'autre crût toujours jusqu'à la mort de Guillaume III.
245. L'abbé de Coëtelez et l'abbé de la Chastre. . (Page 83.)
18 avril 1698*-^. — L'abbé de Coëtelez"' étoit un gentilhomme de Bretagne, frère d'un capitaine aux gardes fort estropié et qui avoit bien servi. Il étoit parent de la maréchale de Créquy, et souvent chez elle. Sa nomination donna une si furieuse envie à l'abbé de la Chastre, aumônier du Roi, qu'il fit passer avec adresse entre les mains du P. de la Chaise les avis les plus noirs et les plus atroces contre la vie et les moîurs de l'abbé de Coëtelez, qui avoit toujours passé pour fort sage et réglé, et fort honnête homme. Dans la suite, le P. de la Chaise eut les preuves de la fausseté de ces avis, et, comme il étoit homme fort droit et fort ennemi des mauvais offices, il fit ce qu'il put pour procurer à l'abbé de Coëtelez une réparation digne de l'affront qu'il avoit reçu, par un évêché considérable; mais le Roi, qui ne revenoit presque jamais, et qui soupçonnoit toujours ceux dont on lui avoit dit du mal, quelque faux que ce mal pût être prouvé par la suite, ne voulut jamais rien faire pour l'abbé de Coëtelez, jusqu'à en avoir des prises avec le P. de la Chaise et lui reprocher qu'il étoit trop bon. Cette affaire fit une peine infinie au P. de la Chaise, qui ne se rebuta point pendant presque tout le reste de sa vie. L'abbé de Coëtelez, outré de douleur, se retira d'abord sans qu'on sut où, puis dans la Chartreuse de Rouen, où, sans prendre l'habit, il vécut plusieurs années comme les chartreux et ne vit qui que ce soit au monde. De là, il s'en alla chez lui, où il garda
extrêmement que le Roi désigna tout linut l'ambassadeur de Venise pour prendre le bougeoir des mains du premier valet de chambre.