SOMMAIRE
(N« I.) Réflexions et plan do général Joubert. IndUcation des
moyens et des hommes à employer pour sauver la république. ( N* a. ) Quelques lettres de Bernadette.
( N* 3. ) Lettre attribuée ^ Suwarow.
( N* 4- ) Rapport de Masséna.
( N' 5.) Extrait des états, efiets et campements envoyés aux armées. ( N® 6. ) Note relative aux observations de Napoléon sur la lettre de
Kléber.
( N** 7. ) Sieyes mis en surveillance par Bonaparte au 1 9 bramaire
et pourquoi.
(fi" 8.) Acte des vingt-cinq ou trente recrues de Lucien , qualifié
loi du 19 brumaire.
( N' 9. ) Note relative au serment du jeu de paume. (N<» 10. ) Magnifiques espérances garanties par Lucien : souvenir do
charlatan qu'elles rappellent à Tanteur.
(w** l.) MÉMOIRE DU GÉNÉRAL JOUBERT.
( Indiqué à la page 58. )
Le directoire exécutif avait chargé trois généraux de lui proposer un plan de campagne ; Tinsuffisance des forces disponibles les a empêchés de se livrer à ce
travail : et , en effet , le sort de la république est confié au génie et au dévouement des généraux d'Helvétie et d'Italie; leurs mouvements dépendent des circonstances , c'est au gouvernement , dans le court intervalle que peuvent laisser leurs opérations , à organiser militairement la France.
Fort de cette idée , j'ai cru de mon devoir de présenter au directoire quelques bases sur les mouvements principaux de la campagne , et sur les moyens à employer pour réparer notre désorganisation militaire ; si ces bases étaient adoptées , en tout ou en partie , le ministère en embrasserait et en développerait promptement les détails.
L'armée d'Italie doit se réimir ; le corps commandé par Macdonald, coupé de celui de Moreau, percer les Austro-Russes ou se faire écharper. Moreau doit se soutenir le plus possible dans les montagnes de la Ligurie ou du comté de Nice.
Un corps de vingt-cinq mille hommes doit former l'armée des Alpes, occuper son ancienne position et demeurer sur les montagnes, ou entrer dans le Piémont , suivant la conduite de l'ennemi. Un général qui a la confiance de l'armée et des départements limitrophes doit commander ce corps , qu'on peut , si l'on veut, appeler la gauche de l'armée d'Italie. Le gouvernement a douze mille hommes en marche sur l'Helvétie et des milliers de conscrits dans cette partie , qui, réunis aux troupes qui occupent à présent ces -postes , peuvent commencer sur-le-champ à former
ce corps, nécessaire depuis la prise de la citadelle de Turin et de la dernière bataille en Italie.
L'armée d*Helvétie se soutient, par conséquent elle peut et doit agir. Un corps qui repose, tandis que les armées coalisées manœuvrent, est un corps perdu pour la campagne. Qui peut se défendre , peut entreprendre : le premier est plus difficile que le second.
L*armée du Rlûn est à former : c'est le soin qui doit le plus occuper le gouvernement ; quinze à vingt mille hommes de vieilles troupes peuvent en être le noyau , et cinquante bataillons nouvellement formés en être la force. On peut créer une brigade de six bataillons, dans une ou deux ou trois divisions militaires, suivant le nombre et la population des départements qui les composent ; rassembler les brigades du nord entre Liège , Luxembourg et Landau : les deux ailes de cettQ armée seront le corps de Hollande et celui (lu Rhin.
Les brigades du midi s'assembleraient entre AvignoYî , Grenoble et Lyon , et formeraient la réserve de Tarmée d'Italie et des Alpes.
Celles de Touest seraient réparties dans les départements menacés de soulèvement. On peut joindre à ce système intérieur le service actif de la garde nationale , organisée en colonnes mobiles , et requises par les généraux commandant les divisions. Il y aurait alors armées actives , armées de réserve, et force intérieure ; le gouvernement aurait un appui.
