L'éclat est écrit en interliarnc
générale. M. de Beauvillier, qui étoit en année, servoit jusqu'au dîner inclus, et le marquis de Gesvres' achevoit toujours les journées. Tout étoit local : à Versailles, le service étoit précis et réglé, et ces^ grandes entrées* attendoient dans les cabinets, quand ils avoient à attendre ; à Marly, oii le Roi n'en avoit que deux, et encore à peine ^, nulle grande entrée n'y mettoit le pied : il falloit attendre dans la chambre du Roi ou dans les salons, mêlés ^ avec
i. Bernard-François Potier, marquis de Gesvres, Jils aîné du duc de ce nom, était ne le 15 juillet 16o5 et avait depuis 1638 la survivance du gouvernement de Valois, depuis 1670 celle de la charge de premier gentilhomme de la chambre, depuis 1677 la capitainerie du château deMontceaux. Fait mestre de camp de cavalerie en 167o et promu brigadier en 1690, il avait vendu le régiment dès 1691. Son père lui céda le duché de Tresmes en 17U3. Devenu gouverneur de Paris en 1704, il eut l'Ordre en 1724, et ne mourut que le 12 avril 1739, au château de Saint-Ouen.
2. Le manuscrit porte bien ces; mais ne faudrait-il pas lire les?
3. Nous avons déjà dit un mot (tome III, p. 202) des entrées, dont les Mémoires parleront plus longuement en d'autres occasions. On distinguait les « grandes entrées, » les « premières entrées » et les simples " entrées de la chambre. » Les grandes entrées, ce « comble des grâces, » comme dira Saint-Simon, « la plus insigne et la plus rare faveur, et la privance la plus commode, la plus grande et la plus utile » [Écrits inédits, tome VI, p. 378), n'appartenaient qu'aux enfants du Roi, aux princes du sang à qui il les avait accordées, au grand chambellan, aux quatre premiers gentilshommes de la chambre, aux grand maître et maîtres de la garde-robe, aux quatre premiers valets de chambre, au premier médecin et au premier chirurgien, c'est-à-dire aux officiers ou domestiques dont la présence était nécessaire pour que le Roi sortit de son lit, et à leurs survivanciers ou aux démissionnaires. Louis XIV les avait données aussi à certains favoris, tels que Lauzun. Seules, les grandes entrées pouvaient venir faire leur cour sans que le premier gentilhomme de service les annonçât. L'« entrée de la chambre » ne commençait qu'une fois le Roi sorti du lit. Voyez l'État de la France de 1698, tome I, p. 2o2-2o6 ; la suite des Mémoires, tomes VIII, p. 83, XII, p. 22, etc.; les Additions au Journal de Dangcau, tomes I, p. 238-259, et XVI, p. 27 ; les Mémoires de Luipies, tomes I, p. 2 i4-230, 262-263, VI, p. 273, etc.
4. Jusqu'(Mi 1699, il n'y eut que quatre ajjpartements de distinction dans le château de Marly : ceux du Roi, du Dauiihin, du duc de Chartres et de Mme de Mainlcnon.
5. Ce masculin pluriel se justilie par l'idée des personnages qui
tout le courtisan*, et cette attente prenoit une grande partie de la matinée lorsqu'il n'y avoit pas Conseil, qui y étoit bien moins fréquent qu'à Versailles. Pour les dames, les plus retirées partout ailleurs ne le pouvoient guère être à Marly : elles s'assembloient pour le dîner; presque jusqu'au souper, elles demeuroient dans le salon, et, par-ci par-là, les distinguées dans la première pièce de l'appartement de Mme de Maintenon^, où elle ni le Roi ne se tenoient pas, mais oii elles le voyoient passer plus à leur aise, et mieux remarquées. Mmes de Chevreuse et de Beauvillier, accoutumées à voir l'élite des dames se ramasser autour d'elles partout, se trouvèrent, tout ce voyage-là^ et quelques autres ensuite, fort esseulées. Personne ne les approcha celui-ci, et, si le hasard ou quelque soin en amenoit auprès d'elles, c'étoit' sur des épines, et elles ne cherchoient qu'à se dissiper : ce qui arrivoit bientôt après. Cela parut bien nouveau et assez amer aux deux sœurs; mais, semblables à leurs maris en vertu et en bienséances, elles ne coururent après personne, se tinrent tranquilles, virent sans dédain ce tlux de la cour"', mais sans paroître embarrassées,
avaient les grandes entrées ; nous avons eu déjà le pronom ils trois lignes plus haut.
1. Comparez la description plus complète de cet appartement dans la suite des Mémoires, tomes III de 1873, p. 24, et VIII, p. 179, et voyez les magnifiques atlas de plans et perspectives de Marly conservés aux Archives nationales, 0* 1470-147'2.
2. En mars 169o, Mme de Maintenon avait échangé soji appartement d'en haut contre celui que Monseigneur occupait en bas, pour que le Roi n'eût plus ù monter [Journal de Dangeaii, tomes V, p. 71 et 163, et XIII, p. 48o).