‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 394 sur 427 · Saint Luc, xxi · texte numérisé non relu

Saint Luc, xxi

été surprise. Elle se préparoit depuis longtemps à son dernier passage avec les sentiments d'une fermeté véritablement chrétienne. Elle a conservé toute sa raison jusqu'à la fin, et sa mort, semblable à un sommeil paisible, a laissé encore remarquer les traits de cette beauté qui avoit été si célèbre pendant sa vie. »

Son mari et elle avaient fait conjointement leur testament, le 9 août 1708; mais cette pièce ne donne point les renseignements qu'on pouvait en espérer'. Je me bornerai à reproduire un codicille autographe de la princesse qui y est joint, et je le ferai presque uniquement pour donner un dernier spécimen de son orthographe barbare: ! ■ ■

« Au NON DU Père et du Fils et du Saint-Esprit.

« Comme rien nest plus certin que la mort et de plus incertin que son heure, et que Dieu ma fait la grâce de men donner souvent des avertisemens par des maladies, iay fait se presens codicille pour espliquer mes dernière volonté.

« Je confirme le testament que iay fait de concers avec M'' de Soubise conjointement ; ie le prie que ie sois enteré auprès de luy et sans cérémonie, se que ie desfent apsolument, mes Ion face prier Dieu pour le repos de mon ame.

« ie souhaite que l'on ne mouvre point, mes que Ion me laise du temp devant lanterement, pour ne point courent risque de lestre toute en vie.

« Je donne au Grand, Manon et à sa sœur, qui serve actuellemonL auprès de moy, ma garderobe, mesme les pièces detofe et de toile qui ne sont pas enploiee, et largent content qui se trouvera dans ma cacette et se qui me sera due de la pension que le Roy me donne, cet a dire des deux mil escu que ien prens pour mes habis. La moitié de largent sera pour eux, et l'autre pour les pauvre, a condition que mes dette particulière soit paie dessus auparavant.

« Du plus, ie donne au Grand, sa vie durant, cinq cent livre de pension .

« A Manon, trois cent livre de pension, et a sa sœur Sarite autant, leurs vie durans.

« A Seigneur, quattre cent livres de pension, sa vie durant.

« ie laise a M' de Soubise le soin de récompenser mes laquais colon le temp quil moront servy.

« ie fais mon tils levesque de Strasbour exécuteur de mon presens codicille; ie luy laise un diamans a son choix parmi mes bagues; ie le prie quil face prier Dieu pour moy.

« Fait à Paris ce 3°"" mars 1707.

« ie souhaite que Ion face dire tous les ans a perpétuité un Pangeligua a la Mercy ou ailleur pour remercier Dieu davoir conservé M' de Soubise des périls de la guerre et mon fils de ceux de Ramilly et dOudenarde, en cas que ie ne les pas fait pendans ma vie.

« Ce 10°°° daous 1708. Anne Ciiauot de Rouan. »

1. Ce testament, déposé après la mort de Mme de Soubise, le -i fc'vrier

Il est souvent question de la fin de Mme de Soubise dans les lettres échangées entre Mme de Maintenon et la princesse des Ursins de 1706 à 1709 ' ; c'est toujours sur un ton de commisération que Mme de Maintenon parle d'elle. Le 31 mai 170G* : « La pauvre Mme de Soubise vil assez pour voir un de ses enfants tué, l'autre blessé (à Ramillies). » Le 1" juillet 1708 : <> La pauvre Mme de Soubise est bien malade et souffre de grandes douleurs. » Le 19 août suivant : " La pauvre Mme de Soubise s'en va, et avec des souffrances inconcevables ^. » Le 27 janvier 1709 : « Mme de Soubise est très mal. » Le 3 février : « M. le prince de Conti est toujours entre la mort et la vie, et Mme de Soubise de mêm.e. » Et le 10 : « Enfin Mme de Soubise est morte. On trouve fort mauvais que, dans son extrémité, elle ait demandé au Roi de faire M. de Matignon duc pour que son tils épouse la fille du prince de Rohan*. » Mme des Ursins avait répondu aux précédentes lettres sur le même ton : « La pauvre Mme de Soubise a disputé contre ses maladies bien longtemps; comme elle a beaucoup de mérite, ce sera grand dommage si elle meurt^. » Informée du décès, elle s'écrie^ : « Enfin Mme de Soubise, après de longues souffrances, a fini ses jours honorée jusqu'à la lin, et néanmoins détachée, à ce qu'on m'a mandé, des choses d'icibas. » Puis, s'occupant de la situation des affaires, elle pose une singulière question à Mme de Maintenon ; « Je voudrois bien que vous me fissiez l'honneur de me parler avec votre sincérité ordinaire sur une chose qu'on m'a mandée de Mme de Soubise. Vous le pouvez faire sans aucun scrupule : elle est morte, et, quand elle-seroit vivante, je vous proteste que cela ne m'inspireroit aucun ressentiment contre elle. C'est qu'elle étoit une des plus acharnées à vous vouloir persuader qu'il falloit que le Roi fît la paix à quelque prix que ce fût, et qu'il devoit, à cet effet, abandonner absolument LL. MM. CC. Je suis très curieuse d'en savoir la vérité, et j'espère que vous ne me la refuserez pas. » — « Je n'ai point vu Mme de Soubise depuis nos plus grands malheurs, répond ausi^^itôt la marquise^. Nous nous écrivions; mais elle ne m'a jamais parlé que de sa douleur sur l'état des affaires et de la part qu'elle preuoit à celle du Roi. Il m'est revenu qu'elle avoit dit en mourant qu'elle étoit bien affligée de laisser la France dans l'état où elle est >>

Cette correspondance fournit encore un détail singulièrement piquant; c'est de Mme de Maintenon qu'il nous vient* : « M. de Soubise, malgré l'habileté de Mme sa femme, a tourné ses affaires de sorte qu'il peut ruiner ses enfants, et bien des gens craignent qu'il n'épouse la com-

1709, m'a été obligeamment communiqué par M° Olagnier, successeur actuel de W Foucault, notaire dépositaire.

1. Correspondance publiée chez Bossangc (180G), en quatre volumes, d'après la copie faite pour le duc de Choiseul.

Page 1