Chez corrige mip[rès
3. Nicolas le Fèvre, tilscl'un procureur au Parlement. Ses provisions de sous-précepteur des princes sont dans le registre de la maison du Roi 0' 42, ainsi que celles de ses compagnons, fol. 112 et suivants. Ayant quitté le barreau pour l'Église, sous la protection d'un grand seigneur, il avait renoncé à obtenir des bénéfices pour suivre simplement la carrière sacerdotale, et même, après quelques années passées dans le diocèse de Beauvais, il s'était retiré et caché à l'Hôpital général. Ses relations avec le prinee de Conti, l'archevêque de Paris et l'abbé Fleury le firent choisir par le Roi. Quand l'éducation des princes fut terminée, il retourna encore dans la solitude et n'accepta que sur les instances du cardinal de Noailles la direction des Filles de Sainte-Anne. Il mourut le 24 août 1708, à soixante-sept ans et quelques mois. Voyez son éloge dans le Moréri, d'après les Mémoires de Trévoux, et quelques notes du P.Léonard, Arch. nat., M 762, tome I, fol. 107. Le nouveau sousprécepteur eut charge d'inspirer au prince l'horreur des nouveautés religieuses et de retenir, plutôt que d'exciter son goût pour apprendre. Au contraire, on lui recommanda fort les frères cadets, comme n'aimant que la chasse et les armes, détestant toute science et ne voyant dans les livres qu'une invention diabolique. {Dépêches vénitiennes, tilza 191, p. 219-220.)
4. Jean Vittement, né d'une humble famille, à Dormans, le 29 avril 1655, et élevé comme boursier au collège de Beauvais (à Paris), y avait débuté en qualité de professeur de philosophie, mais ne s'était pas moins occupé des poètes classiques que des philosophes, et, à la suite de leçons données par lui à l'abbé de Louvois, il était devenu recteur de l'Université de Paris et coadjuteur du principal du collège de Beauvais. Il se démit de cette dernière charge pour passer lecteur des princes, rendit aussi un petit bénéfice que Louvois lui avait fait donner, et, de même que l'abbé le Fèvre, se fit une sorte de retraite au milieu de la cour. Le Roi le força de suivre Philippe V en Espagne; mais il en revint dès 1702 pour i-eprendre sa vie simple, d'où le Régent le tira, le 22 avril 1716, pour devenir sous-précepteur de Louis XV. Il quitta
Puységur' et MontvieP. Vittement dut ce choix à son mérite et à la beauté de la harangue qu'il avoit faite au Roi sur la paix, à la tête de l'Université, dont il étoit alors recteur ^ et qui fut universellement admirée'.
imederuière fois la cour en iTl'i, sans avoir jamais accepté ni bénéfice, ni récompense, ni place à l'Académie française, et mourut à Dorraans, le 31 août 1731. Il a, comme l'abbé le Fèvre, un article fort élogicux dans le Moréri. Saint-Simon lui a consacré deux Additions qui se répètent l'une l'autre : Journal de Dancjeau, tomes XVI, p. 36o, et XVIII, p. 49; comparez les Mémoires, tomes X, p. 37, et XVIII, p. 237.
1. Jacques-François de Chastenet, marquis de Puységur : tome I, p. 233.
2. Montvill (sic) a été corrigé en Montviel. — Jacques de Vassal, marquis de Montviel, lieutenant au régiment du Roi en 1680, capitaine en 1684, commandant en 1696, avait fait depuis lors les fonctions de maréchal général des logis. Nommé gentilhomme de la manche le S juin 1698, il accompagna Philippe V en Espagne, comme aide de camp et brigadier, revint à la fin de 1702, passa brigadier d'infanterie à la fin de 1703, remplit de nouveau les fonctions de maréchal général des logis jusqu'en 1713, fut fait inspecteur général de l'infanterie en 1716, maréchal de camp en 1718, lieutenant général en 1734, et mourut à Paris, le 19 septembre 1744, âgé de quatre-vingt-cinq ans.
3. L'Université de Paris, divisée en quatre facultés : des arts, de théologie, de droit et de médecine, était gouvernée par un recteur, qui devait toujours être un maître de la faculté des arts, nommé à l'élection de trois en trois mois, et qui présidait un tribunal composé des doyens des facultés et des procureurs des nations. Dans les cérémonies, il portait une robe violette, avec une escarcelle à l'antique, un mantelct fourré d'hermine et le bonnet carré. Il prétendait avoir immédiatement rang après les princes du sang, et, quand il haranguait le Roi, celui-ci, par une faveur spéciale pour l'Université, lui permettait de ne pas i)arlcr à genoux. Souvent il était continué deux ou trois ans dans ses fonctions. La procession qu'il faisait tous les trois mois dans Paris est bien connue.
