ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
SOMMAIRE
( N* 1. ) Domaine de Crosne.
( N<* a. ) De quelques écrivains da 18 bnimaire*
(N<* 3.) Les deux premières années dn consulat de Bonaparte,
par Rœderer.
( N*' 4 et ^> } Biographie des contemporains. (N? 6.) Rapport Tait aq sénat par Gornudet, le 16 tbermidor
an 10.
( n * 7. ) Jugements de Sainte-Hélène.
( fi? 8. y Constitution de l'an 3.
(n** 1.) DOMAmE DE GBQSjyE.
ToiUe la France a entendu parler du domaine de Crosne et de son équivalent. En voici le titre, tel c[ue Sieyes est parvenu à se le prociu'er , et qui a si heureusement terminé la carrière de son consulat éphémère.
AI essaie des consuls provisoires, Bonaparte et Rogsr- Ducos, à la commission des cinq-cents.
«c Les consuls de la république française s'unissent » au vœu unanimement manifesté par les deux corn- » missions législatives, en tous proposant de décerner » au citoyen Sieyes un témoignage éclatant de la re- » connaissance nationale.
» Le citoyen qui , après avoir éclairé les peuples par ^ ses écrits, et honoré la révolution par ses vertus désin- » téresséeSy refiosa d'abord la première magistrature , et » ne l'accepta ensuite que par le sentiment des dangers » dont elle était entourée , est assurément digne de la » distinction que vous lui déférerez, et sur laquelle an » refas ne lui sera pas permis lorsque les organes de » la loi auront parlé.
» Les consuls de la république, afin di adhérer à votre y> désir, et en conformité de la loi du 19 brumaire, » TOUS font la proposition nécessaire et formelle de » décerner au citoyen Sieyes , à titre de réeom^pense * nationale, la propriété de l'un des domaines qui » sont à la disposition de l'état. »
Signé, les consuls de la république ,
BOHAPABTE et ROGBB-DVGOS.
2^ frimaire.
Pour copie conforme 9 Signéy H.-B. Maiet^ secrétaire^généml.
L^ 5o frimaire , renvoi du message à la section des finances.
Arnould de la Sein^ fait le même jour 9 au nom de la section des finances , le rapport suivant :
« Le^ consuls Bonaparte et Rpger^Ducos , par leur » message du 29 frimaire, prennent Vinitiative en » exprimant les sentiments de reconnaissance dont » npus sommes toujours animas » çomrw la nation » française, pour le citoyen Sieyes; ils vous font la » propOi»ition formelle de lui- déc^emeri à titre d^ ré- , » compense nationsjile » la propriété de Vun des do- » mainea qui sont à la disposition de Fétat.
» Citoyens représentants , sans doute il suffit à la » gloire du citoyen Sieyes d avoir éclairé les peuples » par se$ écrits ^ d'avoir h4maré la révolution par $e$ » vertus disintéressées, et de s*(Btre soumis au joug de » la première magistrature, alors seulement que de V grands dangers ]la rendaient digne 4^ sa grande solli- » citude , pour sauver de C oubli ou de Coutrc^ge le » nom fyançais.
» 3an^ doute il suffit au bonheur du citpyen Sieyes » d'être parvenu , par l'activité de son âme, à reconsti- » tuer l'édifice social» de rester environné de l'estime » des peuples ses contemporains , et d'avoir encpre la y> félicité des générations successives pour l'objet de » ses méditations habituelles.
» Mais, citoyens représentants | s'il ne manque rien à » Içt destinée morale de Sieyes , ne nous reste*t-il pas à » signaler, par une marque éclatante, notre xeconnais-
» sance pour les travaux de cet excellent citoyen f Lot » gratitude de la nation n*est-elle pas aussi une tn* » stitution conservatrice du mécanisme social?...
» Lorsqu'à travers des siècles d'ignorance et de des- » potisme on voit s'élancer à de grandes distances une y découverte utile, une conception heureuse, un homme » extraordinaire, un consolateur de l'espèce humaine,
V n'est-il pas du devoir de ceux qui se trouvent alors » investis de l'autorité publique, en qui réside l'espé- » rance de la nation, de fixer pso* un signe national', » et, pour ainsi dire , parlant à tous les sens , la mé- » moire du phénomène qui doit améliorer la condi- » tion des hommes.
