‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 62 sur 142 · Brienne en a déjà longuement parlé, t. I, p · texte numérisé non relu

Brienne en a déjà longuement parlé, t. I, p

2. Henri Coiffier, dit Ruzé, marquis d'Effîat, grand écuyer. Voy. t. I, p. 202.

3. Gustave-Adolphe, tué dune façon assez mystérieuse à la fin de la bataille de Lûtzen en 1632 .

4. Louis de Bourbon, comte de Soissons, né le 11 mai 1604, tué le 6 juillet 1641, au combat de la Marfée, ce qui provoqua bien des imputations contre Richelieu ,

eommodoient étoit peu en sûreté. Aussi le Cardinal Téloigna-t-il de la cour et la Reine Mère aussi, qui de sa bienfaitrice devint sa plus grande ennemie ; c'étoit ainsi qu'il coloroit la trahison qu'il avoit faite à cette vertueuse princesse, digne sans doute à cause de ses vertus d'une meilleure fortune.

Il fit mourir Saint-Preuil ^ pour les intérêts de ^,L de Noyers - et du maréchal de La Meillerave ^ ; il sacrifia le maréchal de Marillac ^ à sa vengeance et se contenta de faire peur de la mort au commandeur de Jars ^, qui, dans le conseil qui se tint contre le Cardinal, je ne sais ni où ni en quelle occasion, n'avoit point opiné à la mort. Il exila ceux qui l'avoient voulu exiler ; il fit mourir tous ceux qui souhaitoient sa mort. Il fit beaucoup de bien à ses amis, et à ses ennemis tout le mal qu'il put : bon ami et terrible ennemi. Il a été amoureux de la Reine jusqu'à la folie, et M""^ de Chevreuse l'obligea un jour, Bocan jouant la sarabande, de la danser avec des castagnettes aux doigts, lui cardinal, prêtre et évêque, en pantalon vert ; ce qui ne lui ayant pas

1. François Jussac d'Embleville de Saint-Preuil, décapité à Amiens le 9 novembre 1641.

2. François Sublet de Noyers, secrétaire d'Etat de la guerre, disgracié en avril 1643, mort le 20 octobre 1645.

3. Charles de La Porte, duc de La Meillerave, maréchal de France le 30 juin 1639.

4. Louis de Marillac, maréchal de France en 1629, mort sur léchafaud en place de Grève, le 10 mai 1632.

5. François de Rochechouart, commandeur de Jars, mort en 1670. Traduit enl633, comme complice de M^^de Chevreuse, devant une commission que présidait Laffemas, il fut condamné à mort et ne fut gracié que sur l'échafaud.

réussi pour obtenir de la Reine les dernières faveurs, il en conçut tant de rage qu'il exila la duchesse et pensa perdre cette vertueuse princesse, qui certainement a été beaucoup calomniée, mais n'a jamais été criminelle K Mon père me l'a tant dit que je le crois.

Nonobstant tant de chagrins que lui causoient la défiance du Roi et les intrigues de la cour contre lui, il faisoit des vers et des comédies. Dans le vrai il éloit fou. Les sages ont toujours en eux quelque mélange de folie, niixturani dementiae ; mais j'ai peine à accorder tant d'égarements avec tant de sagesse dans un si grand cardinal. Enfin, il mourut au contentement du Roi et des gens de bien, et ne fut regretté de personne, si ce n'est de la duchesse d'Aiguillon, sa nièce, qu'il avoit fort aimée et qui de son côté l'aimoit jusqu'à l'adoration. C étoit leur mutuelle folie, et on dit que leur amour passoit le simple jeu : l'inceste est au nombre des crimes qu'on lui reproche ~.

Cependant quelque affreux que soit le portrait que je viens de faire de ce tyran de la France, mort en paix dans son lit, en un temps où il étoit craint

1. Brienne a déjà raconté aliondamment cette aventure, t. I, p. 215, où l'on trouvera, avec les détails de la scène, des renseignements sur les personnages qui en firent partie. Dans la Bibliothèque de V Ecole des Chartes, 1910, p. 477, M. Louis Batitfol cite une note de Mathieu de Mourgues, en 1631, qui accuse déjà Richelieu d'avoir dansé, étant évéque, en habit de satin vert a devant une darne qui se moquoit de lui ».

