‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 395 sur 427 · Tome I, p. 2. — 3. Ibidem, p. 274 et · texte numérisé non relu

Tome I, p. 2. — 3. Ibidem, p. 274 et

4. Ibidem, p. 376, 380 et 384. — 5. Tome IV, p. 217. G. Lettres s. d. et du 4 mars, tome IV, p. 224 et 228. 7. Lettre du 18 mars, tome I, p. 397. — 8. Lettre du 25 février, tome I, p. 390.

o58 APPENDICE XI.

tesse de Yerue*. Voilà ce que deviennent les projets des hommes! Mme de Soiibise a passé sa vie à songer et à travailler à l'établissement de sa famille : elle pourra bien être ruinée par la passion d'un homme qui a plus de soixante et quinze ans! » A quoi la princesse répond poste pour poste'- : « Ce seroit une étrange folie à M. de Soubise s'il épousoit Mme de Verue et qu'il ruinât Messieurs ses enfants par un tel mariage. Il y a plus d'un an qu'une de mes amies m'a mandé qu'elle l'en croyoit capable.... Mme de Soubise, qui avoit toujours travaillé pour établir sa famille richement, ne l'aura peut-être fait que pour en enrichir une autre. Mme la duchesse de Ventadour' auroit bien du dé- ))laisir, si cela arrivoit.... » Le bruit était faux sans doute, ou du moins l'affaire n'eut pas de suites*; nous constaterons cependant que Saint- Simon dit, dans une de ses notices sur les Rohan^, que la pauvre princesse, en mourant, laissa beaucoup de regrets à ses enfants et à un petit nombre d'autres personnes, mais que « Monsieur son mari, à peu près content de son immense fortune, ne parut pas extrêmement sensible. » En tout cas, ce détail doit être signalé à l'écrivain qui reprendra l'histoire si accidentée de la célèbre maîtresse de Victor-Amédée.

On voit quels sont les témoignages à charge dont Saint-Simon, tout entier à sa passion de duc et pair contre les Kohan et contre leur « princerie, » s'est servi si habilement et avec tant de succès que tous nos historiens, après lui, se sont empressés de ranger Mme de Soubise au nombre des maîtresses de Louis XIV, quelques-uns même en renchérissant sur ses propres amplifications. A peine né au temps des triomphes vrais ou prétendus d'Anne de Piohan, n'étant venu à la cour que vingt ans après, et n'écrivant ses mémoires que cinquante ans encore plus tard, on serait en droit de le récuser nettement, s'il ne s'appuyait sur deux autorités principales, les lettres de Mme de Sévigné et les récits de la maréchale de Piocheforl, — l'une et l'autre bonnes, très bonnes amies de Mme de Soubise. Pour les récits de Mme de Rochefort, que nous ne connaissons que par Saint-Simon, il n'est guère possible d'en rien dire, si ce n'est qu'on doit une médiocre confiance à cette femme qui fut « suivante et servante des maîtresses du Roi l'une après l'autre, et même en même temps, » et qui passa ensuite sa vieillesse à raconter les intrigues et rendez-vous où elle avait joué le rôle d'entremetteuse''; toujours plaignante, dit son confident, et basse de « toute la bassesse nécessaire pour être de tout et en quelque sorte que ce fùt^. » « Il faut avouer, a écrit M. Chéruel en parlant de la maréchale et de sa fille, autre sirène venimeuse, il faut avouer que la source n'était pas d'une pureté

1. Sur son installation à Paris, en l'OO, voyez nos Mémoires, tome II de 1873, p. 358. C'était la propre nièce de M. de Soubise.

2. Lettre du 14 mars, tome IV, p. 239. — 3. Belle-mère du fils aîné.

4. 11 s'en produisit de semblables à la mort de Mme de Grignan, de Mme Voysin, etc.

'o. Ci-dessus, appendice IX, p. o33-o3i.

G. Additions 13 et 14 dans notre tome I, p. 3ol-333. — 7. Ibidem, ot p. 8.j.

LA PRINCESSE DE SOUBISE. ooD

irréprochable. Cette société de femmes qui paraient leurs vices de politesse et d'élégance, et dont la principale occupation était de semer des bruits odieux ou ridicules, n'a pas été sans influence sur Saint-Simon. Sa causticité naturelle s'est aiguisée à leur contact'. »

Uuant aux lettres de Mme de Sévigné, j'en ai reproduit tous les passages dont Saint-Simon a pu faire son profit, ou plutôt qu'il a commentés, et j'ai rapproché de ces textes les dires d'autres contemporaiiis qui sont également à la charge de M. et de Mme de Soubise. Ajoutonsen encore un, qui ne laisse pas d'avoir un caractère particulier de gravité ; c'est celui de Madame, écrivant longtemps après : « Mme de Soubise était fine, dissimulée et très méchante ; elle a pitoyablement trompé la bonne Reine; mais la Reine l'a bien jugée, car elle a mis au jour toutes ses faussetés, et l'a, pour ainsi dire, démasquée devant tout le monde-. »

Maintenant il est de toute justice que nous cherchions si, à défaut de preuves, — elles se trouvent bien rarement en matières de ce genre, — il n'existe pas des témoignages à décharge qu'on puisse mettre eu regard des accusations et des réquisitoires. Je ne parlerai ni du Dictionnaire de Moréri, qui rend hommage à « la vertu et au mérite très distingué » de Mme de Soubise, m des Mémoires du marquis de Sourclies, dont l'annotateur la qualifie, comme beaucoup d'autres, « une des plus belles et des plus vertueuses femmes de son temps "\ » Mais je constaterai que des écrivains dont les pareils sont peu bienveillants d'ordinaire pour les beautés de la cour, chansonniers et pamphlétaires, disent tout le contraire de ce que sous-entendait Mme de Sévigné et de ce que SainL- Simon a si hardiment affirmé. Des couplets de « logements » qui datent de l'année 1677 environ placent Mme de Soubise :

Au Roi priant, rue du Temps perdu, avec cette enseigne :

Tel cuide avoir des œufs au feu, qui na que des écailles.

Ou bien : A la Bonne foi, rue de Béthisy.

Plus de bruit que de besogne.

Il est vrai que, plus loin, on loge le mari :

Au Mal coiffé, rue Jean-Beausire, avec cette enseigne :

// n'est pire sourd que celui qui ne veut entendre '*. Mais nous reviendrons tout à l'heure sur M. de Soubise ; retenons seu-

Page 1