‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 60 sur 427 · La première lettre de les corrige un d · texte numérisé non relu

La première lettre de les corrige un d

3. Le Parlement prononça la condamnation à mort, par contumace, le 24 avril 1662. Quoique le jeune roi eût récemment renouvelé toutes les rigueurs des lois contre le duel, le pape Clément X, mis en mouvement par M. de Chaulnes, lequel avait épousé une demi-sœur des deux MM. de la Frette, obtint toutes sortes de tolérances pour eux : après quelques années passées en pays étranger (notamment en Hollande, où ils se distinguèrent dans le combat naval des 11-14 juin 1666, contre la flotte anglaise, et d'où vinrent les meilleurs rapports sur leur attitude : Archives de la Bastille, tome HI, p. 26 et 409), ils purent revenir à Paris même, et fréquenter, sinon les lieux publics, du moins les maisons les plus ouvertes, pourvu que leurs équipages fussent « sans armes et sans livrées, avec les rideaux un peu tirés. » Ils servirent môme dans l'armée de Turenne, en 1074, et très brillamment. Lorsque le marquis de la Frette mourut, en 1686, comme quehiu'un s'étonnait d'une pareille indulgence, unique en son genre, le Roi dut ordonner, pour la forme, qu'on arrêtât le frère survivant ; mais, en même temps, on

en Espagne S d'où ils passèrent en Italie. Elle alla, toujours devant, à Rome, où la mort empêcha son mari de l'aller trouver. Elle étoit jeune, belle, de beaucoup d'esprit, avec beaucoup de monde"-, de grâces et de langage^; elle eut recours*, à Rome, aux cardinaux de Rouillon et d'Estrées, qui en prirent soin en faveur du nom et de la nation', et bientôt après pour des raisons plus touchantes''.

l'avisa d'avoir ù se retirer momentanément hors de Paris. Il y put rentrer bientôt, et, sauf un court intervalle, en 1699, où sa conduite imprudente le fit encore éloigner pour quelque temps, sous peine de voir reprendre les poursuites ordonnées par le Parlement en janvier 1662, on ne l'inquiéta plus. C'est à Paris même que nous le verrons finir ses jours en 1708. Saint-Simon a raconté tout cela dans sa notice sur le duché de Chaulnes (tome VI des Écrits inédits, p. 46-47 ; comparez les Mémoires de Sourclies, tome I, p. 3o6, et le Journal de Dangeau, tomes I, p. 278, et XII, p. 137). Au contraire, un des seconds de MM. de la Frette, Flamarens, qui avait cru pouvoir invoquer la prescription au bout de vingt ans et revenir dans sa province, fut arrêté et contraint à retourner en Angleterre, où il mourut.

1. Ils passèrent plusieurs années en Espagne, et M. de Chalais y fut blessé en combattant contre les Portugais {Gazette de 1665, p. 742). Le roi Charles II et Monsieur sollicitèrent en vain sa grâce et celle de Noirmoutier, son beau-frère et l'un de ses seconds.

2. Mme de Sévigné dit de même : « Mon style est si négligé, qu'il faut avoir un esprit naturel et du monde pour pouvoir s'en accommoder. » {Lettres, tome II, p. 442.)

3. Mme de Chalais avait déjà pris place, à cette époque, dans la société de l'hôtel d'Albret, à côté de Mme de Sévigné et de Mme Scarron.

4. Cette période peu connue de l'existence de Mme de Chalais n'a guère été étudiée que dans l'introduction de M. Geffroy en tète de ses Lettres inédites de la princesse des Ursins, p. v et suivantes. C'est en CG temps-là que la marquise de Sévigné écrivait à sa fille : « Mme de Chalais est folle. On la trouve telle en ce pays-ci. La belle pensée d'allcf de ville en ville en Italie, comme une princesse infortunée, au lieu de revenir à Paris, paisiblement chez sa mère, qui l'adore et qui met au rang de tous les malheurs de sa maison l'extravagance de sa (ille! Elle a raison : je n'en ai jamais vu une plus ridicule. » (Lettre du 20 avril 1672, dans le recueil Capraas, tome I, p. 288 et 289.)

5. Dès 1674, le cardinal d'Estrées la désigna au Roi pour servir dans l'action diplomatique commencée en vue de la succession d'Espagne.

