ÉPITAPHE
Bourdelot ^ et les bénéfices, Au grand regret de ses nourrices, Ont mis cet enfant au tombeau.
Passant, porte envie à la gloire De ce prédestiné qu'Ourscamp et la Victoire ' Etouffèrent dans le berceau.
Outre les abbayes dont j'ai parlé, le Cardinal jouissoit encore avec bulles ou sans bulles de l'évê-
de Condé, fils aîné du Grand Condé, né le 29 juillet 1643, mort le 1" avril 1707. Il ne se maria que le 11 décembre 1663, près de vingt mois après la mort de Mazarin, et son premier fils, Henri, ne vit le jour que le 5 novembre 1667, pour mourir le 5 juillet 1670. Peut-être est-ce à son sujet, mais dans d'autres conditions, que Brienne fît l'épigramme qu'il rapporte ici.
1. Abbaye cistercienne du diocèse de Noyon. Brienne écrit Orcamp.
2. Pierre Michon, dit l'abbé Bourdelot, né à Sens, le 2 février 1610, mort à Paris, le 9 février 1685, médecin des princes de Condé. On peut voir sur lui : Jean Leraoine, Trois familiers du grand Condé, l'abbé Bourdelot, le père Talon, le père Tixier, Paris, 1909, in-8°.
3. La Victoire, abbaye d'Augustins, dans le Valois (Oise), ancien diocèse de Senlis. Les ruines qui en restent sont peu importantes.
ché de Metz, des abbayes de Saint-Arnoul, de Saint- Clément et de Saint- Vincent de la même ville ; item de Cluny, de Saint-Médard de Soissons, de Saint-Pierre deCorbie,de Saint-Lucien de Beaiivais, de Saint-Martin de Laon, de Saint-Taurin d'Evreux, de Saint-Micbel en l'Herm, de Moissac, etc. Cellesci furent données à des cardinaux pensionnaires de la France et amis du cardinal Mazarini ; mais comme je ne me souviens pas exactement de leurs noms et à qui chaque abbaye fut donnée, je n'en dirai rien ^ Il me semble seulement que Fécamp*^ dont je n'ai point parlé étoit aussi au Cardinal et passa de lui au fils du duc deNeubourg, qui l'a encore. Voilà, si j'ai bien compté, vingt-neuf abbayes sans l'évéché de Metz et les autres bénéfices dont j'ai oublié les noms. Je dirai seulement, pour conclure cet article curieux, qu'un jour ayant demandé à Son Eminence de la part de mon frère l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, vacante par la mort de l'abbé de Castille^, il
1. Ce n'est pas ici le lieu de le rechercher. Nous dirons seulement que les revenus de l'abbaye bénédictine de Saint- Michel en l'Herm, au diocèse de Luçon, furent attribués au Collège des Quatre Nations, fondé par Mazarin, comme Brienne le rappelle ci-dessous, par une bulle de 1671 [Gallia christiana, t. II, instrumenta, col. 412).
2. Suivant la Gallia christiana (t. XI, col. 215), il ne paraît pas que Mazarin ait été régulièrement coramendataire de l'abbaye de Fécamp. Quant à Louis-Antoine de Neubourg, fils de Philippe-Guillaume, électeur Palatin, il fut abbé de 1673 à 1694, succédant à Jean-Casimir, roi de Pologne, qui avait obtenu cette abbaye à son abdication.
