Elle mourut en octobre 1663, à l'âge de 26 ans
4. Louise-Françoise Bouthillier, mariée à Philippe de Cléranibault, comte de Palluau, maréchal de France, et qui mourut en
5. Renée Bouthillier, qui épousa Jean Beuzelin de Bosnielet, président au Parlement de Rouen, décéda le 19 mars 1711. — Brienne écrit Beaumesley.
6. Marie Bouthillier, mariée en premières noces k iNicolas Brûlart, premier président au Parlement de Dijon, et, en secondes noces, à Auguste, duc de Choiseul. Morte le 11 juin
7. Anne-Julie Bouthillier, religieuse à Saint-Antoine-des- Champs, à Paris, puis première abbesse d'Is.<;y, morte le 22 janvier 1694, et Elisabeth Bouthillier, qui succéda à sa sœur comme abbesse d'Issy.
la religieuse de Saint-Antoine ' qu'on appelle M™^ de Chavigny du nom de son père.
Portrait de M. de Chavigny Ministre et Secrétaire d'Etat sous le ministère du cardinal de Richelieu, avec quelques particularités non encore écrites ni divulguées de la vie et de la politique de ce grand cardinal.
Je fais entrer dans l'éloge du cardinal Mazarin celui de mon beau-père, son patron, et encore celui du cardinal de Richelieu qui le choisit pour son successeur dans le ministère. M. de Chavigny s'attendoit qu'ils partageroient ensemble, mais qui compte sans son hôte a la peine de compter deux fois. Cela est arrivé à mon beau-père, homme de hautes idées, et qui avoit bien envie d'être duc et pair et plus encore premier ministre, et qui l'auroit peut-être été s'il ne s'étoit pas associé le cardinal Mazarin dans la vue de gouverner la France conjointement et indépendamment de la Reine, à qui il vouloit ôter la régence.
Mon père plus fin le supplanta, sans dessein toutefois de le supplanter ; car M. le comte de Brienne étoit l'homme du monde le moins propre à faire de tels coups. Or voici comment cela arriva ; mais il faut reprendre les choses de plus haut. M. de Chavigny avoit fait ériger pendant sa faveur l'ancienne baronnie de Chavigny ^, en Touraine, dont sa mère,
1. Marie Bouthillier, religieuse àSaint-Antoine-dcs-Champs, où ses deux sœurs avaient fait profession comme elle.
2. Le château de Chavigny, du commencement du xvii*' siècle, se trouve actuellement sur le territoire de la commune de Lesné, cant. et arr. de Chinon (Indre-et-Loire).
la surintendante ', avoit fait, sinon un Versailles, au moins un autre Pont ~. Ce sont deux des plus superbes maisons de France pareilles à ïanlay ^ et à Sceaux^, c'est tout dire, et plus belles que Vaux ^, sans contredit, et que Meudon ^, avant que le mar-
1. Au nombre de ses titres, Claude Bouthillier eut celui de surintendant des finances, et c'est pour cette raison que sa femme est appelée ici surintendante.
2. Actuellement Pont-sur-Seine, cant. et arr. de Nogent (Aube). Le château, auquel Brienne fait allusion, bâti par les comtes de Champagne, et reconstruit ou remanié au xvii* siècle et plus tard par les Bouthillier, a été réduit en cendres, en 1814, par les Cosaques.
3. ïanlay, cant. de Cruzy-le-Châtel, arr. de Tonnerre (Yonne). Le château (1559-1642) est un des plus beaux types de la Renaissance bourguignonne. C'est François d Andelot qui fit commencer les travaux du château actuel, et, au siècle suivant, Particelli d'Hémery y fit dépenser, sous la direction de Farchitecte Lemuet, des sommes si considérables, qu'il peut en être regardé comme le vrai constructeur.
4. Le château de Sceaux, construit en 1597 et que Colbert fit reconstruire, après 1670, sur les plans de Claude Perrault et avec l'aide, pour la décoration, des sculpteurs Puget et Girardon et du peintre Lebrun, fut démoli à la fin du xviii® siècle, et il n'en subsiste plus qu'une porte de l'enceinte.
5. Actuellement Vaux-le-Vicorate, com. de Maincy, à cinq kilomètres au nord-est de Melun. Bâti de 1657 à 1660 par l'architecte L. Levau, somptueusement orné par Foucquet, le château passa successivement aux mains du maréchal de Villars et de la famille de Choiseul-Praslin. Son dernier possesseur, M. Edme Sommier, l'a, comme on le sait, restauré et embelli avec beaucoup de soin et de goût.
