Saint-Simon Ini-môme : ci-dcssiii=, p. 140-1 i'L
que, n'en pouvant plus procurer, il scroit plus que content de n'avoir plus de compte à en rendre à Dieu, et de n'avoir qu'à le prier et avoir soin de son salut dans la retraite ; que ses sentiments n'ctoient point opiniâtreté, mais que, les croyant bons, il n'avoit qu'à attendre la volonté de Dieu en paix, avec soumission, et se garder surtout de faire la moindre chose qui pût, en mourant, lui donner du scrupule. Il embrassa son ami avec tendresse, avec simplicité, et s'enveloppa dans sa seule vertu. Cependant l'orage grossit de plus en plus et vint au point de maturité ; mais il arriva aux Noailles un revers d'où ils ne l'avoient pas attendu. Ils se servoient bien en gros de Monsieur de Paris pour persuader au Roi la nécessité d'un éclat qui retentît jusqu'à Rome et l'obligation de conscience d'ôter d'auprès des princes les levains de mauvaise doctrine ; mais ils le connoissoient trop homme de bien pour espérer son secours dans la vue d'enrichir son frère des dépouilles de M. de Beauvillier, et Dieu permit qu'il en devint l'arbitre. Le Roi, pressé sans relâche, on gros par les évoques, en détail et à découvert par Mme de Maintenon, et tiraillé pourtant par un reste d'habitude, d'estime et de confiance pour M. de Beauvillier, crut devoir coutier ses peines à Monsieur de Paris, en qui alors il avoit une confiance sans réserve sur tout ce qui rcgardoit conscience, et l'estima assez pour le préférer là-dessus à Monsieur de Meaux et à Monsieur de Chartres, quoiqu'il y eût un intérêt bien personnel par rapport au maréchal de Noailles. H lui expliqua donc la résolution qu'il avoit enfin prise, malgré sa répugnance, de chasser M. de Beauvillier, etc., et de donnera M. de Noailles ses places dans le Conseil et auprès des princes. Si Monsieur de Paris y eût consenti, à l'heure même l'affaire étoit faite et déclarée ; mais Monsieur de Paris s'y opposa de toutes ses forces : il représenta au Roi la droiture, la candeur, la vertu du duc de Beauvillier, avec toute la force possible, et la sécurité où le Roi devoit être à tous égards sur lui, et combien même cette chute pourroit mal sonner, par sa .réputation, et attirer de blâme jusque dans tout Rome à la cause qui l'auroit opérée et à ceux qui l'y soutenoient ; et il se rabattit à conseiller au Roi d'ôter d'auprès des princes des subalternes dont on ne seroit pas si sûr, et dont la disgrâce montreroit dans Rome la partialité et les soins du Roi, sans faire un, éclat aussi préjudiciable, et même aussi scandaleux, que d'éloigner le duc de Beauvillier. Ce fut ce qi.u le sauva, et le Roi en fut fort aise. Quelque soin qu'on eût pris, et même avec succès, de l'aliéner du duc, on n'avoit pu lui en ôter l'estime, et l'habitude fit que, n'ayant que la conscience à combattre, il se sentit soulagé quand Monsieur de Paris, en qui il avoit mis sa confiance sur ce point, le força, aux dépens de la grandeur du maréchal son frère, de conserver M. de Beauvillier; mais l'orage tomba sur les autres sans retardement et sans que M. de Beauvillier, si suspect à leur égard, pût leur en sauver à pas un la moindre lie. Mais les Noailles furent outrés, et le maréchal en fut longtemps fort froid avec son frère, sans trop oser le montrer ; et puis sa femme, qui en sentoit les conséquences, fit tant qu'elle les raccommoda.
