‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 18 sur 57 · UN REGARD DE SON EMPEREUR · texte numérisé non relu

UN REGARD DE SON EMPEREUR

Dans l'énuméralion des délits imputés à Bonaparte par Tacte qui prononce sa déchéance , on n'a point oublié les attentats à la liberté individuelle, ceux à la liberté de la presse, qu'il avait juré de maintenir , en recevant la couronne impériale. Mais , lorsque pour protéger l'une et l'autre , deux commissions avaient été établies au sein du sénat par le sénatus-consulte du 24 floréal an 12., était-ce bien au sénat de s'en prendre à l'homme qu'il avait couronné , si la liberté individuelle, si la hberté de la presse, n'ont pas été protégées ?

Bonaparte , sans doute , n'a pris pour règle de sa conduite que sa volonté seule; mais, dans l'exercice monstrueux qu'il a fait du pouvoir

absolu, il n'a. cessé d'être félicité par le sénat. Ce sénat n'a pu lui reprocher un crime qu'il n'ait partagé, et certes il n'avait pas plus le droit de déclarer que le gouvernement impérial avait existé, qu'il n'avait eu celui de l'établir. Si un sentiment généreux ne permet pas de frapper son ennemi à terre, que penser de ceux qui saisissent l'instant du malheur pour se ruer sur l'homme extraordinaire aux pieds duquel ils ont rampé dans l'apogée de sa puissance, et qu\ils ont contribué à égarer ?

Tout ce que devait faire ce sénat était de reconnaître franchement son défaut de pouvoir, c'était de proclamer la nullité non seulement du sénatus organique qui avait élevé Bonaparte sur le trône, mais encore la nullité de tous ceux qui , sous le régime consulaire comme sous l'empire, avaient été imposés par la force et sanctionnés par la faiblesse, c'était d'abjurer les dangereux principes dont ces sénatus-consultes ont infesté notre législation *.

' Un noble pair, qui n'est pas du nombre de ceux qui ont presque honte d'avoir été sénateurs ^ justifie singulièrement l'asservissement du sénat. tnCet homme, dit-il en «parlant de Bonaparte , plus étonnant qu'Hun certain comte » que l'on voit au théâtre , avait ses poches pleines d'argunments que le plus grand nombre regarde comme irrésisti-^

Tandis que ses courtisans viennent lui demander son abdication , le sénat qui l'avait élevé sur le trône, le 2 avril 1 8 14? l'en précipite; les mêmes qui lui avaient voté par acclamation une statue le déclarent indigne de régner.

Bonaparte n'est plus !... son trône est renversé, et tout ce qu'il avait créé pour en rehausser la splendeur est debout ! Toutes les dé-

i^bksni Oui, sans doute, mais dans un sénat français fi Almavwa Bonaparte devait-il trouver tant de Basiles'?

«Quelle résistance, continue le noble pair, ce corps au- «rait-il pu opposer à une volonté aussi ferme et aussi t bien appuyée que celle du chef du gouvernement ! S'il oTeût tenté, Ueût été forcé de quitter la partie. Bona-- Yt parte n'eût pas plus manqué de sénateurs qu'il n'a » manqué de préfets y d'écuyers , de chambellans, etc. , etc.

• Je le redemande, qu'aurait pu tenter le sénat contre la «toute-puissance de l'empereur? Les individus, dira-t-on, «pouvaient, ainsi que les sénateurs romains, se retirer dans >) leurs maisons ; mais leurs places eussent été bientôt prises y »et peut-être plus mal remplies. La machine du gouveme- »ment , soit consulaire, soit impériale, n'en eût pas moins » marché, parceque son moteur avait ukie grande puissance n d'action et qu'il savait en rendre participant les rouages • secondaires. Uno avulsOy non déficit alter. » ( Souvenirs sénatoriaux, pag. 7, 18, 19, 20 et64. )

Ce raisonnement me rappelle le genre de défense qu'employa un habitué de la forêt de Bondj^ accusé d'avoir dévalisé un voyageur. « Je me suis , il est vrai , dit-il à ses

corations, toutes les machines impériales ( les empereurs même au petit pied ) subsistent. La plupart de ceux qui, sur le vaste théâtre ou ce trône était placé, l'entouraient, devaient le soutenir et ont accéléré sa chute , existent avec toutes les illustrations qu'ils ont reçues pour prix de leurs grands travaux !

ji juges 9 emparé de sa bourse, mais d'autres amateurs de » bourses n'étaient pas loin et s'en seraient saisis; si ce n'eOt npas été moi, c'eût été un autre : ne yalait-il pas autant que «j'en profitasse pour arrondir ma petite fortune , dont -je «fais un si bon usage?»

L'ancien assesseur du juge de paix de Beaugcncj ne demandera pas sans doute comment l'excuse d'un brigand de si bonne foi fut accueillie.

M. le comte de Cornet , beaucoup trop modeste , prétend que la seule époque politique oit, il ait été en évidence a été celle du iS brumaire^ et que c^ est celle aussi qui a fait SA PETITE fortune; ^m7/ a été assez heureux pour se trouver à l'ouverture de la piscine,,, Pag. 33 et 38.

On invite ceux qui seront curieux de connaître le rôle brillant de M. le comte de Cornet lorsqu'il a été en évidence à se procurer un ouvrage non moins précieux que ses Souvenirs sénatoriaux.

Cet ouvrage a pour titre :

Notice historique sur le 18 brumaire , par le président de la commission des inspecteurs du conseil des anciens

( ALORS LE PRÉSIDENT CORNET, REPRESENTANT DU PEUPLE , AU- JOURD'HUI LE COMTE DE CoRNET, PAIR DE France). A Paris,

l'Heureux, libraire , quai des Augustîns, n° 27.

C'est ainsi qu'au dernier acte d'un opéra-féerie, le décorateur, disparaissant au moment où la toile se baisse, laisse en place toutes les machines que son génie a inventées, et qui vont grossir le magasin du Conservatoire, pour reparaître et servir au besoin dans tous les nouveaux drames où des mains habiles sauront les employer.

Quand on réfléchit sur les métamorphoses que la révolution du 1 8 brumaire a opérées , sur les changements divers qu'elle a introduits dans la fortune et l'existence civile de tant d'individus , on s'étonne moins qu'elle trouve encore aujourd'hui tant de panégyristes.

Au reste, ce ne sera point d'après les accidents plus ou moins favorables aux auteurs de cette révolution et à tous ceux qui en ont poursuivi le développement, mais d'après son influence sur les destinées des peuples, d'après ses résultats, qu'elle sera définitivement appréciée. La postérité ne se laissera point éblouir par le grand nombre des comtes, des barons, des ducs et des princes dont s'enorgueillit encore la France napoléonisée. L'histoire, l'impartiale histoire, qui tôt ou tard remet les hommes et les choses à leur place , en traçant le tableau du règne de Napoléon , ne lui fera pas grâce des désastres dans lesquels il a entraîné dans sa chute la France triom-

phante et constitutionnellement gouvernée sous le régime qu'il a détruit. '

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