Il en sera question plus loin
2. Le père et le fils : Nicolas deNeufville (1598-28 novembre 1685), maréchal de France en octobre 1646, et François de Neufville (1643-1730), maréchal en 1693, qui fut gouverneur de Louis XV comme son père l'avait été de Louis XIV.
3. Brienne étant né le 13 janvier 1636, ceci confirme encore la date de juin 1696 fixée ci-dessus (p. 217, n. 2), comme étant celle de la rédaction des présents mémoires.
par cet endroit-là. » Est pars illa qiiâ quondain Achilles erani.
Or, le petit marquis de ce côté-là n'étoit pas trop favorisé de la nature ; ce n'a jamais été un fort grand casseur de raquettes ^ Il dansoit fort bien et a toujours eu beaucoup d'esprit, bien pris dans sa taille et certainement il a du cœur. Il faut qu'il ait de la tète et de la conduite (ce qui est héréditaire dans sa maison), puisque un aussi grand roi que le nôtre lui a confié le commandement de sa principale armée ^.
Il est très bon courtisan et Sa Majesté l'a toujours fort aimé. Monsieur son père étoit très habile dans le conseil; mais il ne passoit pas pour brave. Son fils l'est et a donné des preuves très éclatantes de son courage.
Le prince de Condé se voyant avec lui sur le bord du fossé de Dôle ^, où leurs pères ne firent rien qui
1. « On dit proverbialement d'un homme qui fait le brave et le vigoureux, mais qui ne l'est pas, que ce n est pas un grand casseur de raquettes. » [Dict. Acad., 1694.)
2. « Le maréchal de Villeroy, qui étoit fort bien en cour, eut cette année (1695) le commandement de la principale armée de Flandres, devenu vacant par la mort de M, de Luxembourg, causée par un excès qu'on doit éviter à son âge. » [Mémoires de Saint-Hilaire, t. II, p. 347.)
3. C'est Condé qui investissait Dôle, qui se rendit le 14 février 1668, en présence du Roi. Saint-llilaire rapporte une auti-e aventure de Villeroy devant Dôle. « Le marquis de Villeroy, qui étoit alors colonel du régiment de Lyonnois, fit au Roi, pendant ce siège, une galanterie militaire dont Sa Majesté s'est bien souvenue depuis ; car je le lui ai entendu raconter plusieurs lois. Ce marquis, étant, le premier jour du siège, à la promenade avec le Roi, lui lit remarquer un drapeau que les ennemis
vaille, dit au jeune marquis : « Ah! marquis, il faut ici réparer l'honneur de ton père et du mien. Le fossé est large et sec et par conséquent fort dangereux à passer. » Le marquis commandoit le régiment de Lyonnois. Il passa le premier et étant sur le haut du bastion où il se logea, il cria à M. le Prince : « Mon prince, j'ai passé au moins le premier. La réputation de mon père est rétablie. C'est à vous à réparer les fautes de feu M. le Prince, votre père. » Le prince de Condé lui dit : « Tu as raison ; mais je serai bientôt à toi. » Et il passa pour assurer le logement que le petit marquis venoit de faire avec beaucoup de conduite et de bravoure.
Quand le Pioi le choisit, après la mort du maréchal duc de Luxembourg, pour le mettre à sa place, et lui donner le commandement même sur les princes du sang de l'armée de Flandre, le duc d'Armagnac ' et le prince de Lorraine -, ses beaux-frères, qui l'aiment fort et ont sujet de l'aimer (car il a du mérite certainement et ira loin si la guerre dure), l'avertirent de rabattre un peu de sa fierté et de s'huma-
avoient placé sur une demi-lune, et demanda s'il agréeroit qu'il lui en fit présent avant minuit. Le Roi répondit qu'il le vouloit bien. Sur les dix heures du soir, M. de Villeroy fit avancer un sergent de son régiment, avec un petit détachement, au pied de la demi-lune, qui n'étoit défendue par aucun chemin couvert. Le sergent tira à lui le drapeau avec le crochet de sa hallebarde et le porta à son colonel, qui 1 envova auPioi. » [Mémoires, t. I, p. 60.)
1. Louis de Lorraine, comte d'Armagnac (1641-1718), grand écuyer depuis 1658.
2. Louis-Alphonse-Ignace de Lorraine-Armagnac, fils du grand écuyer.
niser avec les officiers et les soldats qui parloient assez mal de lui. On dit qu'il l'a fait ; mais il n'a pas le don de se faire aimer, cela viendra peut-être avec le temps et je le souhaite ; car je l'aime fort. Il est très galant homme et se rendra digne, ou je serois fort trompé, de la belle et grande place qu'il occupe ^ . Le duc de Luxembourg ne le valoit pas en bien des choses. Les grands emplois font les grands hommes. S'il gagne une bataille, le voilà au-dessus du vent. Je le souhaite pour l'amour de lui et pour le bien de nos affaires. Il n a donc d'autre défaut que de ne s'être pas encore signalé dans un combat. Avec les troupes qu'il commande il est assuré de battre partout et à coup sûr le prince d'Orange. L'électeurde Bavière ~ est homme pours'attacherdans une bataille à la personne de notre nouveau général, et il trouvera, sur ma parole, à qui parler. Il est vigoureux le cul sur la selle et il est très bon homme de cheval, adroit au possible et intrépide ; bon jugement, l'œil très prévoyant et la tète incapable de perdre la tramontane. Du côté des dames il a fait moins de progrès que dans la cour et dans la guerre.
1. « Le maréchal de Villeroy, grand faiseur de projets qu'on a toujours vus manquer au point de l'exécution », comme le disait Saint-llilaire [Mémoires, t. 11, p. 409), n'eut pas la grande renommée militaire que Brienne semble lui promettre ici, et son indécision en fut la cause. « Il fait tout ce qu'il peut, disaient de lui, en 1703, des Caractères inédits conservés au Musée britannique, pour réussir dans ses desseins pour le service de l'Etat; mais l'exécution ne répond pas à ses intentions : car les grandes actions l'épouvantent, et les petites l'embarrassent. »
2. -Maximilien-Emmanuel (16G2-172G), électeur de Bavière en 1677.
Il est capitaine des gardes du corps, général d'armée et maréchal de France, gouverneur de province, mais il n'est pas aussi riche qu'on pourroit le croire. Le Roi peut le soutenir. M. de Turenne étoit pauvre et n'a jamais manqué de rien. Il arrivera la même chose au maréchal second duc de Villeroy. Il a encore de grandes ressources et il est dans la plus belle passe où un homme de sa qualité puisse être. Son bisaïeul * a commencé sa maison ; le marquis d'Alincourt ■^ l'a maintenue dans l'opulence où son pèrel'avoit laissée; le maréchal de Villeroy, son fils, a amassé de grandes richesses, mais on croit qu'il a beaucoup perdu d'argent au jeu. Le maréchal d'aujourd'hui doit encore être riche, mais il est généreux etdépensier. Il vient de marier son fils, le duc d'Alincourt ^, en bonne maison du côté du bien, où le maréchal son père n'a qu'à puiser à bon compte. Parlons maintenant des maréchaux de Boufïlers, de Catinat, de Joyeuse et Choiseul.
1. Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy (1542-12 novembre 1G17), secrétaire d'État de 1567 à 1617.
2. Charles de Neufville, marquis d'Alincourt (vers 1560janvier 1642), ambassadeur à Rome sous Henri IV.
3. Louis-Nicolas de Neufville, duc de Villeroy (1663-1734), lieutenant général en 1703. Il avait épousé une Le Tellier de Louvois, fille du ministre.