Mme fie Maintenon en fut, pour le moins, aussi fâchée qu'eux : elle vit son projet échoué au moment du succès, et sans espérance de retour contre des gens qui ne pouvoient donner aucune autre prise; elle ne leur pardonna jamais, donna un grand éloignement d'eux à Mme la duchesse de Bourgogne, et prit en hahile femme le parti de s'accommoder au goût du Roi, sans plus faire de tentatives inutiles, [et] de vivre au moins honnêtement avec ses anciens amis. Mais le maréchal de Villeroy, M. de la Rochefoucauld et un gros d'envieux qui, chacun à sa façon, avoient poussé à la roue, et qui, ravis de la chute des deux beauxfrères, auroient peut-être été encore plus piqués d'en voir profiter le maréchal de Noailles, comme la Rochefoucauld, mais qui ignoroient qui en auroit personnellement profité, furent longtemps sans s'en pouvoir consoler. Ce qui montra bien la difficulté d'y revenir dans la suite fut que le Roi mit en la place des deux gentilshommes de la manche chassés Puységur, si connu à la guerre, et MontvieP, que M. de Beauvillier lui proposa. Vittement fut sous-précepteur : il ne le dut qu'à son mérite et à la beauté de la harangue qu'il avoit faite au Roi à la paix, comme recteur de l'Université. Il eut depuis la même place auprès du Roi d'aujourd'hui, où il signala son désintéressement et sa vertu, laquelle, à la fin, le fit honnêtement renvoyer.
235. La princesse de Rohan et les distinctions de cette maison. ^ (Page 218.)
8 avril 1684. — Cette princesse de Rohan étoit la fille unique du fameux duc de Rohan, dernier chef des huguenots et mort en Valteline commandant l'armée de Louis XIII, et de la fille du célèbre duc do Sully, Maximilien de Béthune, laquelle, avec cette fille 2, soutint si héroïquement pour son sexe le dernier siège de la Rochelle, jusqu'à manger les cuirs de son carrosse. Cette fille se prit d'amour pour M. Chabot, qu'on appeloit Saint-Aulaye, fort protégé de Monsieur Gaston, à qui il étoit, et de Monsieur le Prince, l'épousa et lui porta ses biens immenses, et le fit duc-pair par des lettres de continuation de pairie dont la cour se repentit, et qui furent enregistrées malgré elle, en 4652, et M. de Rohan reçu par l'autorité et la présence de Monsieur Gaston et de Monsieur le Prince au Parlement. Il eut depuis le gouvernement d'Anjou et figura fort peu, sa femme toujours beaucoup. Elle quitta le nom de duchesse pour celui de princesse quand son fils unique épousa Mlle de Vardes, qui prit le nom de duchesse de Rohan, comme fit aussi Mme de Chevreuse, pour éviter la distinction de la vieille, la mère ou la douairière. MM. de Rohan commencèrent alors à être prince^. Mme de Chevreuse, veuve du connétable de Luynes, remariée au duc de Chevreuse dernier fils de M. de Guise tué à Blois, étoit fille du duc de