3. Mazarin fut eflectivement nommé par le roi en octobre 1658, à l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon, en remplacement de Nicolas Jeannin de Castille. Ce fut Charles-Maurice Le Tellier
me dit : que M. Le Tellier la lui avoit demandée le premier pour M. son fils ; que cela l'embarrassoit et qu'il étoit fâché de se voir dans la nécessité de désobliger l'un ou l'autre. » Sur quoi il se mit à penser quelque temps en lui-même sur la réponse qu'il feroil à mon père ; et tout d'un coup, sortant de sa rêverie, il ajouta en souriant : « Pour les mettre d'accord, je suis d'avis de la garder pour moi. » Je repartis : « Vous pouvez, monsieur, donner Saint- Bénigne à M. Le Tellier, pourvu que vous ayez la bonté, à la première vacance, de vous souvenir de mon frère qui est pauvre. — Je vous le promets, ditil ; mais cependant, tout bien considéré, je ne donnerai point Saint-Bénigne à M. Le Tellier, puisque je n'ai point d'autre abbaye maintenant que je puisse donner à monsieur votre frère. Mais mandez-lui que c'est à sa seule considération que je la retiens pour moi. » J'avoue que cette réponse, dont je doute qu'il se trouve d'exemple dans notre histoire, me mit en vraie colère ; mais je me retins et je ne crus pas à propos de rien mander de cela à mon père, de peur de l'aigrir davantage contre ce ministre avare, qui ne trouvoit rien de trop pour lui, durant que les bons serviteurs du Roi ne pouvoient en tirer aucune grâce, parce que tout lui étoit bon, et que même pour les mettre d'accord, il prenoit à leur barbe (si j'ose parler ainsi de mon père et d'une personne que j'honore autant que M. le Chancelier) ce qu'en bonne justice il ne leur devoit pas refuser. J'en dis
qui succéda à Mazarin, à la mort de celui-ci [Gallia christiana, t. IV, col. 695).
un mot à M. Le Tellier et le pressai fort de pousser sa pointe et de forcer le Cardinal à lui accorder, malgré qu'il en eut, Saint-Bénigne, l'assurant que mon père seroit ravi qu'il l'eut, parce que cela feroit la planche pour lui, qu'autrement, ayant toujours mêmes prétentions, le Cardinal les éluderoit de la même manière qu'il venoit de faire, et qu'ainsi nous n'aurions jamais rien. Il me dit que cela étoit vrai, mais qu'il ne vouloit pas se faire une affaire avec son patron pour si peu de chose. Yoilà un fait bien particulier, et quoique je me sois peut-être un peu trop étendu en le rapportant, je me flatte que ceux qui verront ces Mémoires les liroient avec moins d'ennui, si je pouvois à toutes les pages les entretenir de telles aventures.
Je n'ai plus qu'un mot à dire du Cardinal, avec quoi j'achève son éloge. Sa vanité ne se contenta pas d'avoir obscurci la gloire des grands noms de La Porte et de La Meilleraye, il voulut encore que le nom de Mazarin fut confondu avec ceux de Valois, de Médicis, de Sancy, de Navarre et de Bourbon. Et pour cela il s'avisa de le donner à dix-huit gros diamants qu'il mit parmi les pierreries de la couronne*, à condition qu'ils s'appelleroient à jamais les Mazarins. En effet, les dix-huit Mazarins, puisque Mazarins va, sont à présent meubles de la couronne, aussi bien que le Sancy, les cinq Médicis, les quatre
1. Ces dix-huit pierres demeurèrent jusqu'en 1792 parmi les joyaux delà couronne. A cette date, certaines d'entre elles disparurent, mais il en iigurait encore cinq dans la vente définitive de mai 1887 (Germain Bapst, Histoire des joyaux de la couronne de France, 1889, in-4°, p. 336),
Valois, qui sont les plus gros rubis cabochons du monde, les deux Navarres, le Richelieu et les douze Bourbons. Condeuni in primis per praeteritorum oblivioneni^ dit Priolo, son historien, lapide adamante donavit non viilgaris pretii : Régi octodecini extra omne pretium legavit^ Mazarinos denominatos, propugnando no mini et faniae ad posteras '. Cela me fait souvenir d'un conte assez drôle, car je doute de la vérité de ce fait, qui toutefois est trop plaisant pour n'avoir pas place dans cet éloge. M. Tubeuf ', quelques jours avant la mort du Cardinal, lui ayant porté quelque argent du jeu qu'il lui devoit encore de reste de bien plus grandes sommes qu'il avoit perdues contre Son Éminence au hoc Mazarin ^ (car il a donné son nom à ce jeu