6. Saint-Simon ne manque jamais une occasion de répéter cette insinuation : voyez notre tome III, p. 3, note 3. II faut dire que M. Geffroy

Le désir de la retenir à Rome, où ils étoient pour du temps, leur fit naître celui de l'y établir. Elle n'avoit point d'enfants, et presque point de bien^ : ils écrivirent à la cour qu'un homme de la considération dont étoit à Rome le duc de Bracciano étoit bon à acquérir au Roi-, et que le moyen de le lui attacher étoit de lui faire épouser Mme de Chalais. La pensée fut approuvée et suivie^. M. de Bracciano, tonnelé^ par les deux cardinaux, se per-

(p. xvii) donne des preuves à peu près décisives d'un commerce de galanterie, au moins par lettres, entre la veuve de M. de Chalais et le cardinal d'Estrées. Elle liabitait le couvent de Santa-Maria, à côté du palais de l'ambassade, et menait la vie la plus mondaine.

1. « Pour la nouvelle duchesse de Bracciano, dit M. Gefî'roy (p. xuxiii), l'élévation, il faut le dire, était inespérée. La famille des Orsini, dans laquelle elle entrait, se vantait de posséder la dignité princière depuis l'époque de Théodose II ; elle avait donné une Bathilde reine de France et sainte canonisée, une Cunégonde reine de Pologne, une Agnès reine de Naples, et jusqu'à six souverains pontifes. Mme de Chalais devenait, par son mariage, duchesse de Bracciano, comtesse d'Anguillara, duchesse de San-Gemini, princesse do Nerola, marquise de Piocca- Antiea, comtesse de Calera, marquise de la Penna. Elle apportait la dol modeste de quinze mille livres tournois de rente annuelle. La fortune de son mari, bien autrement considérable, se composait d'immenses domaines et de privilèges héréditaires.... »

2. Le duc de Bracciano était acquis à la France dès avant l'arrivée des d'Estrées, car nous le voyons, en février 1667, lors de l'ambassade du duc de Chaulnes, « prendre soin de faire concerter une excellente symphonie » sur un magnifique théâtre élevé dans la galerie du palais Farnèse [Gazette, p. "266), et ses relations avec les ministres de Louis XIV sont souvent mentionnées dans la correspondance diplomatique du cardinal de Retz, à partir de 1666 [Œuvres, tome VU, p. 163 et suivantes).

3. M. GefTroy a pu reconstituer l'historique de la négociation matrimoniale conduite par les cardinaux français, et il donne un mémoire, en forme de panégyrique de Mme de Chalais, qui décida M. de Bracciano à demander la main de celle-ci au cardinal et au duc d'Estrées. Louis XIV même lui écrivit, de Dôle, le 6 juin 1674, une lettre de sa propre main.

4. Tonneler, attirer les perdrix sous un long filet en forme de tonnelle. Nous retrouverons ce terme dans les Mémoires et dans les Additions. Il e?t aussi au figuré dans Brantôme, et des écrivains plus anciens parlent du genre de chasse auquel on l'avait emprunté.

suada qu'il étoit amoureux de Mme de Chalais. Il n'avoit point d'enfants : le mariage se fit', et, la même année, il fut fait chevalier de l'Ordre''. Mme de Bracciano étala tout son esprit et tous ses charmes à Rome^, et fit bientôt du palais des Ursins^ une espèce de cour, où se rassembloit tout ce qu'il y avoit de plus grand et de meilleure compagnie en hommes et en femmes : c'étoit la mode d'y aller, et être sur un pied de distinction d'y être reçu. Le mari cependant étoit compté pour peu de chose. Le ménage ne fut pas toujours concordant^; mais, sans brouillerie ouverte", ils furent quelquefois bien aises de se séparer : c'est ce qui donna lieu à la duchesse de Bracciano de faire deux voyages en France", au dernier desquels elle

i. Le mariage fut célébré, en mars 167o, au palais Faraèse, qu'habitait le duc cl'Estrées comme ambassadeur de France, et l'on y déploya toute la magnificence imaginable {Gazette, p. 192 ; Histoire de la marine française, par Eugène Sue, tome II, p. 387-411; introduction de M. Geffroy, p. xiii). Eugène Sue a reproduit des fragments de la correspondance du cardinal d'Estrées avec Pomponne, faisant valoir l'utilité de ce mariage et demandant l'Ordre pour M. de Bracciano.

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