Le 22 avril
6. Madame aimait la conversation de Portland ; mais les difficultés de cérémonial, et peut-être aussi certaine défiance manifestée par Monsieur, l'empêchèrent d'assister à cette fête : voyez ses lettres dans les recueils Rolland, p. 182, ou Jaeglé, tome I, p. 187 et 188, et le n" XXXV et Extraordinaire de la Gazette d'Amsterdam. En outre, il y avait eu un conflit pour la réception de M. de la Rongère, envoyé par Madame à l'ambassadeur, et la princesse s'était offensée que celui-ci n'eût pas voulu faire de concessions (lettres de Portland dans le recueil Grimblot, tome I, p. 221-222, et de Madame dans le recueil Jaeglé, tome I, p. 189; Journal de l'ambassade, ms. Fr. 10 713, fol. 16-17; papiers du P. Léonard, Arcli. nat., M 763).
7. Le compte rendu de ce repas parut dans toutes les gazettes; les éditeurs de Dangeau (tome VI, p. 334, note) ont reproduit l'article du Mercure. Selon la Gazette d'Amsterdam, on rendit à Portland des honneurs tels que les nonces mêmes n'en recevaient pas ; il n'y manquait que l'assistance de Madame, de sa belle-tille et de sa fille, qui ne pouvaient manger qu'avec des princes. Voyez d'ailleurs la lettre du 2o, dans le recueil Grimblot, p. '130.
[1698] DE SAINT-SIMON. fin
quelques épines et de sentir la présence du légitime' roi d'Angleterre en France. Il étoit allé une autre fois à Meudon pour suivre Monseigneur à la chasse : on alloit partir, et Portland se bottoit, lorsque 3Ionseigneur fut averti que le roi d'Angleterre se trouveroit au rendezvous. A l'instant, il le manda à Portland, et qu'il le prioit de remettre à une autre fois'-. 11 fallut se débotter et revenir tout de suite à Paris. Il étoit grand chasseur : soit envie de voir faire la meute du Roi, soit surprise de ne recevoir aucune autre civilité du duc de la Rochefoucauld que la simple révérence lorsqu'ils se rencontroient, il dit et répéta souvent qu'il mouroit d'envie de chasser avec les chiens du Roi^. 11 le dit tant et devant tant de gens, qu'il jugea impossible que cela ne fût revenu à M. de la Rochefoucauld*, et cependant sans aucune suite. Lassé de cette obscurité, il la voulut percer, et, au sortir d'un lever du Roi, aborda franchement le grand veneur et lui dit son désir. L'autre ne s'en embarrass? point : il lui répondit assez sèchement qu'à la vérité il avoit l'honneur d'être grand veneur, mais qu'il ne disposoit point des chasses ; que c'étoit le roi d'Angleterre dont il prenoit les ordres; qu'il y venoit très souvent, mais qu'il ne savoit jamais qu'au moment de partir quand il ne venoit pas au rendez-vous ; et tout de suite la révérence, et laissa là Portland dans un grand dépit, et tou-
1. L'adjectif légitime est écrit en interligne, au-dessus de véritable. biffé.
2. Portland écrivait à son souverain, à la date du 7/17 mars : « Comme le roi Jacques va fréquemment chasser avec Monseigneur, je dois souvent me priver d'en faire autant, pour ne pas me rencontrer avec lui. D'après la manière favorable dont chacun me dit qu'il s'exprime sur mon compte, on peut penser qu'il ne ferait point difficulté de se trouver avec moi. ■> {Lelters, tome I, p. 204.)
3. Il s'agit de la meute pour le cerf, qui se composait de soixante grands chiens fort vites (Journal de Dangeau, tome VIII, p. 217, 341, 348, 3o0, 380, etc.; Èlat de la France, 1698, tome I, p. o81-o90: Dussieux, le Château de Versailles, tome H, p. 176-189).