» C'est donc , citoyens représentants , comme un ap- »pendice inséparable de l'institution politique, que » vous ferez loi au citoyen Sieyes d'accepter un té- » moignage spécial de la reconnaissance nationale,
V dont le gouvernement actuel doit se montrer l'in- » terprète.
» D'après ces considérations , votre section des fi- » nances vous propose le projet de résolution sui' » vaut :
» La commission, considérant qu*il est instant pour » la stabilité de toute constitution politique de donner des témoignages éclatants de gratitude aux citoyens » qui ont rendu de grands services à la patrie, prend » la résolution suivante :
» Ijc domaine national de Crosne , départetnent de 9 Seine-et^Oise , ou tout autre bquivai.:rnt , est dé-
» ceméentouieprapriéié,pUifè6 et entière, au citoyen ySibtbs, a titre de aegonnaissance ivationai;b. »
Le projet est adopté.
Le premier nivôse, la commission des anciens reçoit et approuve de suite la résolution.
observation.
Aux motifs, exprimés dans la proposition des deux consuls provisoires, Bonaparte et Roger-Ducos, et dans le projet de la résolution adoptée par les deux commissions que lacté du 19 brumaire avait mis à la place du corps législatif, qui ne dirait que Sieyea était un autre SolonI mais Solon, loin de trahir la confiance des Athéniens, loin de livrer la république, loin de ^'enrichir en lui donnant des lois , se sacrifia tout entier à la stabilité de celles qui devaient faire la gloire et le bonheur de son pays. Un dévouement sublime, Veffort le plus magn^mime, un exil volontaire,
fut le domaine de Crosne quil se réserva'.
* Au reste, Bonaparte reconnaît lui-même Tincapacité de Sieyes dans le maniement des afiQiires publiques. Il convient non seulement ffu'U n'était pas du ieut propre à gouverner, mais qu'il a^ait porté dans le gouvernement cpnsulaire le trouble et l'inquiétude qui l'agitaient au directoire. « Sans élrp peureuœ, dit-il , Sieyes avait peur de «tout. Ses espions de police troublaient son repos. JuLuxejnbourg^ • durant le consulat provisoire, il révoltait souvent Napoléon son collé- « gue, ei le harcelait avec tes trames nouvelles qu'il apprenait à chaque » instant de sa police particulière /... Mais a-t-on gagné notre garde? nlui disait celui-ci... Non,», Eh bien ^ allfiz dormir. » Mémorial, tom. IV, page 409.
Dans ses entceti«ii« sur le rocher de Sainte^Hélène, on a vu ce que Bonaparte pensait du désiotére&senient de Sieyes. Peut-on croire qu'il ait pu dire sérieusement : Sieyes a honoré la rivolfUÙm par ses vertus désintéressées; il faut le contraindre par une loi à accepter le prix de sa trahison ? Â-t-on pu lui faire un mérite d'avoir refusé la première magistrature , et de l'avoir acceptée alors seulement que dp grands dangers la rendaient digne de sa grande sollieitude , lorsque ce magistrat infidèle s'est prévriu des circonstances pénibles où elle se trouvait pour la trahir , n'est entiré dans le gouvernement directorial que pour 1« livrer au premier andûtieux qui a voulu s'entendre avec lui?
Quand Bonaparte s'en serait moins clairement expliqué avec Roger-Dutos, qui pourrait se méprendre sur les motifs qui Tont déteigne à faire cette proposition aux commissions législatives? Qui pourrait ne pas reconnaître le vœu unique de celui en faveur duquel elle a été faite et le fruit de ses démarches?
Le discours d'Âmould de la Seine, chargé du rapport sur cette proposition , 9'est lui-lnême qu'un Equant et ingénieux persiflage ; un esprit aussi juste que le sien aurait-il pu dire de bonne foi que ta gratitude de la nation envers 5ieyes , qui venait de conspirer contre le gouvernement dont il devait être le soutien , était essentielle à la stabilité de toute institution politique, était une institution conservatrice du mécanisme social ?.,. Que lui faire une loi d*ae-
Copier le domaine de Crosnç, c'était fixer par un signe national, et pour ainsi dire parlant à tous les sens, la mémoire du phénomène qui devait améliorer la condition des hommes ! II
Une autre récompense nationale, tout aussi méritée , fiit décernée à Thomas Thomé et à lean-Bapliste Poiret , pour leur persuader qu'ils avaient , le 1 9 brumaire, couvert de leurs corps et de leurs armes Bonaparte, et Savaient préservé du poignard des assassins* Mais la pension de six cents francs qui leur fut accordée n a pas subsisté au-delà du règne dé celui qui était intéressé à accréditer cette jonglerie. Sieyes , plus heureux , a mieux su conserver ses équivalents de Crosne.