4. Cette harangue datait du mardi 26 novembre 1697 [Damjcait, tome VI, p. 233); une copie s'en trouve dans les notes recueillies par le P. Léonard sur Vittement : Arch. nat., M 762, tome II, fol- 123-127. « Son discours, la manière de le prononcer, sa personne, plurent si fort au monarque, qu'il dit aux courtisans qui l'environnoient que, depuis qu'il étoit sur le trône, jamais harangue ni orateur ne lui avoient fait autant de plaisir. >- {Morcri.) En mai 1698, il prononça, dans les classes extérieures de la Sorbonne, un panégyrique du Roi en latin {Gazette d'Amsterdam, n° xi.i) ; certaines phrases, sur la conduite des
Louville conseilla au duc de Beauvillier les deux gentilshommes de la manche; il avoit été avec eux dans le régiment d'infanterie du Roi, capitaine. Puységur en étoit lieutenant-colonel*, et par là fort connu du Roi; il l'étoit extrêmement de tout le monde" parce qu'il avoit été l'âme de toutes les campagnes de M. de Luxembourg toute la dernière guerre : outre ses fonctions de maréchal des logis de l'armée, qu'il faisoit avec grande étendue et grande supériorité^, il soulageoit M. de Luxembourg pour tous les autres ordres de l'armée; il avoit la principale part à ses projets de campagnes et à leur exécution.
Anglais qui avaient trahi leur roi légitime pour passer à l'usurpateur, excitèrent la susceptibilité de l'ambassadeur Portland, et firent que dorénavant les panégyriques durent être soumis à l'examen du prévôt des marchands. Dans ses provisions de lecteur, le Roi dit qu'il lui donne cette charge « sur les bons témoignages qui nous ont été rendus de sa capacité, de son érudition et de sa connoissance parfaite des belles-lettres : ce~-que nous avons connu nous-mème dans l'éloquent discours qu'il fit, il y a quelque temps, en notre présence. » Il faut ajouter que Vittement avait aussi adressé à Bossuet, comme conservateur des privilèges de l'Université, une harangue très forte contre lequiétisme, à la suite de laquelle Bossuet l'avait présenté au Roi. Fort surpris de sa nomination, il manifesta modestement le désir de la refuser, dit le P. Léonard. Les appointements étaient de quatre mille cinq cents livres, avec des gratifications. Il s'occupa particulièrement du duc d'Anjou.
1. Depuis novembre 1693. C'est dans ce corps que, Puységur avait fait tout son avancement. Il était brigadier depuis le 3 janvier t696.
2. Fénelon l'estimait beaucoup : voyez sa Correspondance, tomes I, p. 30-2 et 504, et II, p. 1-20, 135, 141, 142, 151.
3. Le maréchal des logis des armées servait d'intermédiaire entre le commandant en chef et le major général ou les officiers des armées pour tout ce qui était marches, campements, quartiers de fo'urrages et ordres de bataille. Quoique n'ayant aucune autorité sur les troupes, comme il était seul initié directement au secret des mouvements de l'armée, son importance était très grande, et, pour peu qu'il fût entendu et appliqué, son rôle devenait considérable. Il était nommé par provisions, avec des gages fixes de quatre mille huit cents livres et une paye particulière pendant la campagne. (Mémoires de Feuquière, tome I, p. 143- 145.) Les charges étaient au nombre de quatre; Puységur possédait la sienne depuis 1690, et, contre l'usage, on lui en maintint les fonctions alors même qu'il fut monté en grade. Montviel le suppléa souvent.
et la confiance en lui étoit telle que M. de Luxembourg ne se caclioit pas de ne rien penser et de ne rien faire pour la guerre sans lui'. Montviel, ancien capitaine au même régiment^, étoit fort attaché à Puységur ; et tous deux fort amis de Louville, et très propres à cet emploi auprès d'un prince dont l'âge demandoit désormais plus d'application pour les choses du monde, et surtout de la guerre, que pour celles de l'étude^.
En même temps que ces amis de Monsieur de Cambray furent chassés, Mme Guyon fut transférée de Vincennes, oîi étoit le P. la Combe, à la Bastille S et, sur ce qu'on lui
•1. Ceci a déjà été dit, en d'autres termes, à propos du maréchal de Luxembourg (tome II, p. 230), et se retrouvera dans un autre portrait de Puységur, en 1703. Il avait écrit une histoire des quatre dernières campagnes de Luxembourg, qui fut perdue, mais que le chevalier de Beaurain put reconstituer plus tard, d'après les notes, et publia en trois volumes in-folio (1736).