Le moyen de lever ces nouveaux bataillons est
celui-là : envoyer des officiers-généraux dans une ou plusieurs divisions militaires , avec plein pouvoir pour les former , les habiller et les armer ; leur fixer un terme , et les rendre responsables de l'exécution.
Je vois bien dans les lois rendues une infanterie suffisante , mais il manque de la cavalerie en proportion ; il faut en assembler des corps nouveaux , ou augmenter ceux qui existent : un demi^escadron par département est de toute nécessité.
Le directoire , après avoir ordonné ou provoqué ces indispensables mesures , doit veiller à rétablissement des différents magasins que ces forces exigent , ainsi qu'aux approvisionnements des places fortes ; si on ne donne pas un soin particulier à cette partie essentielle , si on ne s'assure pas de la fidélité , des talents et du zèle des officiers-généraux à qui le commandement en est confié , il en sera comme des places d'Italie : l'ennemi compte sur la facilité de les emporter, et principalement celles de Hollande. Il faut y jeter des conscrits; les garnisons complétées, on pourra, au besoin , en tirer une armée.
La voie de réquisition est la seule capable de donner , pour les approvisionnements en tons genres , des résultats prompts et analogues à la situation critique de la république, puissanunent attaquée de finmt et entièrement désorganisée dans l'intérieur.
A ces mesures générales on doit en joindre cTantres aussi essentielles pour faire cesser le dénuement total 011 se trouvent les armées : caMer toiltes les
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grandes entreprises , donner des crédits aux caisses des armées sur les derniers cent millions décrétés, et charger le général et le commissaire en chef de Farmée de tous ses besoins , et même de sa solde.
Retirer toutes les armes de guerre que les citoyens peuvent avoir , en armer, les nouveaux bataillons, envoyer le superflu aux arméeç , et ne souffirir que des armes de chasse à la garde nationale. Cette opération peut fournir deux cent mille fusils dans un mois.
Mettre en activité les manufactures d'armes nationales ; elles donneront , par mois , quarante mille fusils , moitié neufs , moitié réparés , et quarante mille armes blanches. Ce service coûtera 800,000 ir. ; il n aurait jamais dû cesser. Je remettriad au ministre de la guerre un mémoire détaillé à cet égard.
Trouver enfin dans les réquisitions des moyens pour avoir des poudres et tout le matériel de l'artillerie.
Il est certain, d après cet aperçu, qu'il faut être réduit aux dernières extrémités pour oser proposer un pareil système ; et il n'est que trop malheureusement confirmé qu'il n'y a pas d'autres ressources pour renforcer les deux armées existantes et en rassembler deux autres. *
Le sort de la république dépend de l'énergie du directoire , et je pense encore qu'il a besoin de toute celle des deux conseils; qu'il doit la provoquer , et perdre de vue l'ancien et funeste système fl'isolement , qui ne convient plus à notre situation. Le système d'isolement donne de la défiance et sert \e royalisme ,
DE GOHIEJR. 369
parcequ*il potte de la lenteur daas Texëcution. Jt suU persuadé qu^ un jour viendra , si malheureusement on 5 y livre , que des républicains qui croient l'être au-jourd'huiy dans le moment d^une crise fatale^ se trouveront, sans y penser, tout bonnem^ent rangés parmi tes royalistes , et ceux-là sont tous les modérés : il m'est démontré qu'il ne faut plus compter parmi
LES RÉPUBLICAINS QUE LES HOMMES DOUÉS d'uNE AME FORTE ET d'un CARACTERE PRONONCÉ POUR LES MESÛRBft EXTRAORDINAIRES.
Un comité particulier par conseil , composé des membres influents , qui conviendrait avec le directoire des propositions à faire au corps législatif y me parait de toute urgence. Alors lefe formes constitutionnelles, si précieuses pour le corps social, seraient conservées*, le tnouvemient nécessaire imprimé ; et le vaisseau de Tétat se sauverait dans la tempête.
