‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 60 sur 142 · Paul-Jules de LaPorte-Mazarini, né le 25 janvier · texte numérisé non relu

Paul-Jules de LaPorte-Mazarini, né le 25 janvier

6. Mazarin quitta la France pour la première fois en avril 1651 et revint en décembre à la tèto d'une armée.

encore rien amassé que des meubles et une riche et curieuse bibliothèque, par les soins de Naudé ^ ; les livres furent tous vendus par arrêt du Parlement ; mais il les a retirés depuis. Le président Tubeuf ~, sa créature et son meilleur ami, lui prêta cent mille écus pour faire son voyage et y paroître selon sa dignité. Ilavoit pourtant des pierreries qu'il emporta avec lui ; mais il n'avoit pas encore acquis les douze Mazarins dont il a fait présent au Roi à sa mort et qui sont les plus beaux diamants de la couronne ^. Comme il étoit assuré de son retour en France par une lettre de la propre main delà Reine et fort obligeante, que l'abbé Foucquet, son principal agent, lui porta, il fît un tour que M. l'évêque de Châlonssur-Marne m'a conté ^. Il jeta sa canne sur le haut d'un arbre après avoir dit à l'abbé Foucquet que si elle retomboit, ce qui assurément devoit arriver, il resteroit à Bouillon ; mais que si elle restoit sur l'arbre, c'étoit une marque qu'il seroit bien reçu en France ; et aussitôt, adroit de la main comme il l'étoit, il jeta sa canne de manière qu'elle ne retomba pas. « Il la faut laisser là, dit-il en riant. Heureux augure (car il y croyoit et encore plus aux horoscopes) ! heureux augure ! Je serai bien reçu à la cour

1. Gabriel Naudé (1600-1653), successivement bibliothécaire du cardinal Barberini, de Mazarin et de la reine Christine.

2. Jacques Tubeuf, président des comptes, intendant el contrôleur général des finances. On n'a pas oublié la piquante anecdote contée ailleurs par Brienne sur Mazarin et sur lui (t. II, p. 45).

•3. Au sujet de ces pierres précieuses voy. encore t. lï, p. 44. 4. Félix Vialart de Herse. Brienne a déjà conté l'anecdote

et je m'y tiendrai ferme sur mes pieds jusqu'à ma mort. Chère canne, tiens-toi là et que les vents ne t'en puisse faire tomber ! » Il le dit ; mais il ne le fit pas. Il renvoya quérir sa canne garnie d'or par un page et en fît présent à l'abbé Foucquet. Il donnoit peu et rarement ; mais, quand il donnoit, c'étoit toujours de fort bonne grâce.

Le voilà donc rétabli à la cour malgré la Fronde. Il tint parole et amassa tant de millions qu'il en laissa quarante de compte fait à son légataire universel * ; mais M. Colbert, qui seul avoit la connoissanee des immenses richesses de son maître, les lit venir, ces quarante millions, dans les cotfres du Hoi, et par ce service si important commença à assurer les fondements de la haule fortune où cet homme de si basse extraction est parvenu ; mais il est mort toutefois et ses grandes richesses se sont fort écoulées dans les mains du marquis de Seignelay ~, son fils, qui avoit l'àme grande et qui aimoit autant la prodigalité que son père avoit aimé l'épargne. Je ne suis pas d'avis de pousser plus loin pour le présent l'histoire du cardinal Mazarin, très indigne à mon avis d'une si haute fortune. On peut voir son histoire dans celle que Priolo a écrite sur mes mémoires; car alors j'étois fou du latin et je ne l'écrivois pas trop mal. J'ai même envie de traduire cette histoire latine en françois, quand j'aurai avancé de brouiller ces mémoires de ma vie, à plume courante, et presque sans rature, comme ce premier brouillon en fait foi.

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