ORDRE DE LA COURONNE DE FER
Bonaparte ne s'en tint pas à la grande institution de la Légion-d'Honneur ; s'étant fait décerner la couronne d'Italie, il créa l'ordre de la Couronne de fer 9 dont il se déclara le grand-maître. Les insignes de l'ordre consistent dans la représentation de la couronne lombarde , autour de laquelle sont écrits ces mots : Dieu me l'a donnée 9 gare à qui la touche1. Cette décoration est suspendue à un ruban de couleur orange avec lisérés verts.
Deux cents places de chevaliers , vingt-cinq de
1 Elle était d'or et non de fer. Cette couronne du roi lombard faisait partie des antiquités volées à la bibliothèaue nationale, que je lui fis restituer lorsque j'exerçais les fonctions de consul général à Amsterdam. Mais les voleurs, que je fis arrêter, ayant fait fondre cette couronne, je ne pus en faire adresser au ministre que les lingots.
commandeurs et cinq de dignitaires furent affectées aux officiers et soldats français.
Les chevaliers la portent en argent , au côté gauche; les commandeurs, en or, attachée de la même manière ; les dignitaires , au cou et en sautoir.
Le serment des chevaliers est conçu en ces termes : « Je jure de me dévouer à la défense du » roi , de la couronne , de l'intégrité du royaume » d'Italie , et à la gloire de son fondateur. »
Quelle différence entre ce serment et le serment primitif de laLégion-d'Honneur!!!
Malgré le courage de ces chevaliers ainsi assermentés , malgré la devise fanfaronne de la couronne lombarde, Bonaparte a éprouvé qu'il n'y a vraiment de couronne solide que celle qui est appuyée sur le peuple et qu'il a intérêt de soutenir.
CRÉATION DE L'ORDRE DES TROIS TOISONS d'or.
Toutes ces institutions gothiques n'avaient d'autre objet que de substituer des phalanges de séides aux braves uniquement voués à la défense de leur patrie. C'est ainsi que le i4 août 1809, voulant, dit-il , donner une preuve toute particulière à sa grande armée, Bonaparte créa, par un
décret du camp impérial de Schœnhrunn, l'ordre des trois toisons d'or, composé, au maximum, de cent grands chevaliers, de quatre cents commandeurs, et de simples chevaliers au nombre de mille ; ces derniers, à quelques grades, à quelques dignités qu'ils fussent élevés, devaient mourir sous leurs drapeaux et en faire le serment. En remplissant ainsi ses armées de chevaliers de toute espèce, de toutes couleurs, Bonaparte voulait porter jusqu'au dernier point l'exaltation de l'esprit militaire : il se trompa cette fois. L'institution gigantesque des cent grands chevalier s ïuïvcivX accueillie des principaux membres de la Légion-d'Honneur, et ces commandeurs, ces chevaliers du second ordre attachés à leurs régiments comme des serfs à la glèbe, devant mourir sous leurs drapeaux, ne furent pas vus d'un œil favorable par les braves légionnaires.
Bonaparte avait déjà oublié que c'est à la gloire seule qu'il appartient d'enchaîner le militaire français à ses drapeaux, et que l'honneur ne peut être dignement soutenu que par des hommes libres.
L'ordre des trois toisons d'or, ainsi mort-né , resta enseveli dans les archives des folies impériales.