2. Homme d'esprit et de mérite, dit Dangeau (tome IX, p. 6o).
3. De r corrige du ca[bi?iel]. — Avant que l'on sût le second choix du Roi, Racine écrivait à son tils, alors eu Hollande : « M. le maréchal de Noailles avoit songé à vous, et en avoit même parlé; mais vous voyez bien, par le choix de M. de Puységur, que, M. le duc de Bourgogne n'étant plus enfant, on veut mettre auprès de lui des gens d'une expérience consommée, surtout pour la guerre.... Tout le monde a trouvé ce choix du Roi très sage, et vous ne devez pas douter qu'on ne lui donne un collègue aussi avance en âge et aussi expérimenté que lui. » [Œuvres, tome Vil, p. 246-248.) La nomination de Montviel ne fut connue que le 5 juin, un jour après celle de Puységur. Dangeau dit : « Le matin, à Versailles, le Roi nomma pour second gentilhomme de la manche de Mgr le duc de Bourgogne Monvielle (sic), un des premiers capitaines du régiment du Roi, qui faisoit la charge de maréchal des logis dans l'armée de Catinat l'année passée ; il est l'ami intime de Puységur. >' [Journal, tome VI, p. 361.)
4. En octobre 1696, Mme Guyon, malade ou voulant sortir de Vincennes, avait signé « de tout son cœur » une déclaration rédigée par M. Tronson, et pris l'engagement de se mettre sous la conduite du curé de Saint-Sulpice : moyennant quoi elle avait été envoyée à Vaiigirard, dans la maison des Filles dévotes de Saint-Thoraas-de-Villeneuve (Arch. nat., registres de la maison du Roi, 0» 40, fol. 194, 213 v% 2lo, 312). En avril 1698, le P. de la Combe, ayant été ramené à Vincennes, écrivit
mit auprès d'elle deux femmes pour la servir, peut-être pour l'espionner', on crut qu'elle étoit là pour sa vie. Cet éclat ne laissa pas de porter fortement sur les ducs de Chevreuse et de Beauviilier et sur leurs épouses. A Versailles, où ils vivoient fort peu avec le monde, cela ne parut guère; mais, le jeudi suivant, octave de la Fête-Dieu^, c'est-à-dire le quatrième jour après l'éclat^, le Roi alla à Marly : ils essuyèrent une désertion presque
à Mme Guyon une lettre dans laquelle, faisant l'aveu de « l'illusion, de l'erreur et du péché dans certaines choses qui sont arrivées avec trop de liberté entre nous, » et déplorant ses manquements passés aux lois de Dieu et à celles de l'Église, il la conjurait d'imiter son exemple et de donner une semblable rétractation. Cette lettre, répandue aussitôt dans le public, fut présentée à Mme Guyon le 14 mai, par l'archevêque et le curé de Saint-Sulpice; mais elle répondit fort tranquillement qu'il fallait que le Père fût devenu fou (comme en effet cela fut patent dès l'année suivante), et que, pour elle, sa conscience ne lui reprochait absolument rien. Deux, jours plus tard, elle adressa une longue protestation, dans le même sens, à la duchesse de Beauviilier. Ce fut à raison de ces faits que, d'une part, on saisit ses papiers (le 23 mai : lettre de M. de la Reynie dans le ms. Fr. ISO^o), et que, d'autre part, l'archevêque obtint un ordi'e de la faire conduire à la Bastille (31 mai- 4 juin). Voyez le registre 0' 42, fol. 93 v% 108, 133 et 201; la Correspondance administrative sous Louis XIV, par Depping, tome II, p. 69o et suivantes; les Archives de la Bastille, par Fr. Ravaisson, tome IX, p. 39 et suivantes; les Annales de la cour, tome II, p. 423-427; la Gazette d'Amsterdam, 1698, n" xlix; le Dictionnaire critique de Jal, p. 668; les papiers du P. Léonard, Arch. nat. , M loi, p. 90-91; Madame Guyon, par M. Guerrier, p. 403 et suivantes; la Correspondance de Fénelon, tomes IX, p. 36-37, 79-89, et XI, p. 76-90 et 119-139, etc.
1. Une de, ces filles fut placée à Vincennes, sans aucune communication avec le barnabite. Celle qui resta auprès de la prisonnière, et qui avait été fournie par le gouverneur du château de Vincennes, déposa avoir été témoin de familiarités indécentes entre sa maîtresse et le Père, et reçut une gratification de neuf cents livres à la fin de 1699 {Archives de la Bastille, tome IX, p. 54, 92 et 93-96). M. Griveau (Étude sur la condamnation du livre des Maximes des saints, tome I, p. 413-416) estime que l'une et l'autre devaient servir d'espionnes.
2. Le 0 juin : Journal de Dangeau, tome VI, p. 360. Le Roi ne partit pour Marly qu'après avoir accompagné le saint sacrement au reposoir.