6. Le château que le cardinal de Lorraine s'était fait bâtir après 1552, au sommet de la colline de Meudon, par Philibert Delorme, passa, en 1664, aux mains du surintendant Servien, qui fit construire la terrasse et agrandir le parc. Louvois, puis le grand Dauphin, fils de Louis XÏV, embellirent Meudon,
quis de Louvois, mon confrère, en eut fait une maison plus que royale et qui effacera un jour Versailles pour peu que Sa Majesté, à qui elle est maintenant, y veuille faire de dépense, car pour la situation et la beauté des jardins et des eaux, conduites à grands frais sur une montagne, il est difficile d'y rien ajouter. Il falloit que le marquis de Louvois fût fort pour faire de telles dépenses à l'aspect de Versailles et pour ainsi dire à l'envi de son maître Louis le Grand, ou qu'il eût dessein de lui en faire présent, ce qui n'est guère conforme à son avarice et à son ambition, qui l'auroient fait roi lui-même, s il l'avoit pu. Je parlerai de lui dans la suite de ces Mémoires, et il y joue un beau personnage.
Mais revenons à M. le comte de Chavigny. C'éloil un homme replet et aimant fort la bonne chère et son plaisir ; le jeu étoit sa passion dominante ; car je n'ai jamais entendu dire qu'il eut été amoureux de femme que de la sienne *, qui étoit très belle et à qui il faisoit des enfants tous les ans. En effet, outre les sept filles vivantes quand j'épousai feue ma femme, il laissa sept garçons vivants à sa mort, savoir : M. de Pont^, l'aîné de tous, le marquis de
chacun à sa manièi'é. La Révolution le sauvegarda en le transformant en un vaste atelier militaire. En 1803, le grand château fut démoli, et le petit château fut briilé en 1870 par les Allemands. Ce qui en subsiste est devenu un observatoire d'astronomie.
1. Il avait épousé, le 20 mai 1627, Anne Phélypeaux, fille et unique hérière de Jean Phélypeaux, seigneur de Villesavin, et d'Isabelle Blondeau. Elle mourut le 3 janvier 1694, à l'âge de 81 ans.
2. Armand-Léon Bouthillier, comte de Chavigny, qui mourut en 1684.
Chavigny ^, un abbé qui étoit mort quand je me mariai % M. Bouthiliier '^, conseiller au Parlement de Paris, l'évêque de Troyes '\ un chevalier de Malte ^ et un autre abbé ^ qui avoit été chartreux et est mort un peu après Madame sa mère, et fut suivi du chevalier son frère peu de temps après. Ils s'aimèrent fort, et la mort de l'abbé fut cause de celle du chevalier. Voilà donc quatorze enfants, sept garçons et sept filles, très bien comptés, sans sept ou huit de compte fait qui sont morts en bas âge, en tout vingt-et-un ou vingt-deux enfants. Or, un mari qui fait tant d'enfants à sa femme et qui d'ailleurs a une des plus belles femmes de la cour, ne sera pas soupçonné d'avoir eu des maîtresses. Son ambition le maîtrisa plus que l'amour. Il devint sec et maigre parla diète rigoureuse qu'il s'imposa selon la méthode
1. Gaston-Jean-Baptiste Bouthilliei', dit le marquis de Cliavigny, colonel du régiment de Piémont.
2. On ne le trouve mentionné ni dans la généalogie du P. Anselme [Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, 1733, in-folio, t. IX, p. 322), ni dans celle de Fauvelet du Toc [Histoire des secrétaires d'Etat, 1668, in- 4«, p. 288).
3. Jacques-Léon Bouthiliier, marquis de Beaujeu, conseiller au Parlement, mort le 2 novembre 1712.
4. Denis-François Bouthiliier, docteur de Sorbonne, aumônier du Roi, évêque de Troyes (octobre 1678-mai 1697), mort le 15 septembre 1731, à l'âge de 89 ans.
5. Louis Bouthiliier, chevalier de Malte, mort en juillet 1694.
6. Gilbert-Antoine Bouthiliier, grand-vicaire de Troyes, mort en juin 1694. Les constatations que Brienne fait ici sur ces trois morts successives, de M'"" Bouthiliier et de deux de ses fils, prouvent qu'il écrivit cette partie de son œuvre après juillet
de Cornaro *, pour trop diminuer son trop d'embonpoint, et il en vint à bout. Je ne l'ai vu que fort déeliarné, les joues fort creuses et les yeux, qu'il avoit beaux, fort enfoncés^. Il avoit très bonne mine et la taille très belle en 1651, qui fut, je crois, l'année un peu après ^ que je fus parti pour mon premier voyage d'Allemagne, car j'y en ai fait plusieurs en ma vie, dont je parlerai amplement dans ces mémoires que je prépare pour mon histoire.