Qu'arrivera-t-il au contraire si, faute de s'entendre , on n'avait pas profité des seuls m^oments qui restent , si nos frontières étaient envahies.^ Le corps social se dissoudrait, l'anarchie, et la royauté, peut-être toutes deux à la fois , succéderaient à une constitution conservatrice de.nos droits, et;la république périrait avec les républicains.
lie directoire me pardonnera des réflexions que chaque membre doit avoir déjà faites en particulier ; mais elles sont tellement Uées avec le rétablissement de notre: organisation'iniUtaire , que j'ai cru devoir me li- .vrer à ma franchise ordinaire, et parler de tout ce I. 24
qui peut sauver la France de Firruption des barbares habitants du nord.
Signé le général Jovbebt.
Paria, le 17 messidor an 7.
La manière dont le directoire a fini a malhearensement trop prouvé la jastesse des observations et des craintes de Jonbert.
(n* 2.) LETTRES DE BERN\DOTTE.
( Indiquées à la page 89. )
liernadolie , minisire de la guerre y Au général ChampionneU
Paris, le ao messidor an 7,
Le directoire exécutif, par son arrêté du 1 7 du présent mois , vous nonune commandant en chef de l'armée des Alpes, Trente mille braves vous attendent, impatients de reprendre l'offensive sous vos ordres.
Il y a quinze jours vous étiez dans les fers , le 3o prairial voiLH a délivré. L'opinion publique accuse aujourcrtiui vos oppresseurs; ainsi votre cause est devenue pour niiiai dire nationale. Pouvez-vous désirer un««ort yX\\% liourtnix ? •
Assez d autres trouvent dans les accidents de la révolution le prétexte de calomnier la république 5 pour les hommes tels que vous, l'injustice est une raison d*aimer davantage notre patrie. On a voulu vous punir d'avoir renversé des trônes ; vous vous vengerez sur les trônes qui menaceront encore la forme de notre gouvernement.
Allez, mon ami, couvrez de nouveaux lauriers la trace de vos chaînes. EfFacez... ou plutôt conservez cette honorable empreinte. Il n'est pas inutile à la liberté de remettre incessamment sous nos yeux les attentats du despotisme.
Je vous embrasse comme je vous aime.
Signé Beanidotte.
Bemadotie ^ ministre de la guerre ^
Aux généraux de division.
Paris , le ao messidor an 7.
Le directoire exécutif vient de me confier le département de la guerre. Si, dans les dangers de la patrie, il était permis de consulter ses goûts, vous jugez bien, général , que j'aurais refusé le ministère , et que j'aurais déjà rejoint mes camarades; mais, voyant le délabrement de toutes les parties de l'administration ,
j'ai senti qu il était plusieurs courages , et la difficulté même de Ventreprise a été pour moi Fobligation d'accepter.
Mes veilles sont vouées tout, entières à soulager les besoins de mes frères d'armes. tJn besoin non moins impérieux pour les armées , c'est l'union de ceux qui les dirigent. Nos ennemis ont calculé les rivalités de nos officiers-généraux j ils espèrent en faire des discordes; qu'ils sachent à leurs dépens ce que c'est que l'émulation des honunes libres.
Pourquoi nos ennemis ont-ils obtenu des succès? disons-le franchement , c'est qu'ils ont essayé de Éaire ce que nous avons fait d'abord; et, quand ils suivaient notre exemple, nous semblions désapprendre la victoire: mais le despotisme ne peut long-temps singer la liberté, et nous aurons bientôt ressaisi les armes qui n'appartiennent qu'à nous.
Cette fausse et hypocrite modération, entretenue depuis si long-temps, a dû disparaître le 5o prairial.
Que l'activité brûlante succède au marasme! que cette généreuse ardeur, mère de tous les miracles qui avaient honoré et fait respecter la république , reparaisse avec son dernier triomphe! Des hommes qui disent n'avoir été d'aucun parti, parcequ'ils ont été de tous les partis, excepté celui de la répubUque, accuseront notre chaleur... Commençons par répondre aux Russes.
