‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 115 sur 142 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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couronne, depuis qu il n'y a plus en France de connétable, et cela pour en exclure M. Pussort. Je le répète : celui-ci en étoit plus digne que l'autre sans comparaison, qui n'étoil plus qu'un zéro en chiffre dans le conseil du Roi.

Messire Achille de Harlay ^ a été procureur général au Parlement de Paris et en est devenu premier président par son mérite. On croit qu'il sera Chancelier. C'est un magistrat d'une vertu austère. Le Parlement, surtout les procureurs et les avocats, le craignoient comme le feu. Il fait de rudes mercuriales et ne pardonne rien. Il passe pour très homme d'honneur et de probité. Il fait sa charge et a de très curieux mémoires dans sa bibliothèque qui est très belle, de très bons manuscrits et de belles médailles antiques et modernes 2. Il n'aime que le travail et nullement le plaisir. Il n'est pas en cela de l'humeur de Monsieur son père ^, qui aimoit la chasse, la musique et la bonne chère et craignoit fort le

1. Achille III de Harlay, né en 1639, conseiller au Parlement en 1657, procureur général en 1667, premier président en 1689, avait donné sa démission en 1707 et mourut le 23 juillet 1712, à l'âge de soixante-treize ans. Saint-Simon l'a assez mal traité.

2. Il légua tous ses livres, pour la plupart richement reliés, au collège des Jésuites de Paris. Un en trouve le catalogue dans le manuscrit de la Bibliothèque de TArsenal, n" 6272.

3. Achille II de Harlay, conseiller au Parlement le 17 novembre 1635, maître des requêtes le 17 décembre suivant, procureur général le 20 août 1661, mort le 7 juin 1671.

travail. Mais il est fils d'une Bellièvre', et elle lui a inspiré, avec son courage, ces grands mouvements qu'il se donne sans sortir jamais de sa gravité. S'il parvient à la charge de Chancelier de France, il s'en acquittera très bien.

Le gendre de M. le Chancelier d'à présenta épousé ma cousine Boueherat. On l'appeloit M. de Beaumonl-Harlay ^, avant qu'il fût conseiller d'Etat ordinaire. Il est sage et le paroît peut-être encore plus qu'il ne l'est. C'est un homme d'une belle taille et fort sec ; il mange fort peu et travaille beaucoup. Il pourroitbien devenir premier président ; mais comme M. le Chancelier, son beau-père, s'est emparé de tous les papiers de ma charge, que je prétends bien qu'on me rende à sa mort, et des manuscrits de mon père et de mon grand-père, connus et cités sous le nom de MM. de Loménie, M. de Harlay les lit et les étudie fort dans la vue d'attraper, s'il peut, une charge de secrétaire d'État ^. Il a de quoi la payer. Il n'a

1. Jeanne-Marie de Bellièvre, parente de son mari, qui épousa, le 18 octobre 1638, Achille II de Harlay et mourut le 11 février 1657.

2. Nicolas-Auguste de Harlay, comte de Bonneuil et de Cély, successivement maître des requêtes, conseiller d'Etat et plénipotentiaire pour la paix de Ryswick, mort le 2 avril 1704, à l'âge de 57 ans. Il avait épousé, le 20 octobre 1670, Anne-Françoise-Louise-Marie Boucherai, fille de Louis Boueherat et d'Anne-Françoise de Loménie de Brienne, morte le 23 novembre

3. Maintes fois déjà, au cours de ses souvenirs, Brienne a fait allusion à la collection de documents historiques manuscrits,

pas réussi dans sa première négociation en Hollande où le prince d'Orange lui fît plus d'honneur qu'il ne vouloit et le renvoya comme il étoit venu, sans entrer en matière avec lui. C'est que le prince d'Orange en sait bien long.

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