1. Lo manuscrit porte i>/o?2<?v'e/. — 2. Erreur: voyez ci-dessus,]). 213-21i. 3. Ainsi, au singulier, dans le manuscrit.
Montbazon, gouverneur de Paris, et sœur du prince de Gucmené, de la maison de Rohan. Elle est célèbre par son attachement à la Reine mère, pour qui elle fut chassée par Louis XIII et fut longtemps en Espagne et aux Pays-Bas, et figura grandement pendant sa régence. M. de Sully avoit obtenu le tabouret pour les sœurs du duc de Rohan, son gendre, en faisant le mariage, sous prétexte que leur grand mère étoit Albret-Navarre : ce qui les faisoit issus de germain de Henri IV, et, à défaut de ce prince et de sa postérité, leur donnoit droit à la couronne de Navarre. Mais cette distinction s'étoit bornée là, sans que M. de Soubise, leur autre frère, et qui, après bien des révoltes, mourut en Angleterre sans être marié, y fût compris, sinon qu'il eut en •16"2fi un brevet de duc; beaucoup moins l'autre branche de Rohan, qui étoit Montbazon et l'aînée, parce qu'elle ne venoit point de cette grand mère. Néanmoins, ce fut un prétexte au duc de Luynes, connétable, d'obtenir le tabouret pour sa femme la veille de ses noces, comme une galanterie sans conséquence, et, à la promotion de 1619, où il fut chevalier du Saint-Esprit, il obtint l'Ordre pour le prince de Guémené, son beau-frère, quoiqu'il fut fort jeune, et pour le marquis de Marigny, depuis appelé le comte de Rochefort, frère du duc de Montbazon, son beau-père. Guémené, n'étant point duc, passa le premier après les ducs de la promotion, et Marigny le soixante-septième parmi les gentilshommes, et n'en eut que quatre après lui; sa femme ne prétendit jamais au tabouret. Pendant la Régence, la faveur de Mme de Chevreuse y lit entrer la princesse de Guémené, sa belle-sœur, qui étoit debout, son beau-père vivant. La Reine, qui alloit souvent au Val-de-Gràce, n'y voyoit que ses plus privées favorites, et, dans ce dernier particulier, y fit asseoir une fois ou deux la princesse de Guémené, sous prétexte d'incommodité. Alors elle cessa d'aller au Louvre et au Palais-Royal chez la Reine, et, après longtemps, Mme de Chevreuse et elle obtinrent qu'elle y seroit assise comme elle l'avoit été au Val-de-Gràce. Mme de Senecey, dame d'honneur de la Reine, en eut quelque temps après le tabouret, et sa fille et survivancière aussi, qui étoit la comtesse de Fleix, mère du dernier duc de Foix. La noblesse se joignit aux ducs pendant les divers mouvements de la Régence, et ces tabourets furent ôtés, et, quelque temps après, rendus; mais ils en demeurèrent là. Mme de Rohan eut de M. Chabot, son mari, devenu duc de Rohan, un fils unique et trois tilles : Mmes de Soubise, de Coëtquen et d'Espinoy. La beauté de Mme de Soubise, dont le Roi fut touché, fit la fortune de sa famille. M. de Soubise étoit frère de Mme de Chevreuse et du prince de Guémené mari de celle dont on vient de parler, mais fort disproportionné d'âge, fils du second lit de M. de Montbazon et d'une Avaugour-Goëllo, des bâtards de Bretagne, cette fameuse Mme de Montbazon par sa beauté, dont fut épris l'abbé Bouthillier de Rancé si célèbre et si saint depuis sous le nom d'abbé de la Trappe, où il porta la réforme à un si haut point. M. de Soubise avoit eu une première femme, qui n'avoit jamais prétendu au tabouret. La beauté de sa deuxième
femme le lui valut, et, par degrés, le rang de prince à la maison de Rohan. M. de Montauban, frère du prince de Guémené, petits-neveux de Mme de Soubise, eut un rang le dernier en épousant la sœur de Nogent, veuve de Ranes. Monsieur le lui obtint, et, malgré les charmes de Mme de Soubise, le Roi reprochoit toujours à Monsieur qu'il le lui avoit extorqué. Précédemment à tout cela et de bien loin, le deuxième duc de Guise ayant été tué par Poltrot au siège d'Orléans, sa veuve, qui avoit toujours aimé le duc de Nemours Savoie, le voulut épouser. Elle étoit lille de la duchesse de Ferrare fille de Louis XII : c'étoit un grand avantage pour M. de Nemours, qui l'avoit aussi aimée, mais qui avoit fait un enfant à la fille du vicomte de Rohan, aîné de la maison, sous* promesse de mariage. Le bruit de cefte alfaire, les procédures dont elle étoit menacée à Rome et en France, engagèrent M. de Nemours et Mme de Guise à mettre tout leur crédit pour apaiser tout et se marier sans embarras, et ou y fit consentir Mlle de Rohan ou de la Garnache en lui donnant et érigeant pour elle Loudun en duché vérifié. A ce titre, elle eut le tabouret et rang de duchesse, qui a fini en elle avec ce duché. Ceux de la maison de Rohan remontent là leurs distinctions ; mais ils n'en disent ni l'origine, ni l'espèce, ni les bornes, qui sont telles qu'on les voit.