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2. Brienne en profite pour transcrire ici une pièce de vers français, assez indécente, dans laquelle il retrace ses déboires conjugaux, à la suite d'une intrigue amoureuse avec cette bonne nonamée Marion. Le faitim|)orte trop peu pour qu'on ne puisse laisser à son auteur celte élucubration poétique.

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tant jamais vu le jour. Le trou de Linkoping et la brayelle du roi de Suède m'en ont fait ressouvenir, et la turquoise que ma sainte mère ra'avoit donnée et dont je fis présent à iMarion (dont je me serois bien passé de parler) m'a jeté malgré moi dans cette digression. Mais tâchons de n'en plus faire, s'il se peut. Pour vouloir trop égayer ma matière, je crains de gâter mes Mémoires, et que les lecteurs, qui pour la plupart n'aiment pas les vers autant que moi, ne trouvent que j'en ai trop mis dans mes Mémoires, Mais je suis bien aise de leur dire une fois pour toutes que c'est pour me divertir le premier, s'ils le trouvent bon, que j'écris, et puis eux, en cas qu'ils soient friands de drogues telles, comme a dit Ronsard dans une de ses odes. Et comme en ma prison je n'ai personne à qui parler, je m'entretiens avec moimême, et quand il me vient en pensée un bon mot, je ne le laisse pas échapper. Brantôme en usoit de même, et ses Femmes galantes furent faites de cette sorte. La différence qu'il y a de mes Mémoires aux siens, c'est que parmi le sérieux je mêle quelquefois le plaisant et l'agréable ; cette diversité ne peut déplaire, et pourvu que dans un livre il se trouve plus de bonnes choses que de méchantes, il passe à la montre et se vend tout aussi bien que les Satires de Boileau. Si je voulois farcir ces Mémoires de contes et de nouvelles, je le ferois à fort peu de frais, en sachant pour le moins autant que Boccace et La Fontaine, les meilleurs conteurs de contes qui furent jamais. C'est Priolo qui en savoit, et si je n'avois brûlé, par l'avis de mon confesseur, son traité De re f.. .rîa, que Molière vouloil qu'on imprimât à toute

force', et que j'en tirasse deux ou trois épisodes, celui, par exemple du C. M. et du C. A. B., mais entre autres l'historiette de B. et de son laquais, que Phylépeaux, mon confrère, savoit par cœur, ce seroit, ou je me trompe, où mon livre seroit bien couru. Mais l'ordure ne me plut jamais ; j'aime à rire, mais je veux que ce soit avec honnêteté, et que la modeslie des personnes les plus chastes n'en puisse être blessée. L'histoire de Linkoping et le mot d'ithyphalle, que tout le monde n'entend pas, ne peut offenser personne. Voilà à peu près ce que j'avois à dire pour ma justification. Mais pendant que je m'excuse, mon livre ne s'achève pas, et il me reste encore bien du chemin à faire.

Le roi de Suède voulut que M. l'ambassadeur et moi fussions d'un wirthschaff ^ — ce mot est à présent connu en France — - qu'il fit au carnaval de l'année 1655, où nous entrons. Le billet de Jésuite échut à M. d'Avaugour, qui lebigua *', contre Ulfeld, ancien

1. Personne n'a parlé, que je sache, de cette production de Prioleau. Écrite en latin, cette circonstance eût pu peut-être contribuer à la sauver. II est malaisé de reconnaître maintenant les noms que cachent les initiales citées par Brienne et les faits qu'elles prétendent évoquer.

2. Brienne a déjà fait allusion à ces sortes de divertissements (voy. t. I, p. 297, note 2). Mais, tandis qu'il a parlé alors d'une fête villageoise, il s'agit ici d'un spectacle paré et masqué à la cour.

3. Biguer, troquer. C'est-à-dire qu'il échangea le rôle de Jésuite pour celui que devait remplir Corfitz Ulfeld, qui, après avoir été tout puissant en Danemark, avait dû se réfugier en Suède, où il eut aussi des aventures. Son existence étrange a inspiré un roman historique de Rousseau de la Valette, Le comte Ulfeld (1678, 2 vol. in-12).

chancelier de Danemark. Moi j'eus celui de Chasseur, et M"* Wrangel ' fut ma compagne. Le roi faisoit l'honneur de la fête en qualité d'hôtelier, et ce personnage convenoit parfaitement bien à son gros ventre. Un autre fut le Juif, un autre le Fou, et celui-ci a de grands privilèges : il peut frapper qui il lui plait avec sa marotte, sans que personne ose se revancher. Le marquis d'O fut Capucin, et M. Sparr ' fit l'Avengle d'une manière tout à fait agréable ; aussi danse-t-il fort bien. Enfin, comme dans une hôtellerie il se peut trouver à la fois toutes sortes de gens, moines, prêtres, marchands, grands seigneurs, chasseurs, tambours et trompettes, avocats, procureurs, colporteurs, vendeurs d'eau-de-vie, crieurs de mort-aux-rats et aux-souris, Suisses, Turcs, François, Esclavons, Polonois, Moscovites, Espagnols avec la golille et l'épée qui lève leur manteau d'une coudée, enfin jusqu'aux Lapons, tout s'y trouva. J'étois vêtu de moire d'argent verte, en qualité de chasseur, et ma compagne en nymphe de Diane : c'est au galant à faire la dépense de Fhabit de celle qu'il mène. J'avois en laisse le grand dogue du Roi, fait à ce badinage, et ma compagne portoit dans une escarcelle fort propre un lapin privé, qui se jouoit avec le dogue sans en recevoir de mal. Nous avions, elle et moi, la trompe au côté, elle un dard à la main, moi un épieu. Le Juif, que représentoit le comte Magnus de La Gardie ^, est un des plus difïi-

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