Mt'nioires, tome XIX, p
■l. La date est restée en blanc dans le manuscrit.
LA PRINCESSE DES URSINS. 51o
figure si prodigieuse, et qui avoit rempli l'Europe de son nom et de son autorité.
« Elle trouva à Rome le cardinal del Giudice, qu'elle avoit élevé aux premiers postes d'Espagne, et qu'elle en avoit ensuite précipité. Elle eut la douleur de savoir le P. Daubcnton rétabli dans sa place de confesseur du roi d'Espagne et dans son premier crédit, et la mort ne lui permit pas de jouir de la chute d'Albcroni, cause, ou du moins instrument si perfide de la sienne. C'est une perte à regretter sans cesse que cette illustre entre les plus illustres de ces derniers siècles n'ait pas laissé des mémoires de sa vie, qui auroient été également curieux, et agréables, et instructifs de mille faits importants et de mille causes à jamais ensevelies de beaucoup d'effets très connus. C'en est une qui n'est pas moins intéressante, et pour les mêmes raisons, que M. de Lauzun n'ait pas donné à un si utile amusement les années de son profond loisir après les premières de son retour. Mais qui a connu l'un et l'autre ne se consolera point qu'il ne soit rien resté de Mme des Ursins, par la netteté et les grâces qu'elle y auroit mises, et regrettera moins l'ouvrage de M. de Lauzun, par l'abondance de son esprit, qui, même dans les récits des choses de son temps à ses amis qui lui en parloient, y mettoit une telle confusion, un enchaînement si peu distingué de toutes sortes de choses, et des parenthèses si fréquentes et si longues à mesure que la matière l'emportoit, qu'on avoit peine à le suivre et à en démêler le chaos'. On s'est peut-être trop arrêté sur ces deux personnages- ; mais leur singularité est si rare, si curieuse, si illustre, et si unique à chacun des deux, que, les ayant plus que très particulièrement connus l'un et l'autre, on n'a pu se refuser ces morceaux, qui sûrement ne seront écrits par personne, et méritent pourtant de ne périr pas dans l'oubli, comme ils en courroient le hasard pour le moins, puisque leur vie n'est pas assez connue, n'a pas été assez suivie, pour être du genre de celles qui trouvent des historiens. Venons maintenant au cardinal de la Trémoïlle, avant de passer à celui qui a donné lieu au contenu de tout ce titre »