‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 6 sur 427 · Elle ne l'avait pas baisée en entrant, dit Dangeau · texte numérisé non relu

Elle ne l'avait pas baisée en entrant, dit Dangeau

7. Il parla à Mme de Heemskerck « avec une grAce et une politesse

point chez lui*, n'en sut rien dans cette foule. Au partir de là, l'ambassadrice alla chez Madame. Même cérémonie, et même entreprise pour la fille. Madame, qui en avoit reçu tant et plus en sa vie, voyant la fille approcher son minois, se recula très brusquement. Sainctot lui dit que Mme la duchesse de Bourgogne lui venoit de faire l'honneur de la baiser. « Tant pis ! répondit Madame fort haut; c'est une sottise que vous lui avez fait faire, que je ne suivrai pas". » Cela fit grand bruit; le Roi ne tarda pas à le savoir. Sur-le-champ il envoya chercher Sainctot, et lui dit qu'il ne savoit qui le tenoit de ne le pas chasser et lui ôter sa charge; et de là lui lava la tête d'une manière plus fâcheuse qu'il ne lui étoit ordinaire quand il réprimandoit^. De ceci, les ambassadeurs ne s'en émurent point : leur caractère, qui se communique à leurs femmes, parce que mari et femme ne sont qu'un, ne va pas jusqu'à leurs enfants, et ils ne prétendirent rien là-dessus. Ce Sainctot étoit un homme qui faisoit

nonpareilles, > dit Dangeau. Lui, le Dauphin et M. le duc de Bourgogne avaient baisé les deux dames. Comparez la Gazette, p. 502-503.

1. En 1695, n'ayant point alors de petite-fille, il avait été obligé, pour la première fois, de recevoir une ambassadrice {Dangeau, tome V, ]). 288, avec Addition).

2. Elle dit à Sainctot, selon Dangeau, qu' •< il revoit, et que cela ne se devoit point. » C'est aussi l'avis du baron de Breteuil, dans un mémoire de 1700 fait à propos des prétentions renouvelées par Mlle de Heemskerck : « Comme les ambassadeurs ne peuvent prétendre pour leurs filles un traitement plus honorable que celui qu'on fait aux fils des ducs et pairs et des autres officiers de la courenne, il est constant que leurs filles ne sauroient prétendre à l'honneur d'être baisées par Mme la duchesse de Bourgogne, ni par Madame. » (Archives airieusea de l'histoîre de France, 2' série, tome Xll, p. IGt.)

3. Dangeau dit simplement que le Roi « gronda fort » Sainctot, En marge d'un exemplaire de la relation de la Gazette, relation qui est très analogue à celle de Dangeau, le P. Léonard (Arch. nat., K 1307, n" 7) a écrit : " Cette demoiselle baisa à la joue Mme de Bourgogne, et, comme cela ne se devoit pas, Mme la duchesse du Lude voulut l'empêcher; mais M. de Sainctot dit qu'il savoit sa charge, etc. Il en a été fort blâmé. » La Gazette, bien entendu, ne parle ni de discussion, ni de bévue.

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ce qu'il vouloit et favorisoit qui il lui plaisoit, au hasard d'être grondé, si le cas y écheyoit' : ce qui n'arrivoit guère, par l'ignorance et le peu de cas qu'il s'introduisit de faire des cérémonies".

Cela me fait souvenir d'une friponnerie insigne qu'il Mensonge fit étant maître des cérémonies, charge qu'il vendit pour ^ dune

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acheter celle d'introducteur des ambassadeurs^, et que du Roi, etc je découvris par le plus grand hasard du monde. Je ne reforme. ferai point ici une disgression de la célèbre affaire des Corses à Rome et du duc de Créquy*, ambassadeur de

■1 . Forme d'imparfait du verbe échoir qui n'est plus usitée. — Sainctot avait pourtant une expérience de plus d'un demi-siècle, sans parler des traditions qu'un père, puis un frère, maîtres des cérémonies, lui avaient dû transmettre. Saint-Simon s'acharne contre lui en toutes occasions ; mais il n'était pas seul à protester contre ses bévues ou son mauvais vouloir, car nous trouvons aussi un mémoire de l'ambassadeur Erizzo, de la fin de 169o, qui lui est très défavorable (Supplément au Coi'ps diplomatique, tome IV, p. o3-56; Mémoires de Sourches, tome Y, p. 71 et 84), et toutes les relations de l'audience du 12 octobre 1698 lui donnent tort. Portland, quand il vint à la cour (ci-après, p. o9), eut aussi à se plaindre de son « impertinence » et de sa « duplicité » (Grimblot, Letters of William III and Louis XIV, tome I, p. 223).

2. Le baron de Breteuil dit de même : « Notre cour est celle de toute l'Europe où on a le moins d'attention aux cérémonies, et où les officiers de la maison du Roi s'appliquent le moins à les savoir. » (Appendice au tome XVIIl du Journal de Dangeau, p. 344.) Le duc de Luynes aussi : « On n'a aucune attention à écrire les faits qui se passent journellement, et l'on oublie souvent les faits qui se sont passés l'année d'auparavant ; à plus forte raison ignore-t-on les faits anciens. » (Mémoires de Luynes, tome IX, p. 74.) Et cependant, sans parler des recueils qui, comme ces Mémoires et comme le Journal, font une grande part aux détails de cérémonial ou d'étiquette, les maîtres des cérémonies ou les introducteurs des ambassadeurs, les Breteuil, lesBonneuil, les Villeras, etc., faisaient presque tous des compilations spéciales, qui sont parvenues, pour la plupart, jusqu'à nous. Le seul Dépôt des affaires étrangères possède près de cinquante volumes de cette nature (France 1817-1839), dont les papiers de Sainctot forment la majeure partie.

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