‹ MémoiresChapitre 55 sur 65 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

De tout mon cœur, divine chasseresse, Je vous prendrois sans façon pour maîtresse, Fort réjoui d'un bien si précieux, Si comme vous étant du sang des Dieux, Je méritois d'avoir votre tendresse.

Ce doux penser me remplit d'allégresse ; Avec plaisir vous baiserai sans cesse En qualité d'époux cher à vos yeux, De tout mon cœur.

Or, pour cela j'ai trop peu de richesse : Simple berger, épouser la princesse De la Courlande et de cent autres lieux, Que vous rendez plus charmants que les cieux. C'est trop pour moi, mais peu pour Votre Altesse De tout mon cœur.

Je ne savois pas alors trop bien les règles du rondeau ; celui-ci toutefois qui fut admiré en Courlande passera à la montre à Paris, à la faveur des beaux yeux pour lesquels il fut fait, par un jeune homme qui ne se piquoit pas en ce temps, comme aujour-

d'hiii, d'être poète couronné de laurier, poeta laureatus. Enfin il fallut quitter cette obligeante cour, cette charmante compagnie ; mais le duc, mon prétendu beau-père, ne se contentant pas de tous les présents et des régals qu'il m'avoil faits, voulut encore me défrayer à ses dépens tant que je serois dans ses étals. Le . . . de mars 1655 \ je partis de Mitau après avoir fait un grand déjeuner qui valoil bien un bon dîner. Je vins coucher à Doblen ^, de là dîner le jour suivant à Ober-Bartau ^, et coucher à Heligen Aa ^, en langue du pays Heligaw, toutes villes ou bourgades au moins appartenantes au duc de Courlande, dans lesquelles je fus toujours logé dans ses maisons et traité par ses officiers. Je donnai une montre, non à boîte d'or, à la vérité, parce qu'il ne m'en restoit plus, mais seulement à boîte d'argent, au gentilhomme qui m'accompagna jusqu'à la sortie des états du duc son maître. Et pour relever mon présent dont j'avois honte moi-même, je lui dis que je ne la lui présentois que parce qu'elle étoit du meilleur ouvrier de France, c'est-à-dire de Bergier ^,

1. Le chiffre est en blanc dans le manuscrit. Mais dans son Itinerarium (p. 49), Brienne marque qu il quitta Mitau, le XII des calendes d'avril, c'est-à-dire le 21 mars.

2. Doblen, en letton Dobclé, bourg du gouvernement de Courlande, à 30 kilomètres à l'ouest de Mitau.

3. Oher Bartau, bourg de Courlande, sur la Bartau, trop éloigné de Doblen pour que Brienne ait pu franchir la distance aussi rapidement qu'il le dit.

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