J'ai vu les beaux jours où les généraui^ faisaient six fois leur devoir sur le champ de bataille, et les grades
qui nous étaient donnés alors fiirent le prix de ces efforts extraordinaires. C'est par un développement égal de vertus et d'énergie que la liberté doit être reconquise.
Pour y parvenir, il vous suffît de vous rappeler de vous-même;' replacez-vous dans l'attitude de votre antique valeur; éveillez les âmes généreuses : à votre voix sortiront des rangs les enfants de la liberté, qui doivent en être les sauveurs ; cherchez-les de tous vos regards, hâtez-vous de me les indiquer, ils seront promptement avancés. Ce sont ces hpmmes-Ià qui vaincront l'Europe.
Surtout que la volonté des généraux en chef et l'exécution ne soit qu'une.
Amitié et confiance.
Signé, le ministre de la guerre , Bebnidotte.
Bernadotle , minisire de la guerre ,
Aux officiers de tous grades maintenant en réclamation
à Paris.
Paris, le 24 messidor an 7.
Les dangers de la patrie vous rappellent aux fipontières. Les rois barbares, que vous aviez naguère repousses au fond de leurs royaumes, menaient aufoift*d'hui notre liberté.
Si vous n avez plus besoin de gloire j plus que jamais vous avez besoin de la liberté , conquise par tant de sacrifices : réarmez-vous pour défendre cette liberté sainte.
Les officiers de tous grades, maintenant en réclamation à Paris, se rendront sur-le-cbamp dans leurs départements, pour être placés dans les bataillons auxiliaires. Ils se présenteront au bureau de Fétatmajor de la 1 7* division ; leur feuille de route leur sera aussitôt expédiée.
Militaires républicains! la bannière de nos ennemis est, corruption, trahison, despotisme; la nôtre est, loyauté, courage ^ liberté: la victoire peut-elle être encore long-temps incertaine ?
Signf^y le ministre de la guerre^ Bebnàdotte.
Le ministre de la guerre A l'armée d'Italie.
Paris , fructidor an 7.
Caché dans les rangs obscurs , il y a trois ans , Joubert était à peine connu : il meurt aujoiu'd'hui fixant les regards et l'estime de l'Europe entière. Quel est le secret de cette réputation si grande, soldats de la patrie ? Ce prodige est encore un de ceux de la liberté; elle élève jusque dans le ciel ses généreux détenseurs.
Joubert fut un des plus ardents
. il périt à la fleur
de Vâge , au milieu de vous . Tombé de cheval, il vous criait en expirant : Camarades , c'est aux ennemis qu'il faut marcher ! Vous avez entendu sa voix mourante ; vous avez juré sur sa tombe de le venger ; vos larmes ne seront point stériles.
Signé, le ministre de la guerre, Bebnadotte.
Le ministre de la guerre
Au général Cha/npionnet,
Paris, fructidor an 7.
L'armée des Alpes est réunie à celle d'Italie. Le directoire exécutif vous a nommé pour commander Tune et l'autre. Champicmnet succède au républicain Joubert. Lltalie sourit à son nouvçau libérateur ; elle attend celui qui avait renversé le trône de Naples.
Rome rendit des actions de grâces à ce consul qui n'avadt point désespéré, du salut de la république ; Rome a détruit Carthage et fait la conquête du monde. Loin de nous ces pensées de l'ambition ; fonder notre
Hberté , secourir nos alliés , fSûre une paix durable^ Toilà notre ambition : vos moyens sont grands pour la réaliser.
La terrible année du Danube flanque votre gaucbe ; Tintrépide Lecourbe est prêt à tous donner la main. Vous ayez arec vous de valeureux soldats et des gé* néraux éclairés : les Dalmas , les Saint-Gyr , Grenier^ Sucbet , Duhem, Victor, et tant d'autres, sont vos di* gnes compagnons : que ne pouvez-vous pas avec l'union de pareils hommes !
