Le Leck est l'une des branches du delta du Rhin
2. Charles, landgrave de Hesse-Cassel (3 août 1654-23 mars 1730).
3. Gustave-Adolphe de Bade-Dourlach (1631-1677), abbé de Fulde, cardinal en 1672.
point lui faire d'autre proposition que celle de la recevoir sous une obéissance qu'elle seroit encore trop heureuse de l'accepter, elle qui achetoit si cher le secours des princes qui se déclaroient pour elle ; qu'il étoit impossible qu'elle ne succombât sous le faix de cette guerre, qu'il falloil battre le fer pendant qu'il étoit chaud et ne pas attendre qu'elle prit d'autres mesures par la paix, que c'étoit à Votre Majesté à ne pas manquer une si belle occasion, laquelle elle ne rencontreroit de sa vie.
(( Il appuya son dire sur quelques intelligences prétendues qu'il avoit dans le pays, et Votre Majesté, se confiant en lui d'autant plus qu'elle lui laissoit la conduite des affaires secrètes, renvoya les ambassadeurs de cette république qui étoient venus jusque dans son camp lui offrir des conditions si avantageuses. 11 y revinrent néanmoins quelques jours après et lui firent encore de plus grandes offres ; mais votre ministre, traînant les choses en longueur par l'avantage qu'il trou voit en son particulier dans la continuation de la guerre, les habitants de La Haye (ce furent ceux de Rotterdam) massacrèrent pendant ce temps-là Jean de Witt \ de sorte que, comme c'étoit lui qui vous envoyoit ces ambassadeurs, ils furent bientôt révoqués par le prince d'Orange, son meutrier. (Le marquis de Louvois et lui avoient un intérêt commun et tout pareil à perpétuer la guerre.) Voilà l'obligation que vous eûtes au
1. Ce n'esl ni à La Haye, ni à Rotterdam, mais à Amsterdam, que Jean de Witl fui massacré, avec son frère Corneille, le 20 août 1672.
marquis de Louvois, etc. » Je passe les réflexions de l'auteur et toutes les moralités qu'on voit dans son livre.
« Mais (page 218) ce n'est pas là la seule faute qu'il fit pendant cette campagne. Ce fut lui-même qui fut cause que la superbe et opulente ville d'Amsterdam n'ouvrit point les portes à Votre Majesté ; car, après que vous eûtes mis garnison dans Utrecht, il envoya le marquis de Rochefort pour commander à cette tête, et ce général de nouvelle impression manqua de se saisir de Muyden ^ par une bévue (ou un contre-ordre secret du marquis de Louvois, son patron doublement), par une bévue, dis-je, si épouvantable qu'on ne sauroit assez s'étonner de la bonté qu'eut Votre Majesté de ne lui avoir pas fait couper la tète sur le cbamp. Je crois qu'elle est instruite (ceci est fort curieux et aura sa glose tout à l'heure) des raisons pour lesquelles il protégeoit ce général. Ce sont les mêmes que celles qui lui donnèrent le front de demander pour M'°* Dufresnoy (femme de son premier commis, très belle et fort décriée) la charge de dame du lit de la Reine -, votre épouse, de sorte qu'elle fut remplie par la femme de son commis, qui est fils d'un apothicaire, et par la fille d'un petit commis de
1. Brienne a dit un peu plus haut (voy. ci-dessus, p. 128) à peu près tout ce qui est dit ici.
2. La nomination de M""» Du Fresnoy comme dame du lit de la reine date du 2 avril 1673. Martin Du Fresnoy, le père d'Elie, était apothicaire rue Saint-Honoré, au coin de la rue Croix-des-Petits-Champs. Quant au père de Marie Colot, dame Du Fresnoy, il était, selon d'Hozier, porteur de lettres, ce qui confirme ce qu'on en dit ici.
la poste, au lieu qu'une personne de la première qualité et même une duchesse se fut tenue très honorée de l'avoir. Je ne dis rien delà honte qu'il y avoit à lui de mettre auprès d'une princesse si sage et si vertueuse une personne dont la réputation n'étoit pas bonne: ce sont des choses qui ne se pardonnent point.
« Le refus donc qu'il avoit fait de la paix jeta toute l'Europe dans la combustion, etc. »
Mon auteur dit un mot en cet endroit delà trahison que le comte de Marcin ^ accoutumé de longue main à ces sortes d'actions, fit aux Espagnols dont il commandoit l'armée. On le corrompit à force d'argent et le duc de Duras -, qui n'étoit pas de sa force ni de sa capacité, s'en trouva bien. Les Espagnols se déclarèrent alors contre nous, et voilà ce qui fut cause de la conquête de la Flandre, que le Roi maintenant partage également avec eux. Sa Majesté prit Condé, Bouchain, Ypres, Aire, Cambrai et Saint-Omer ^, et depuis encore Mons et Namur, Dinant et Charleroi. Namur fut repris sur nous l'année dernière, mais peut-être nous reviendra-t-il cette campagne. Les Espagnols n'ont donc plus que Bruxelles, Anvers, Louvain, Malines, Bruges, Ostende, Nieuport et Namur. Cela ne vaut pas
1. Jean-Gaspard-Ferdinand, comte de Marcin, qui avait jadis suivi Condé au service des Espagnols, revint à la France en 1648, pour retourner à l'Espagne en 1653 et revenir finalement à la France en 1672.