ARTICLE SECOND ET DERNIER
De la prospérité du règne du Roi en particulier.
Il n'y avoil qu'une profonde paix dans la chrétienté qui put faire prendre au Roi la résolution de chasser l'hérésie de Calvin de son royaume. Il ne prit conseil dans cette affaire que de sa conscience ^ et
1. Lewe, Lewen ou Leaw, dans le Brabant, à quatre kilomètres de Louvain, sur les frontières du pays de Liège. Elle était défendue par une ceinture de marais et fut surprise, dans la nuit du 3 au 4 mai 1678, par Esprit de Jousseaume, marquis de la Bretesche (1638-1706). (Saint-Hilaire, Mémoires, t. I, p. 293-294.)
2. Prise par le marquis de Rochefort, le 22 juin 1675, cette place avait été démolie aussitôt et fut rendue ainsi aux Espagnols.
3. Louis XIV avait toujours voulu faire l'unité religieuse de son pays, d'abord avec indulgence et fermeté, puis de plus en
du P. de La Chaise, jésuite, son confesseur K M. Colbert sans doute ne la lui auroit pas conseillée, ni même M. Le Tellier, alors chancelier de France, et M. de Pomponne encore moins. Pour en venir à bout, il commença par faire démolir tous les temples qui ne se trouvoient pas aux termes de l'édit de Nantes '^. Elle envoya des missionnaires et des dragons à la fois aux huguenots ; on appeloit ceux-ci des missionnaires bottés pour les distinguer de ceux qui ne l'étoient pas ; mais ces missionnaires bottés firent bien plus de conversions que les autres par leurs prédications '^. Elle avoit déjà cassé et aboli les chambres de l'édit dans les parlements de Toulouse, de Bordeaux et de Grenoble '\ Enfin elle cassa pour jamais l'édit de Nantes et ce fut le dernier acte
plus rigoureusement. Mais c'est surtout après la paix de Nimègue qu'il songea à réaliser son idée, et les considérations qui l'y poussèrent le plus sont bien celles que Brienne énumère.
1. François d'Aix de La Chaize (25 août 1624-20 janvier 1709) succéda, en 1675, au P. Ferrier comme confesseur de Louis XIV. Son influence sur le roi sembla surtout manifeste, en 1683, après la mort de la reine Marie-Thérèse
2. Daniel de (^osnac se vante, dans ses Mémoires, d'avoir réussi à faire disparaître les temples de son diocèse « avant la révocation de l'édit de Nantes » [Mémoires, t. II, p. 115); et l'intendant Foucault, en Béarn, procéda de la même façon, « de sorte qu'en moins de six semaines il ne resta pas un temple en Béarn ». (Nicolas Foucault, Mémoires, publiés par F. Baudry, p. 115.)
3. Le procédé des dragons fut employé, dès le commencement de 1680, par Marillac, intendant du Poitou, et fut bientôt adopté par Louvois. Le roi ne connut pas toute la violence de ce procédé. (Vov. Mémoires de Saint-IJilaire, t. II, p. 39-40.)
4. Ily en avait àParis, Piouen, Grenoble, Castres et Bordeaux. Elles furent supprimées eu juillet 1('>79.
que scella le chancelier Le Tellier '. Ensuite elle obligea ceux de Genève à souffrir de gré ou de force que la sainte messe, ce vrai sacrifice des chrétiens, fut célébrée dans leur ville ; ce qui n'avoil pas été fait depuis l'année 1535 que les prêtres en furent chassés (page 307 du Testament).
Ce changement si considérable et si peu attendu dans la France, qui est encore envenimée des protestants d'Angleterre et d'Allemagne et des calvinistes de la Hollande, incorporés avec les anabaptistes et les sociniens qu'ils tolèrent, réveilla l'ambition du prince d'Orange et lui fit jeter les semences de la fameuse ligue d'Augsbourg -, où le ministre Claude ^, qui vivoit encore, et Jurieu le fanatique ^, qui est devenu fou, assistèrent de sa part au nom des églises privées du saint ministère. C-hose étrange ! que les princes de la maison d'Autriche, d'Espagne et d'Allemagne aient pu se résoudre d'entrer dans une ligue aussi odieuse, malgré les remontrances du Pape et la prospérité sans exemple de Louis le Grand; et qu'In-
1. L'édit de révocation est daté du 18 octobre 1685 et Le Tellier mourut le 30.
2. On nomme ainsi la convention secrète qui fut signée à Augsbourg, le 9 juillet 1686, par laquelle une alliance défensive contre la France était contractée entre l'Empereur, l'Espagne, la Suède, la Bavière, la Saxe et quelques autres princes d'Alsace. Vingt jours après, elle était connue à Versailles.
3. Jean Claude (1619-13 janvier 1687), fameux controversisle protestant, que ses disputes avec Bossuet ont surtout mis en évidence.
4. Pierre Jurieu (24 décembre 1637-11 janvier 1713), hébraïsant et théologien huguenot, disputeur convaincu, tant avec les catholiques qu'avec ses propres coreligionnaires.
nocentXI ', ce pontife d'ailleurs si saint et si zélé, ait osé faire proposer au Roi par son nonce, le cardinal Angelo Ranuzzi -, de remettre le luthéranisme dans Strasbourg, dont Sa Majesté venoit de remettre l'évêque en possession de son église ^.
On n'a jamais bien su comment Strasbourg est tombé entre les mains de Louis le Grand ^. L'honneur de la conduite de cette importante négociation est dû au marquis de Louvois, plus encore qu'aux trois millions que Sa Majesté sacrifia pour remettre la religion catholique, apostoli(|ue et romaine dans Strasbourg, comme elle donna dix-huit cent mille livres pour l'acquisition de Casai ^, deux villes également importantes et dans lesquelles ses troupes