Je sais combien cette union est le premier besoin de votre âme. Vous fûtes un des braves de cette glorieuse armée de Sambre-et-Meuse ; nous avons vu quatre - vingt mille hommes présenter l'image d'une seule famille; on n'y connaissait qu'une rivalité, celle du bien public. Probité , sobriété , discipline austère et nerveuse , tels sont les puissants mobiles qui la conduisirent à sa haute renommée ; ils vous conduiront encore à la victoire.
Salut et fraternité.
Signé, le mînbtre de la guerre, Bebiiai>ottb.
Gef lettres sont textaellement extraites da Moniteor, ^i en (m>btient bien d'autres également dignes d'être mises sous les yeux de nos lecteurs. Les brades Suédois, ces ("rançais du Nord, qui en slio* norant de ce nom noas bonorent nous-mêmes , les verront avec, d'au* tant plus d'intérêt , qu'elles leur offrent une nouvelle garantie des sentiments du monarque qu'ils ont appelé sur leur trône. En apprenant combien les droits et les libertés des peuples lui ont toniour» été chers , ils ne craindront pas qu'il oublie jamais ses sernients , qu'il manqué aux devoirs que Im impose la couronne.
(n** 5.) LETTRE DE SUWAROW.
( Indiquée à la page i65. )
OBSnVATlOirS va PVBLICISTf .
X Gènes , le i4 ▼endémiaire.
« On avait déjà surpris ici une supplique adressée à » Paul I", par un comité contre-révolutionnaire formé » dans notre ville. On avait su jusqu*aux noms des dé- » pûtes chargés de la remettre à Suwarow. Voici la » réponse littérale de Suwarow lui-même , telle qu elle » a été envoyée à* Paris, au directoire exécutif, par le » commandant même de notre place. Le ton ridicule de » cette pièce n en infirmera pas l'authenticité aux yeux » de ceux qui connaissent le style qu'affecte Suwarovr » dans ses actes publics. »
«Le ttéB haut, U très puissant, le très excellent seigîuur eamie de Suwarow , chevalier d'honneur de monseigneur saint Nicolas, et chevalier des ordres du Tigre, du Scorpion, de la Panthère et de Saint- Alexandre Newski , général en chef des armées aus^ tro-russes dans les quuire parties du monde, dans les
terres australes et autres , s^il en existe ; vengeur des rois, destructeur des républiques , préire^^irchimandritc , évéque du rite grec, muni des quatre {rrdres mineurs du culte romain, archi-catholique, etc. , etc.; à nos loyaux et bons am,is, les membres du comité génois, pour l'expulsion des Français , salut en Jésus-Christ,
» Il y a déjà quelque temps que j*ai fait connaître au très docte (al dottissimo) Paul I", notre seigneur et maître , l'offre que vous m'avez faite de cinq millions, sous la condition de chasser les Français de votre terre. Je ne doute pas qu'il n'ait la bonté de les accepter : aussi j'ai expédié expressément un courrier extraordinaire , avec votre humble supplicpie du 10 septembre , et j'ose vous assurer qu'il vous mettra sous sa protection, et qu'à l'ombre de sa puissance, Gènes redeviendra puissante et célèbre, comme elle l'était dans les temps passés.
» Vous direz à vos chefs que je n'eus jamais l'intention de vous abandonner. Il est vrai que j'ai été faire une promenade militaire jusqu'à Novarre avec mes Russes y mais seulement poui^ les tenir en haleine. Il ne serait pas encQre impossible que je fusse forcé ■ de la continuer, malgré moi, jusqu'en Suisse, pour délivrer des serres de Masséna l'archiduc Charles, qui , n'ayant avec lui que des Autrichiens , des Hongrois et des Bohémiens , a été battu , selon sa coutume , par les Français.
» Aussitôt que j'aurai pris Masséna avec son armée, et forcé celle du Rhin à repasser ce fleuve (laquelle
afifaire ne pourra me retenir que quelques jours) , j'irai vous délivrer. .
