Ibidem, tome IV, p. l-l^^ et préface, p. vii-ix
.3. M. Livet a adopté la date de IC'2, à cause de la dernière grossesse de la Reine dont il est parlé p. 31 ; mais cette date serait incompatible avec plusieurs autres menus faits, tandis que IG'6 est bien une année où Mme de Montespan alla aux eaux de Bourbon, comme il est dit p. 63. Il faut faire une bonne part à la fantaisie dans cette œuvre, et ne pas y chercher une concordance complète entre les dates et les faits. L'auteur prétend en avoir trouvé le manuscrit dans les papiers du duc de la Feuillade (François, mort en 1691), qui aurait joué auprès de la princesse le même rôle d'entremetteur que, douze ans auparavant, Saint-Aignan auprès de Mlle de la Vallière.
•i. Le Grand Alcandre, p. 24-20; comparez p. 37 et 38.
spécimens; et toujours la belle répondait obstinément : « Je vous aime, mon cher prince, autant qu'on peut aimer; mais je ne puis renoncer pour vous à l'honneur, à la vertu, ni à aucune chose qui me puisse faire perdre votre estime'. » Se rapprochant encore des récits de Saint- Simon, le pamphlet représente M. de Soubise comme un mari peu redoutable au fond, quoi qu'en dise une chanson du temps 2, et même prêt à s'accommoder.
Sur ces entrefaites, Mme de Montespan, revenue des eaux de Bourbon et mise au courant de la situation, aurait dénoncé, d'une part, à M. de Soubise, les manoeuvres du roi amoureux, et d'autre part, à celui-ci, les vices constitutionnels que dissimulait la beauté d'Anne Chabot. Le pamphlet parle alors d'une retraite momentanée à la campagne, évidemment celle dont nous avons trouvé des traces en 1676. Entin il donne à entendre, toujours comme Saint-Simon, et aussi comme Mme de Caylus, que la princesse, en femme sensée, ne voulut point se compromettre à jamais pour un amant qui, selon toutes probabilités, l'eût abandonnée au premier jour.
Conclusion : après avoir cru plusieurs fois son triomphe assuré, le Roi aurait été contraint de quitter la partie, en déclarant ne connaître dans son royaume que deux femmes pour lesquelles il ferait serment qu'elles fussent fidèles à leurs maris : la Reine et Mme de L***; et celle-ci, modeste dans son triomphe, n'aurait eu garde de s'en faire gloire à la cour.
Le pamphlet commente en ces termes un cas si rare : « Il faut en effet qu'une femme ait un grand fonds de vçrtu pour soutenir les assauts qui furent livrés à cette pauvre comtesse, et dont elle sortit toujours à son honneur. Elle eut à combattre la passion du Roi, le doux penchant qu'elle avoit pour ce grand monarque, et tant d'occasions périlleuses où les plus chastes succomberoient, et où l'honneur a si souvent fait naufrage : de sorte que, surmonter tous ces obstacles, comme a fait notre héroïne, est le plus grand, effort de la vertu d'une femme, et le plus beau triomphe que l'honneur ait remporté sur l'amour^. »
Il ne semble pas que rien soit inadmissible dans cette version si