Cette afiuire avorta : Mc'înoires, tome VI, p
LA PRINCESSE DE SOUBISE. 5oo
ne tpnoit qu'à un bouton, et qu'il n'y avoit en France de vraie et solide grandeur, pour les maisons, que le duché-pairie*. » Dangeau dit tout simplement et sincèrement, en annonçant la mort de la princesse : « Elle laisse de grands établissements dans sa famille et est fort regrettée; elle n'avoit jamais fait de mal à personne, et étoit fort sensée et fort capable de mener de grandes affaires -. >>
L'article nécrologique que le Mercure publia le même mois^ mérite d'être reproduit ici en entier, car il nous apprend nombre de détails intéressants :
« Mme la princesse de Soubise avoit été dame du palais de la feue Reine, dont elle avoit gagné l'estime et la confiance par sa sagesse et par ses grandes qualités. On peut dire, sans craindre d'être soupçonné de flatterie, que cette illustre défunte avoit l'esprit grand et élevé, et capable des affaires les plus difticiles. Quoique la justesse de sa raison lui fît d'abord saisir le vrai de chaque chose, cependant elle demandoit conseil, et le recevoit avec la docilité d'une personne qui ne présume rien d'elle-même. Incapable de prévention, elle étoit toujours prête à écouter la vérité, qui que ce fût qui la lui présentât ; ainsi l'on pouvoit l'aborder dans tous les temps, et la raison étoit le meilleur introducteur qu'on pût avoir auprès d'elle. Ces qualités formoient, à la vérité, un caractère sérieux, mais qui ne laissoit pas d'avoir beaucoup d'agrément. Son esprit étoit fort cultivé; elle avoit la mémoire excellente, jusqu'à se ressouvenir dans ses dernières années des plus beaux traits de nos meilleurs auteurs, qu'elle avoit appris dans sa première jeunesse. Elle savoit surtout l'histoire avec une exactitude et une précision surprenante*. Ses inclinations étoient nobles et droites; elle avoit une piété sage et solide, qu'elle faisoit consister dans la justice et dans la charité : bienfaisante sans ostentation, et soulageant en secret les misères des pauvres, auxquels elle faisoit beaucoup de bien. Elle a vécu quarante-six ans avec M. le prince de Soubise dans u,ne fort grande union, et qui pourra servir d'exemple à la postérité. Mère tendre et attachée à sa maison, elle étoit avec Messieurs ses enfants dans une confiance qui augmentoit tous les jours par le respect, l'attention et la tendresse qu'ils avoient pour elle. Amie vraie et essentielle, elle a mérité avec justice cet éloge dont les anciens faisoient tant d'état : d'avoir vécu sans avoir jamais manqué ii V amitié. Sa constance et son égalité, qui la distinguoient si fort des personnes de son sexe, n'ont jamais paru avec tant d'éclat que dans sa dernière maladie. Accablée pendant plus de trois ans de douleurs violentes et presque continuelles, elle a possédé, comme le dit le Sage, « son âme dans sa patience^, » ne se relâchant en rien de ses exercices ordinaires de piété : aussi n'a-t-elle point
1. Mémoires, tome X, p. 32-4; comparez tome VI, p. 249-230, et le mémoire de 1753, dans les Écrits inédits, tome IV, p. 429-430.