Voy. encore t. Il, p
2. Jean-Baptiste Colbert, marquis do Seignelay, né k Paris en 1651, mort le .3 novembre 1690.
Il ne me reste plus pour achever ce premier mémoire qu'à parler du cardinal de Richelieu, que j'ai réservé pour le dernier acte de cette comédie. En effet, qu'est-ce que la cour et que la faveur des ministres, sinon une farce continuelle dont le sage se rit en son cœur ? Heureux qui ne la voit qu'en peinture ou dans nos écrits, ou qui, l'ayant vue de près, comme moi, a le temps de penser à la mort loin du bruit et des embarras de ce séjour d'iniquité !
Or, le cardinal Armand-Jean de Richelieu étoit sans contredit le plus grand homme de son temps, le plus habile pour conduire de grands desseins, le plus ferme dans ses résolutions, le plus téméraire dans ses entreprises ; mais toutefois extrêmement heureux, ce que j'attribue autant à la fidélité de ses amis, aux bons conseils de ses véritables serviteurs, Séguier, Bullion ^ et Chavigny, qu'à sa hardiesse et qu'à l'ascendant de son astre toujours bénin et dont les bonnes influences l'ont accompagné et soutenu jusqu'à la mort. Je dirai peu de choses de lui parce que je n'en suis pas trop bien informé, c'est-à-dire par moi-même ; mais je sais de feu mon père que c'étoit un très habile négociateur, fort prévoyant, et qui ne faisoit guère de fautes ou les réparoit fort sagement par toutes voies permises ou défendues, per fas et nef as, ce furent ses propres termes.
C'étoit bien un autre homme et un autre génie que le cardinal Mazarin. Il aimoit la France et sa propre
1. Claude de Bullion, seigneur de Bonnelles, surintendant des finances en 1632, mort le 22 décembre 1640, fidèle auxiliaire des vues de Richelieu.
DE M. LE COMTE DE BRIENNE. 2o
grandeur, j'entends de lui, cardinal duc, devenu premier ministre. Il avoit du crédit parmi les princes étranofers, et M. de Chaviornv le servoit fort bien de ce côté-là ; on se fioit à sa parole, dont il étoit très religieux observateur, au lieu que le cardinal Mazarin se faisoit gloire de n'être point esclave de la sienne ; aussi n'étoit-il estimé de personne, ni en France, ni en Angleterre, ni à Rome.
Les plus grandes difficultés que le cardinal de Richelieu ail eues à surmonter pendant son administration, c'a été l'esprit du Roi et les intrigues de la cour ; celles deChalais ' et de Monsieur le Grand " le mirent à deux doigts de sa perte, mais il leur en coûta la vie. Les Marillacs manquèrent leur coup, et il s'en vengea. Pour tant d'autres qu'il a fait mourir par la main du bourreau et par d'autres voies, tels que le roi de Suède^ et le comte de Soissons^, ils l'embarrassèrent, mais ne le mirent pas en péril de sa fortune ; aussi trouva-t-il le moyen de s'en défaire.
La personne de toute la cour qu'il craignoit le plus, c'étoit la duchesse de Chevreuse, esprit remuant et solide et qui venoit aussi bien que le Cardinal à bout de ses desseins par les voies qui ne sont approuvées de personne. La vie des gens qui l'in-