‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 25 sur 68 · II · texte numérisé non relu

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ago MÉJtfOIRES

de sa grandeur passée! avec quelle affectation minutieuse il s'empare de tout ce qui peut flatter sa vanité! avec quel plaisir il se rappelle que le prince Léopold a dû être son aide de camp , qu'une foule de priiices allemands briguaient la même foveurl

a Après avoir créé la confédération du Rhin , » dit-il , les souverains qui en faisaient partie ne » doutèrent pas qu'il ne fut prêt à renouveler dans »sa personne l'étiquette et ie$ formes du saint emnpirê romain. Tous parmi eux, jusqu'aux rois

• même, se montraient empressés de former son » ôortége, et de devenir , l'un son grand-échan- »son, l'autre son grand-panetier, etc. Vers ce » temps, ajoute-t-ily les princes allemands avaient, » à la lettre ^ envahi les Tuileries ;... ils en rem- 9 plissaient les salons, modestement confondus,

• perdus au milieu de ses serviteurs... Il en était » de même des Italiens , des Espagnols , des Por- » tugais ; en un mot , la plus grande partie de FEu- »rope se trouvait rassemblée aux Tuileries! Le 9 fait estj conclut Napoléon dans un beau moment 1 d'ivresse, que^ sous mon règne, Paris a été la reine

«était V^tiquette de Longwood^ pvbembiît gomme on voit^ n celle de nos souvenirs et de nos sentiments. » Mémorial, toiih y, pag. 4^*

d€$ natiom, et leê Français les premiers peuples » de C univers ! » Mémorial de Saijite^Hélèoe.

Votre orgueil s'abuse, Bonaparte: ce n'est point à la foule des grands personnages qui ont figuré à votre cour, confondus 9 perdus au milieu de vos valets, «t dont quelques uns même en ont ambifionné le titre; ce n'est point au fas^ tueux cortège qui vous entourait que la France a dû sa grandeur. Si Paris a été la reine ,des na^ tionsy c'est aux: arts, aux sciences^ aux bpmmes de génie qu'elle recèle dans. son sein, qu'elle a dû et qu'elle doit le rang qu'elle occupe encore aujourd'hui ! Si les Fra»çak ont été M premier peuple de l'univers, c'est lorsqu'ils ont défendu leur liberté contre toutes Les pui^»aiice$ dé: )a terre, lorsqu'ils ont combattu.^ cfea«$é de^rant eux les princes qui sont v^nus s'bunwlier dans vos salons.

Son excuse banale était une insulte pour tous les peuples qu'il voulait asservir. S'il mande les principales autorités, les citoyens les plus notables de ritaliç, c'est pow.leur déçj.ai'er , npn^ulement qu'ils ne spnt pas dignes d'être coin{>tés au nombre des peuples libres y mais que panlli eux il n'y a pas un seul homme en iéftat de les

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gouverner : il transforme leur république en un gouvernement monarchique, et se met la couronne sûr la tête. r

Pour se faire pardonner ce qu'il aurait dû exécuter et n'a pas fait, il ne cesse de parler de ce qu'il avait intention de faire. Par exemple, s'il eût vraiment résolu d'affranchir la Pologne d'un joug étranger, comme il en flattait sans cesse les braves qui se dévouaient si généreusement au triomphe de ses aigles ; s'il avait eu le projet de mettre Poniatoudti sur le trône, c'eût été avant sa fatale expédition de Russie qu'il l'aurait exécuté. C'était à cette époque surtQut qu'il fallait se faire un rempart d'une nation rendue à la liberté , et qui en est si digne. Il n'eût pas attendu que le courage le plus audacieux eût terminé les jours de ce célèbre gu^rier, pour venir nous dire:

« C'était le roi que je destinais aux Polonais '. » Mais Bonaparte ne voulait relever le trône de

■ fiona|>arte est d'autant plus inexcusable de n'avoir pas relevé le trône de Pologne , qu'il recohnaît dans ses Mémoires qu*il ne fut dérangé dans ses plans sur la Pologne par aucune combinaison diplomatique, soit de la part de l'Autriche, soit de la part de la Prusse , et que le cas du rétablissement du royaume de Polo^ie était prévu par les articles secrets, signés à Paris le i4 mars 1812, entre l'Autriche et Napoléon, et le a4 février même année ,

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la Pologne que pour entasser une nouvelle couronne sur sa tête. Il ne réservait à Poniatouski que le rôle d'Eugène Beaiiharnais en Italie, que l'honneur d'être son vice-roi. Craignant de blesser intempestivement l'orgueil d'une nation qu'il est dangereux d'irriter^ il pensa qu'avant d'imposer sa personne aux Polonais , il devait commencer par abattre et mettre le colosse russe à ses pieds.

Ne nous dit-il pas à nous-mêmes : Avant d'abdiquer ma dictature, il nie fallait vaincre à Mos-cou. Demander de moi^ avant le temps y ce qui n*i' lait pas de saison , était d'ubte bétise vulgaire. // ne faut pas y continue-t-il , croire que la nation fût prête à manier dignement sa liberté /... Nous n'étions pas murs.