(N^'a. ) DE QUELQUES ÉCRIVAINS DU 18 BRUMAIRE.
Le 1 8 brumaire mit en mouvement tous les gens de lettres qui habitaient la capitale. La réputation gigantesque de Bonaparte ne permettait pas de douter que cette révolution ne fût suivie d'événeiaents extraordinaires. Quels seront-ils ? C'était à qui le devinerait d'avance , et surtout ^ qui serait assez heureux pour le prédire.
Julien de Paris fut un des premiers à la présenter sous des couleurs favorables \ mais , s'il suivit le tor-
rent, s'il crut, comme tous les écrivains de cette époque, devoir commencer par applaudir au renversement du directoire, il ne fut pas des derniers à sentir la 'difiS* culte d'établir un édifice solide sur des décombres , et s'en expliqua franchement avec Bonaparte. Dans l'entretien qu'il eut avec lui, il ne lui cacha point que les espérances de Tavenir le plus prospère n'apaisaient pas tout-à-fait les inquiétudes du présent.
Bonaparte , intéressé à ménager tous les esprits , lui donna de telles assurances, qu'elles firent tourner la tête au trop confiant interlocuteur. La France a besoin d'être rassurée, s'écrie Julien enthousiasmé du langage artificieux de Bonaparte , et elle le serait si elle pouvait vous entendre : me permettezH)ous de révéler notre entretien? Publiez-le, Julien, lui dit Bonaparte, e< rassurez la France, puisqu'elle a un si grand besoin d* être rassurée, ajouta-t-il avec un souris sardonique qui ne fut pas compris.
Julien , en conséquence , publie le dialogue , dans le^ quel il fait dire expressément à Bonaparte qu*il trahirait son pays et se trahirait lui-même en usurpant la souveraineté ; que la philosophie et les lumières ont fixé les opinions; que vouloir tuer la révolution serait Pacte d* un fou ^ et qu'il ne voulait pas de l'im^mortalité d'Érostrate; qu^il n'avait pas porté les armes contre les rois et entouré de trophées le berceau de la république pour,., relever un trône.
Riouffe , plus adroit , se borna , dans sa brochure sur le 18 brumaire, à décrier le gouvernement renversé.
byGpogle
à parler des grandes destinées que Bonaparte réservait à la France , et à l'inviter à s'en rendre digne par une sounûssion sans réserve^ Rioufife devint préfet; Riouffe hit magnifi^ement récompensé.
Julien, dont Bonaparte trouva que le zèle serappor*tait beaucoup plus aux intérêts de la patrie qu*à ceux de son ambition personnelle, ne reçut ni récompense ni avancement. Plusieurs années après , le général Dejean, ministre-directeur de Tadministration de la guerre , lappela auprès de lui, lui confia Fimportante administration de l'habillement, et Julien prouva par sa conduite qu'il méritait la confiance du ministre le plus probe , le plus désintéressé.
(w"* 3. ) LES DEUX PREMIÈRES ANNÉES DU CONSULAT DE BONAPARTE,
PAR ROEDEREB ,
Président de la section de tintérieur au conseil â*état,
( Extrait du Journal de Paris, du 19 brumaire an 9 et 10. ) Prix, 1 franc.
J'apprends à l'instant que Rœderer n'a-aucune part à la réimpression de cette . diatribe ; comme elle ne pourrait servir qu'à rappeler une époque où il fallait
35o MEMOIRES
rivaliser d'injures et de mensonges cent fois réfutés j qu'il est bien prouvé aujourd'hui qu'il n'y avait ni brigands réunis , m scélérats en puissance au 1 8 brumaire , mais bien iC honnêtes gens disposés à exercer le brigandage de la chose publique, et qui l'ont effectivement exercé , je me bornerai à plaindre les écrivains de ce temps , qui , victimes aujourd'hui des spéculations avides auxquelles ils sont étrangers , ont le désagrément de voir reparaître des productions échappées dans le désordre d'une désorganisation politique, et qu'ils s'estimeraient heureux de pouvoir désavouer.