2. On a lancé contre Richelieu toutes sortes d'accusations, plus ou moins vraisemblables. Celle-ci s'est produite sous la plume des libellistes, ei Brienne l'y a cueillie.

du Roi même, j'aurois mieux aimé servir un tel homme qui récompensoit bien ses véritables serviteurs que de servir sous le cardinal Mazarin qui ne faisoit de bien à personne. Il a fait trop d'avantages à mon beau-père et à sa famille pour que je puisse croire tout le mal qu'on a publié de lui. Mon père même, que le cardinal de Richelieu n'aimoit pas, l'excusoit en beaucoup de choses. On l'a blâmé d'avoir précipité la mort du duc de Montmorency ^ ; c'est toutefois une de celles quiparoit la mieux fondée dans les principes du droit, mais on devoit, dit-on, lui pardonner à cause des grands services qu'il avoit rendus à l'Eglise et à l'Etat. Je l'aurois fait, pour moi, si j'avois été à la place du Cardinal, et aurois en cette action d'éclat imité la clémence d'Auguste dans cet autre Cinna. Mais cette vertu n'étoit pas de sa connoissance ni de son goût ; le sang lui plaisoit davantage et il voulut répandre celui de Montmorency et par ce coup d'autorité effraya le duc d'Orléans même qu'il n'auroit pas épargné, si le Roi, plus tendre que lui, ne l'en avoit empêché.

Voilà ce que j'avois à dire du cardinal de Richelieu, dont on vient de placer la statue en Sorbonne dans le chœur -. Elle est de la main de Girardon et très

1. Henri II, duc de Montmorency, maréchal de France, né à Chantilly en 1595, décapité à Toulouse le 30 octobre 1632.

2. Le tombeau du cardinal de Richelieu, placé dans le chœur de l'église de la Sorbonne, est généralement considéré comme le chef-d'œuvre de Girardon. Il est signé ainsi : Fr. Girardon, Tricassin., ina'. et sculpsit an. M. DC. XCIV. (Stanislas Lami, Dictionnaire des sculpteurs de l'Ecole française sous le règne de

bien exécutée. C'est un bloc de marbre blanc ; l'Église soutient le corps couché sur un matelas de brocard et la Sorbonne pleurante à ses pieds qu'elle embrasse par reconnoissance paroit inconsolable de la perte de son restaurateur. Je crois que c'a été la pensée du sculpteur, si toutefois j'ai bien deviné. Je voudrois achever une épitaphe latine qu'on attribue à Hugo Grotius ' . Je l'ai traduite en François et je l'avois placée dans le premier volume de mes mémoires que je n'ai pu encore retirer de B. . . -. C'est une très ingénieuse sottise contre le cardinal de Richelieu. Je finis mon premier mémoire.

Louis XIV, 1906, in-4°, p. 211). Germain Brice, dans sa Description de la ville de Paris, déclare aut>si catégoriquement : « Ce bel ouvrage, qui est de Girardon, n'a été posé qu'en l'année 1694. » Il s'ensuit que Richelieu, mort le 4 décembre 1642, resta plus de cinquante ans sans une sépulture digne de lui. Ce retard ne fut pas le fait du sculpteur, mais bien celui de la mauvaise volonté des héritiers que 1 artiste dut, au contraire, stimuler vivement. [Nouvelles archives de V Art français, troisième série, t. V, 1889, p. 291). En mentionnant comme un fait récent le placement du monument de Richelieu en Sorbonne, Brienne confirme une fois de plus qu'il écrivit cette partie de son œuvre au plus tôt en 1694.

1. C'est la pièce latine que Brienne a déjà insérée dans ses Mémoires, t. I, p. 262.

2. Cette initiale semble désigner le chancelier Louis Boucherat, que Brienne accuse ailleurs de l'avoir dépouillé de ses livres. En écrivant ceci Brienne n'avait donc pas sous les yeux la première rédaction de ses Mémoires, composée au moins dix ans auparavant.

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