Mon beau-père avoit le nez aquilin et l'air de sa personne étoit majestueux et heureux. Aucun de ses enfants, si ce n'étoit Monsieur de Troves, ne lui ressemble de ce côté-là. Pour ce prélat, il a toutes les manières civiles et engageantes de feu Monsieur son père et lui ressemble assez, hors qu'il a l'air
1. Luigi Cornaro, philosophe et hygiéniste (1467-26 avril 1566), inventeur d'un régime de santé dont la diète était la base.
2. A l'occasion de la mort de Léon Bouthillier, comte de Chavigny (11 octobre 1652), Conrart dit de lui : « Il y avoit longtemps que l'agitation d'esprit et le travail du corps l'avoient échauffé et desséché dune étrange sorte, outre que sa faconde vivre y avoit beaucoup contribué ; car la crainte de devenir gros lui avoit fait prendre la résolution, quoiqu'il eût le sang fort chaud, le foie grand et qu'il se fît grande dissipation d'esprit, de manger fort peu et de ne souper point du tout, pratiquant une abstinence presque aussi grande que celle de Cornaro, mais non pas aussi réglée, ni accompagnée d'autant de tranquillité, ce qui ne contribue pas moins que la sobriété à la vie longue et heureuse. » [Mémoires, col. Petitot, p. 216).
3. Si la pensée de Brienne a été bien suivie par le copiste, il y a erreur ici. 1651 ne fut pas l'année après, mais l'année avant son départ pour le long voyage qu'il fit à travers l'Europe et qu'il a si abondamment raconté ailleurs. Il se mit en route le 24 juillet 1652, et Chavigny allait mourir moins de trois mois après.
plus fin ; car M. de Chavigny, qui l'étoit sans doute beaucoup, ne le paroissoit nullement ; mais il avoit cet air ouvert du duc de Rohan-Chabot ' et du dernier maréchal de Schônberg -. Je ne saurois mieux le comparer.
Le cardinal de Richelieu avoit les dernières obligations à M, Bouthillier et à Madame sa femme. Il n'y eut qu'eux qui ne l'abandonnèrent point à la Journée des Dupes ^, où les Marillaes furent écrasés et où le Cardinal se sauva du naufrage comme par miracle. Or, en ce jour si glorieux pour lui, M. Bouthillier ne le quitta jamais d'un pas et lui prêta à tout événement ou lui offrit au moins une somme d'argent fort considérable, cent mille écus, m'a-t-on dit, et cela depuis lui valut une charge de secrétaire d'État et ensuite la surintendance des finances qui le remboursa et au delà de sa bonne volonté et de ses espérances.
Son fils fit de très bonne heure la charge de secrétaire d'État de Monsieur son père ^, et M. Bouthillier,
1. Henri Chabot, seigneur de Sainte-Aulaye, duc de Rohan par son mariage, en 1645, avec Marguerite de Rohan, fille et unique héritière d'Henri, duc de Rohan.
2. Frédéric-Armand, comte de Schônberg, né en Allemagne, en 1618, maréchal de France en 1675, après la mort de Turenne, tué à la bataille de la Royne, le 11 juillet 1690.
3. Le 11 novembre 1630, le jour où Richelieu, disgracié le matin à la suite d'une intrigue ourdie par Marie de Médicis, Anne d'Autriche, Gaston d'Orléans, le conseiller Michel de Marillac et le maréchal Louis de Marillac, rentra en faveur avant la fin du jour, après une entrevue avec Louis XOI.
4. Selon Fauvelet du Toc, les provisions de Chavigny pour être secrétaire d'Etat en survivance de son père, sont datées du 18 mars 1632 [Histoire des secrétaires d'Etat, p. 283).
devenu surintendant, ne le laissa pas manquer d'argent. Si au lieu de dépenser trois millions à sa maison de Pont et deux cent mille écus à Chavigny, il eut mis ces sommes considérables à constitution comme il le pouvoit, il auroit augmenté son revenu de deux cent mille livres de rente. M. de Chavigny en avoit bien autant de son côté, M. de Villesavin ^ guère moins ; il y auroit donc eu en cette opulente maison plus de six cent mille livres de rente. Je sais bien que les postes étrangères ont valu seules au marquis de Louvois dix-huit cent mille livres ; mais M. de Chavigny, quoique favori du premier ministre, ne s'est jamais donné les airs de M. de Louvois : ce n'est pas qu'il eût moins d'ambition ; mais il avoit plus de modération et plus de sagesse et beaucoup moins d'avarice ~.