Nous n'étions pas mûrs ! ! ! Eh ! n'est-ce pas à \^ pourrit plutôt qu'à la mûrir ^ cette grande et puissante nation , qu'ont tendu tous les efforts de Bonaparte?.,. Il est forcé de convenir que, lors de t explosion de la révolution , les patriotes en général se trouvèrent tels par nature, par instinct : au lieu de dénaturer cet instinct si pur , si noble, de l'éteindre par l'asservissement, ne fallait -il pas, au contraire, l'éclairer, le fortifier au flambeau de la raison?

entre la Prusse. Mémoires de Montholon^ tome If , pages 169, 170, 171, 172 et 173.

Le tableau de la conduite de Washington, qu'on plaçait sans cesse devant ses yeux ,- le mettait en fureur. Arrivé au pouvoir, dit-il, on eût voulu que j'ifusse été un Washington.., I^s mots ne coûtent riens.. Es Amérique; volontiers ^ J* aurais été un Washington;... en France, j'eusse défié Washington d'être lui-même y ou il n'eût été qu'un niais... Je ne pouvais être qu'un Washington? couRoinrÉ,.. Je n* y pouvais arriver qu'à travers une dictature v^iyj&nsiiiJM y., je f ai prétendue: ... m'en ferait-on un crime?...

Si on lui en fera un crime! !... que le despote demande plutôt si jamais ce trime lui sera pardonné 1 L..Mais, s'il ne pouvait être l'ami d'une sage liberté qu'avec une couronne en tête, il fallait donc, pour parler son langage incohérent, être ce Washington couronné !... Il fallait donner à la France un gouvernement stable et digne d'elle, un gouvernement représentatif où le peuple eût été librement et dignement représenté!...

Bonaparte, se faisant à lui-même les reproches qu'il a trop mérités , cherche à les prévenir en déclarant qu'il a connu trop tard l'amour des Français pour la liberté; qite, s'il avait pu s'en douter lorsqu'il était encore le maître de leurs destinées, le peuple français aurait été le plus libre de la terre!...

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Je croyais, dit-il, que l'égalité était l'unique objet de tous ses vœux, aussi n'ai-je rien négligée pour le sati^aire sur ce point. Sans les révélations de Sainte-Uélène , on ne se douterait jamais que ce ' fut dans cette intention qu'il a créé une noblesse nouvelle.

n On a mal compris, dit-il , le but de cette in- »3titution... C'était pourtant une de mes plu$ % grandes idées, des plus complètes, des plus » heureuses! Mes titres nationaux i::établissaient » précisément cette égalité que la noblesse féo- »dale avait proscrite. Tous les genres de mérite » y parvenaient; aux parchemins. Je substituais les libelles actions y et aux intérêts privés, tes intérêts 9 de la patrie ! Ce n'était plus dans ime obscurité » imaginaire qu'on eut été placer son orgueil, Ainais bien dans les plus belles pages de notr^; » histoire, i

Je ne vois pas le grand intérêt de la patrie à l'organisation de cette anomalie politique. !Personne ne lira avec plus de plaisir que moi les belles pages dont la noblesse nouvelle , comme la noblesse ancienne, remplira notre histoire ; mais les actions de nos grands hommes, pour n^avoir pas été anoblis, en auraient-elles moins d'éclat?

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C'est pour rétablir l'égalité proscrite par la noblesse féodale que Bonaparte crée une noblesse nouvelle! Ainsi, c'est vingt ans après l'abolition de la féodalité , vingt ans après l'extinction de tous les titres qui en dérivaient, vingt ans après cette fameuse nuit du 4 août, où les anciens nobles étaient si noblement rentrés sous la bannière de l'égalité, que Bonaparte imagine un moyen de rendre tous les Français égaux ; et ce moyen , c'est de créer une noblesse nouvelle pour rétablir l'égalité à laquelle l'ancienne aVait porté une atteinte dont il ne restait plus aucune trace. Pour remédier aux abus des distinctions qui n'existaient plus , il crée des titres qu'il distribue à ses créatures: mais, en faisant des barons, des comtes, des ducs, des princes, il laisse aux vilains y di^pésés à la servitude , la perspective de parvenir , de pouvoiiî* un jour grossir le nombre des valets titrés: et voilà ce qu'il appelle l'égalité par excellence ! ! !

En créant une noblesse héréditaire , il prétend avoir détruit /«« parcftemins^ avoir fait disparattre les prétentions choquantes du sang : idée absurde j convient-il, en ce qu'il n'existe réellement qu'une espèce d* hommes y puisqu'on n'a pas vu naître les uns avec des bottes aux Jambes^ et d'autres avec un bât sur le dos.

Mais les titres que traïismet une noblesse héréditaire, qu'elle soit ancienne ou qu'elle soit nouvelle , sont-ils autre chose que des parchemins ? La noblesse que donne la naissance, qu'elle provienne d'un nouveau ou d'un ancien noble, offre-t-elle moins l'idée absurde de la prétention choquante du sang ? S'il est vrai qu'il n'existe réellement qu'une seule espèce d'hommes; que les unsj suivant la remarque énergique de Bonaparte , 716 naissent point avec des bottes aux Jambes^ et les autres avec un bât sur le dos j en voit-on naître avec les marques distinctives de leur anoblissement, enveloppés de titres, entourés de cordons?... Le seul cordon qu'on puisse montrer aux témoins appelés à la naissance même d'un prince, est celui qui Tattache au sein de sa mère, et qui lui est commun avec le dernier de ses sujets \\\

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