PREMIER MEMOIRE
Du MIMSTÈRE DU CARDINAL MaZARIN.
Tout le monde sait qu'il s'appeloit Giulio Mazarini et qu'il étoit originaire de Sicile ^ Il a l'obligation de sa fortune et du chapeau de cardinal à feu M. de C'ihavigny, ministre et secrétaire d'Etat, favori du cardinal de Richelieu-. La chronique scandaleuse veut que ce cardinal ait été son père ^ et que M""' Bouthillier, qui n'aimoit guère son mari, n'ait
Ijibliothccaire, à MM. de Brienne, descendants de l'auteur des Mémoires et ministres sous Louis XVI. » Si, par cette expression vague écriture du temps, Barrière entend I époque des Mémoires, il se trompe : c'est à coup sûr une écriture du xviii'' siècle et, très vraisemblablement, la copie a été exécutée pour le cai'dinal de Loménie de Brienne, qui, s'il paraît avoir respecté la pensée de son ancêtre, l'a pourtant un peu rajeunie parfois, dans le détail.
1. A. la suite de cette phrase on lit ces mots, transcrits, puis biffés, qui se trouvaient sur le manuscrit original : « Monseigneur, Monsieur ou Seigneur Jules, dit l'abbé, que j'ai placé dans le quatrième volume de mon recueil, parmi les poésies galantes. »
2. Brienne a déjà parlé plus longuement (t. I, p. 292) des relations de Mazarin, à sesdrbuts, avec Léon Bouthillier, comte de CKavigny, secrétaire d'Etat depuis le 18 mars 1632, mort le 11 octobre 1052.
3. C'est-à-dire le père de Léon de Chavigny. La formule du manuscrit original, un peu obscure, a été transcrite par le copiste, puis rectifiée par une plume postérieure : « ait été le père de M. de Chavigny ». L'abbé de Choisy dit aussi : « Le cardinal étoit ami intime de M. de Bouthillier, et traitoit M. de Chavigny, son fils, comme s'il eut été le sien. » [Mémoires^ éd. de Lescure, t. I, p. 36).
DE M. LE COMTE DE BiUENNE. o
fait que cette seule galanterie en toute sa vie ' . On dit qu'elle étoit jolie étant jeune ; cela peut être ; mais je ne lai vue que fort vieille et fort ridée. Quoi qu'il en soit, une Bragelongne étoit capable de s'en laisser conter par le premier ministre et d'avoir, si elle pou voit, un fds de lui. Si cela est, M. de Cliavigny lui a plus d'obligation qu'il n'en auroit eu à Monsieur son père s'il lui avoit donné la naissance, car le Cardinal l'aima toute sa vie comme son fils et lui fit beaucoup de bien. Or, il faut faire ici le portrait de mon beau-père que j'ai vu et connu, quoiqu'il fut mort quand j'épousai- Henriette Bouthillier, sa fille ^, cadette de la maréchale de Clérambault ^ mais l'aînée des présidentes de Bosmelet^ et Brûlart '' et des deux abbesses d'Issy ', mais plus jeune que
1. Marie de Bragelongne, femme (1606) de Claude Bouthillier, mère de Léon Bouthillier deChavigny, décédée le 26 mai 1673. Tallemant des Beaux s'est fait lui aussi l'écho des relations de Bichelieu avec elle [Historiettes, éd. Monraerqué et Paulin Paris, t. II, p. 283).