GOMBERVILLE
S'il ne l'a faite, c'est lui au moins qui me l'a donnée.
1. Brienne en profile pour insérer dans son manuscrit l'ode de Madelenet, C/irislin.v Serenissima; Suecorum Reginœ laudes, qui se trouve imprimée dans les œuvres du poète (Paris, 1725, p. 66).
On avoit laissé jusqu'alors la grand'salle du palais d'Upsal au même élal qu'elle étoil lorsque la séance des Etats ijénéraux du royaume s'y tenoit. Les bancs, les tables, le marebepicd en forme de théâtre élevé de quelques degrés sur lequel la reine Christine fit le dénouement de cette célèbre comédie, tout cela nous remplit d'un juste étonnemcnt et nous n'eussions été guère curieux si nous avions négligé de l'aller voir. ]Sous y fûmes donc, et nous nous représentâmes cette généreuse princesse, vêtue de son manteau royal, la couronne en tête et le sceptre au poing, remettant ses marques d'honneur au prince Gustave, son cousin, qu'elle n'aimoit guère, mais qui étoit plus grand politique qu'elle. Puis, nous nous imaginâmes la voir en son simple habit de fille, qui étoit de satin blanc, faire une cabriole sur ce théâtre et en descendre tel que Néron descendoil de l'amphithéâtre après avoir bien chanté et joué longtemps de la lyre. Ces grands objets, cette aventure nouvelle et presque incroyable me frappèrent l'esprit à tel point que j'eus peine de sortir de ce lieu, avant que d'avoir fait sur ce sujet toutes les réflexions qui se présentoient en foule à mon imagination échauffée. Je ne trouvois rien de solide à cette action qui a fait tant de bruit. J'ai dit cela plus fortement en latin, et cet endroit de mon Itinéraire n'a pas plu à la reine Christine, qui le voulut voir et me le fit demander par Bidal *, son agent à Paris, depuis baron de l'Empire et résident de France à
1. Bidal, baron d'Asfeld ou de Hatzfeldt, terre dans le duché de Brème qui avait été donnée en hypothèque à son père par
Hambourg. J'avois mis : Animum Biiennei percutit jnagnitudo rei^ eo inagis, quod rimanti intima jnuliebris abdicationis, aegre quid solidi repertiim. Cela éloit vrai, mais toutes vérités ne sont pas bonnes à dire. Et M. Bidal me renvoyant quelques jours après mon livre que sa maîtresse avoit vu et qu'elle ne crut pas devoir garder, je trouvai écrit à la marge de la propre main de la reine de Suède : Noli atite tempus judicnre : quid solidius quain terrena régna despicere ? Cela m'apprit qu'elle l'avoit lu avec soin. Je trouvai dans le même livre un sonnet très bien fait qui est de l'abbé Le Camus ', à présent évêque de Grenoble, écrit sur le feuillet blanc qui étoit resté à la fin du volume. Le voici, car, étant très beau, il mérite d'avoir place dans ce recueil, quand ce ne seroit que pour mêler ensemble, par un choix que le public ne peut désapprouver, la satire et le panégyrique ensemble.
la reine Christine. Il prit part à la guerre de Hongrie en 1686, comme lieutenant-colonel d'un régiment brémois, et fut à diverses reprises envoyé de France auprès des princes et états d'Allemagne [Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France : Suède, par A. Geoffroy, p. 161).
1. Etienne Le Camus (1632-1707), d'abord aumônier du roi, puis évêque de Grenoble (1671) et cardinal (1686). On peut consulter à son sujet : Histoire du cardinal Le Camus, évêque de Grenoble, par l'abbé Charles Bellet (Paris, 1886, gr. in-8°, avec portrait) et Lettres du cardinal Le Camus, évêque et prince de Grenoble (1632-1707), publiées par leP. Ingold (Paris, 1892, gr. in-8°].
DE M. LE COMTE DE BRIENNE. 'i^>7