Le Cardinal donc, l'ayant pris en affection, l'éleva avec des soins de père, ce qui fit peut-être dire à la médisance qu'il étoit son fils. Quoi qu'il en soit, il le prit pour le dépositaire de tous ses secrets et pour le confident de son ministère. M. de Chavigny amassa de grands biens ; mais il les dépensa en homme de la plus haute qualité et se seroit ruiné sans son intendant, M. de Saint-Sauveur-^, ecclésias-
1. Jean Phélypeaux, seigneur de Villesavin, secrétaire des commandements de Marie de 31édicis et beau-père de Chavigny .
2. Chavigny était surtout ambitieux « de parvenir à ses fins, qui alloient, comme le remarque M'"*= de Motteville (Mémoires, éd. Riaux, t. IV, p. 4), à vouloir toujours, soit d'une façon, soit d'une autre, faire un beau personnage sur le théâtre. »
3. Le nom de cet intendant a également été mentionné par Conrart, qui fournit un exemple, cité ci-dessous, de l'action de Saint-Sauveur sur Chavigny.
tique fort entendu que je vis à Toulouse où il est mort. C'étoit sa patrie et sa demeure ordinaire depuis la mort de son père, et il m'y donna à dîner avec le marquis de Chavigny fort splendidement. Or, Saint-Sauveur, son intendant, et encore son secrétaire nommé, je crois, Goussancourt '. ou quelque nom approchant, qui a été depuis au maréchal duc de Luxembourg, ne lui disoient pas ce qu'il avoit de bien et avoient si bien réglé la dépense de sa maison et de son jeu qu'il ne dépensoit jamais chaque année son revenu et tous les ans faisoit des contrats de constitution aux seigneurs de la cour, au duc de Mortemart ', au comte de Fiesque-^, au marquis d'xivaux ^, au maréchal de Schonberg, au commandeur deSouvré ^ et autres petits maîtres qui venoient souvent manger et jouer chez lui. Il acheta l'holel de Saint-Pol ^ et y fit une dépense de quatre cent
1. Je nai trouvé nulle part la confirmation du détail donné ici par Brienne.
2. Gabriel, marquis, puis (1650) premier duc de Mortemart (1600-20 décembre 1675).
3. Charles-Ijéon, comte de Fiesqne, mari de Gillone d'Iiarcourt.
4. Jean-Antoine de Mesmes, comte — et non marquis — d'Avaux (1640-11 février 1709).
5. Jacques de Souvré, commandeur de l'ordre de Malte, puis grand-prieur de France, né en 1600, mort le 22 mai 1070.
6. Note du manuscrit : « Rue des Ballets ; il comprenoit plusieurs maisons qui en sont détachées. » Il en a déjà été question dans ces Mémoires (t. I, p. 292). Chavigny acquit cet hôtel à la suite d'une affaire de construction de vaisseaux en Hollande, que Conrart rapporte. « Chavigny, dit-il, employa ce qu'il gagna dans cette affaire au bâtiment de l'hôtel Saint-Pol,
mille livres par l'avis et sous la conduite de Mansart ^ . Sa veuve en a refusé huit cent mille livres de feu M™* la princesse de Conti -, avant qu'elle eut acquis l'hôtel de Guénegaud ^, qui étoit auparavant l'hôtel de Nevers.
Voilà donc M, de Chavigny en faveur dès la fleur de ses ans et employé dans toutes les plus grandes affaires du dedans et du dehors du royaume. En ce temps-là, le seigneur Giulio faisoit divers voyages en poste de Rome à Paris, de Paris à Turin et de Rome même à Madrid sous les ordres du cardinal Bentivoglio ^, son premier maître, qui le donna au cardinal Sachetti ^, créature comme lui des Barberins, et celuici au cardinal Antoine Barberin ^, que nous avons
qu'il avoit acheté environ 200,000 livres et qui lui revenoit à plus de 800,000 livres, par l'aveu même de Saint-Sauveur, son intendant, quoique tout ne fut pas achevé. » [Mémoires, p. 214)-
1. Aucun autre renseignement ne vient, à ma connaissance, confirmer l'indication donnée ici par Brienne que François Mansart (23 janvier 1598-23 septembre 1666) ait travaillé à l'embellissement de l'hôtel Chavigny.
2. Anne Martinozzi, nièce de Mazarin, qui avait épousé Armand de Bourbon, prince de Conti.
3. Henri Guénegaud, ministre, secrétaire d'Etat et garde des sceaux de Louis XIV avait acquis, de la princesse Marie de Gonzague de Clèves, Ihôtel de Nevers, sur le quai actuel Conti, qui alors se nommait Guénegaud.
4. Gui Bentivoglio, confident d'Urbain VIII, à qui il allait succéder quand la mort l'emporta (1644).