N°* 4 ^*^ 5* ) BIOGRAPHIE DES CONTEMPORAINS
Le plus grand service qu'on puisse rendre à des écrivains distingués et de bonne foi est de mettre sous leurs yeux les erreurs qui' leur seraient échappées. Les auteurs- les mieux intentionnés et les plus instruits n'en sont pas toujours exempts , mais , amis de la vérité, ils s'empressent de lui rendre hommage aussitôt qu'elle leur est connue ; c'est ce qu'ont fait les auteurs de la Biographie des contemporains. Sur la fausse déclaration du secrétaire-général du directoire Lagardb , et l'impudente assertion du conspirateur qui l'avait dictée , le rédacteur de la Notice sur Bonaparte
avait classé Moulins et moi parmi les directeurs démissionnaires; nous qui étions prisonniers dans notre palais pour avoir constamment refusé notre démission ! Parvenus à Tarticlé O, où se trouve mon nom , les rédacteurs se sont empressés de reconnaître qu'il était faux que je me fusse démis; ils rendront sûrement la même justice à Tex-directeur Moulins.
Mais ce ne sont pas les seuls faits sur lesquels leur religion a été surprise. Gomment peut-on venir nous dire aujourd'hui qu'en faisant sortir de la révolution ce que Us orages de la convention et de Cimpéritie du directoire n'avaient p/is permis d^y découvrir^ Vénalité, la justice et la prospérité nationale, Bonaparte, à peine installé^ semble s'être imposé la tâche à jamais glorieuse de réconcilier la France et ÇEu" rope avec notre révolution ? Belle réconciliation qui a été scellée de l'invasion de la France ! ! !
C'est avec autant de justesse que Norvins nous dit que le 19 hrumaire imprima le sceau de t usurpation ^ au salut de, notre malheureuse patrie. Quel salut ! ! ! Dans la même Notice se trouve une assertion sus-f ceptible d'un doubla sens, que je dois éclaircir, pour l'intérêt même des écrivains qui ont le mieux connu
' Expressions singulières d'un opuscule que l'auteur à jugées dignes d'être enchâssées dans la Notice sur Bonapatte. Ce même oa?rage nous apprend que les directeurs fournirent le côté plaisant dans cette importante révolution. Il faut avoir l'esprit bien tourné à la plaisanterie pour saisir le côté plaisant d'une révolution opérée par l'audace d'un ambitieux , et soutenue par la plus lâche trahison.
toutes les conyenances, et qui se sont fait un devoir de les observer.
De tous Us directeurs, lit-on avec surprise ^ Siejes était le seul qui eût inspiré de la confiance à Bonaparte et qui la méritât. Et qui la msritat!!! Prise dans le sens absolu, cette phrase serait une grossière injure; mais, en comparant la conduite politique de quelque membres du directoire avec celle de Sieyes, le lecteur impartial et éclairé saura envisager l'assertion, outrageante au premier aspect, seus le seul quelle doit présenter, et s'en rendra l'interprète. Oui, sans doute, dira-t-il, les biographes ont raison : il ny avait qu'un homme capable de sacrifier tous ses devoirs, qu'un conspirateur aussi éhontéque Sieyes, qui méritât la confiance de l'usurpateur auquel il a livré la république, malgré tous les efforts des directeurs , qui eussent sacrifié leur vie pour la défendre.
Le plan de charger le directoire de tout ce qu'il y eut de fôcheux, et d'attribuer à Bonaparte tout ce qu'il y a eu de grand dans la révolution, est bien franchement développé par son biographe ; mais, faute d'avoir bien connu les faits de la révolution , il commet parfois des erreurs qui pourraient peut-être présenter un calé aussi plaisant que celui dont parle M. de Norvins.
L'échange de nos prisonniers n'était que l'exécution du traité imposé par le général Brune au duc d'York. En envoyant un négociateur à Londres pour une affaire aussi facile à négocier, Bonaparte na lait
que recueillir le fruit des victoires remportées sous le directoire exécutif. C'est au vainqueur de l'armée gallo-batave, et non au consul Bonaparte, que nous avons dû le retour des prisonniers délivrés par cet échange. Et quand l'auteur de la Notice nous parle des horribles traitements de nos prisennierSs si long^ temps et si lâchement oubliés dans les pontons pestiférés de l' Angleterre j il ne sait pas que c'est à son héros que s'adressent ces reproches déchirants; que c'est Bonaparte qu'il accuse, lorsqu'il voudrait en faire un crime au directoire * ; qu'avant le 1 8 brumaire il n'y avait point de pontons; que c'est l'abandon qu'il ^ fait de nos prisonniers , son refus de les nourrir , qui les a précipités dans ces prisons infectes. Il ne sait pas que Bonaparte a traité de sottise la dépense que nous coûtait leur nourriture, nos soins, l'envoi de nos commissaire^ , pour leur assurer mi . traitement convenable, et que, sur les rochers de Sainte-Hélène, cet homme impitoyable se vantait encore de cet atroce abandon, qui n'a fini qu'avec son règne. (Voyez le Mémorial, tome vu, p, 62, 53 et 54») Il paraît que le rédacteur de la Notice sur Bonaparte n'a guère consulté que les auteurs apocryphes du 1 8 brumaire. On doit, d'autant plus le regretter, qu'en général ce morceau de littérature annonce une
' « Un négociateur fat envoyé à Londres pour traiter de Péchange »de nos prisonniers, si long -temps et si lâchement oubliés par le > directoire dans les pontons pestiférés de l'Angleterre.» {Biographie ties Contemporains.)