Et pour lui persuader d'ôter
7. Les jésuites avaient, un moment, tenté d'obtenir une consultation de la Sorbonne sur le point de savoir si un prince ou un grand seigneur pouvait, en conscience, confier l'éducation de son fils à un homme accusé de quiétisme ou d'hérésie; mais, par le conseil de Bossuet, la Sorbonne s'était refusée à répondre. (Notes du temps, dans le ms. Clairambault 1180, fol. 257 v°.) En se bornant à frapper des domestiques inférieurs, le Roi voulut cependant faire ressortir la rigueur de cette mesure. Le S juin, il écrivait au cardinal de Bouillon (minute au Dépôt des affaires étrangères, Rome, vol. 388, fol. 29) : « Je n'ai pas voulu laisser auprès de mon petit-fils le duc de Bourgogne ceux qui suivoient les maximes de la dame Guyon. Cet exemple doit faire voir combien je suis opposé aux nouveautés, et, comme j'en connois le danger, je n'omettrai jamais rien pour en empêcher le progrès. >• Une lettre de Bossuet (15 juin 1698) à M. de la Broue, qu'il voulait mettre à la place de Fénelon, montre quel effet on espérait obtenir de cet « éclat. »
8. Saint-Simon, après avoir d'abord écrit : ils, a corrigé \'s pour en faire la première lettre d'estoit.
ils le connoissoient, ils auroient craint de lui égarer la bouche', et Dieu permit qu'il en devînt l'arbitre. Le Roi^, poussé par les trois évêques sur le gros de l'affaire et pressé en détail par Mme de Main tenon, qui, serrant la mesure^, lui avoit proposé le duc de Noailles pour toutes places du duc de Beauvillier, ne tenoit plus à ce dernier que par un filet d'ancienne estime et d'habitude, qui cependant le retenoit assez pour le peiner. Dans ce tiraillement, il ne put se décider lui-même, et voulut consulter un des trois prélats. Qu'il ne choisit pas l'évêque de Chartres, sa défiance sur son attachement personnel à Mme de Maintenon, qui le feroit penser tout comme elle, put aisément l'en détourner; mais Monsieur de Meaux n'avoit pas le même inconvénient à craindre : il étoit accoutumé à lui ouvrir son cœur sur ses pensées de conscience et de son domestique intérieur les plus secrètes*; Monsieur de Meaux ^ avoit conservé les entrées et la confiance que lui avoit données sa place de précepteur de Monseigneur ; il avoit été le seul témoin des différents combats, et à différentes reprises, qui avoient séparé le Roi de Mme de Montespan ; Monsieur de Meaux seul en avoit eu le secret, et y avoit porté tous les coups*'. Malgré tant d'avances, tant d'habitude, tant d'es-
1. Selon Littré, celte locution est tirée du vocabulaire de l'cquitation : « Égarer la bouche d'un cheval, la lui gâter en la menant mal. ■> N'aurait-elle pas de l'analogie avec : égarer la pensée, égarer l'espoir?
2. Roi est ajouté en interligne. Auparavant, devint est écrit ainsi, et non (levinst, à l'imparfait du subjonctif.
3. Expression que nous avons déjà rencontrée dans l'Addition 147 (tome III, p. 346). Elle est empruntée à la langue de l'escrime et signifie : presser son adversaire, le serrer de près.
4. Comparez la suite des Mémoires, tome XII, p. 113 et suivantes.
5. M. de Meaux est écrit en interligne, sur //, biffé. A la ligne suivante, la corrige le, et donné est écrit sans accord.
6. Voyez Madame de Montespan, par P. Clément, p. 62-65, 69-70, etc., et Bossuet précepteur du Dauphin, par A. Floquet, p. 482-013. Bossuet, à l'occasion de ses entretiens avec la marquise, écrivait au Roi : » Mes paroles ont fait verser à Mme de Montespan beaucoup de larmes, etcer-
time, on ne sait ce qui put l'exclure de la préférence de cette importante consultation et ce qui la fit donner à celui des trois* qui portoit son exclusion naturelle par être frère de celui à qui, si M. de Beauvillier étoit perdu, toute sa dépouille étoit dès lors destinée. Néanmoins, quoique de connoissance plus nouvelle même que Monsieur de Chartres, puisqu'il n'avoit jamais approché du Roi que depuis qu'il étoit archevêque de Paris^, ce fut lui que le Roi préféra. Il se trouva dans ces temps où l'impression de tout ce qui avoit été dit au Roi pour le faire archevêque de Paris et tout ce qu'il en avoit remarqué depuis l'avoient puissamment frappé d'une estime qui lui ouvroit le cœur pour tout ce qui regardoit la conscience, qu'il ne répandoit alors plus volontiers que dans son sein. Aucune réflexion sur ce qu'il étoit à M. de Noailles ne le retint : il lui fit sa consultation si entière, qu'elle alla jusqu'à lui dire qu'en cas qu'il se défît de M. de Beauvillier, c'étoit au^ duc de Noailles à qui il s'étoit déterminé de donner toutes ses places'. Si Monsieur de Paris y eût consenti,
taineraent, Sire, il n'y a point de plus juste sujet de pleurer que de sentir qu'on a engagé à la créature un cœur que Dieu doit avoir. Qu'il est malaisé de se retirer d'un funeste engagement! Mais cependant, Sire, il le faut, ou il n'y a point de salut à espérer. » — Mme de Caylus a raconté une scène piquante dont fut suivie, à courte échéance, la séparation obtenue par Bossuet en 1675, et dit qu' « il en advint Mme la duchesse d'Orléans, et ensuite M. le comte de Toulouse. » A cette occasion, Mme de Maintenon aurait écrit à Mme de Saint-Géran une lettre oia on lit que Bossuet, n'ayant pas « l'esprit de la cour, » joua alors « un .personnage de dupe » et « raccommoda le Roi et Mme de Montespan, au lieu qu'il les avoit voulu convertir. » Mais cette lettre est de la catégorie des lettres faussées ou inventées par la Beaumelle. Feu M. A. Floquet, sans savoir cela, a bien eu raison de contester les expressions et le sens du texte, de même d'ailleurs qu'il rejetait le récit spirituel de Mme de Caylus; en revanche, il rend hommage à la vénération avec laquelle notre auteur, ici et ailleurs (tomes V de 1873, p. 260, et XII, p. H4-llo), a reconnu la bonne foi du précepteur de Monseigneur.