» Mais ces voyages étant fort coûteux , et devant craindre , comme vous l'observez vous-mêmes dans votre supplique j que les Français , instruits de notre correspondance , ne prennent pour eux les cinq millions que vous tenez prêts , vous me les expédierez à l'instant. Quant aux deux millions que vous m'avez promis depuis , vous m'enverrez des lettres de change sur Livoume.
» Je n'ai pas le moindre doute que vous n'exécutiez mon ordre avec la plus grande diligence et la plus grande sollicitude, ou bien, non seulement je vous abandonnerai aux Français pour quelque temps , mais je vous punirai à mon retour de la Suisse et de l'Allemagne , par une contribution de quinze millions , levée par mes Russes ; et après avoir pris Paris ( comme j'en ai déjà l'ordre par notre très docte et très redoutable seigneur et maître) , je vous vendrai à S. M. le très puissant roi de Sardaigne , de Chypre , de Jérusalem , prince de Piémont.
» Mais je suis loin de douter de votre obéissance , approuvant beaucoup que vous armiez les domestiques , et que vous continuiez à salarier les sbires de l'ancien gouvernement , lesquels gens, dévoués à votre comité , ont dans leurs maisons des armes de toutes . espèces, et des amas de pierres, etc. , etc., etc.
» Je vous ordonne de faire l'impossible pour que ces coquins d8 patriotes ne soient pas armés.
38o MÉMOIRES
» Je vous remercie des attentions que vous avez eues pour mes prisonniers , et de votre conduite enyers les Français blessés.
» Continuez de cette manière, et je tous assure die ma toute-puissante protection. Je me reeommande aux prières de tous les fidèles de votre pays. En attendant , je prie monseigneur saint Nicolas , mon protecteur, et Dieu, de vous tenir, mes bons et fidèles amis, sous sa sainte et digne garde. ^
Novarre,le 20 septembre 1799.
Signé le feld-maréchal comte de Srvf ârow.
Pour son excellence, KnoiT-BAiTOKiifSGOi, chancelier.
BousTONCOULow, Secrétaire intime.
{Extrait du Publiciste, )
(n° 4) ARMÉE DU DANUBE.
Rapport de Maêséna
Au directoire exécutif.
( Indiqué À la page i65. ]
CitOTEIfS DIRECTEURS,
L'armée du Dannbe avait termina par une victoire signalée la campagne de Tan 7; eHe avait repris le 60-
DE GOHIER. 38i
thard et tous les petits cantons helvétiques. Il lui était réservé d'ouvrir par des victoires plus brillantes encore la campagne de l'an 8.
Une bataille de quinze jours, sur une ligne de plus de soixante lieues de développement , contre trois armées combinées, conduites par des généraux expérimentés, la plupart environnés de grandes réputations, occupant des positions réputées inexpugnables, telles ont été ses opérations.
Trois armées battues et dispersées, vingt- mille prisonniers, plus de dix mille morts ou blessés, cent pièces de canon, quinze drapeaux, tous les bagages des ennemis., neuf de leurs généraux tués ou pris, l'Italie et le Bas-Rhin dégagés, THelvétie libre, le prestige de l'invincibiUté des Russes dissipé, tel a été le résultat de ces combats.
Quelque détaillé que puisse être ce rapport, je n'y rendrai jamais tous les traits de bravoure et d'héroïsme qui ont signalé cette bataille mémorable. Chacun s'est multiplié, chacun s'est surpassé; et quand, en donnant des éloges à quelques un£^, et citant les belles actions de quelques autres, je garderai le silence sur une quantité d'autres encore plus considérable, la faute en est à leur trop grand nombre et au besoin de resserrer enfin, dans des bornes quelconques, le récit d'ime suite d'actes de dévouement qui n'en avait aucunes.
La ligne de la Linth ,*de la Limath et de l'Aar était , sous le double rapport de la défensive et de l'offensive , la position la plus forte que l'armée austro-russe
pAt occuper en Helrétie. Ces rivières , plus ou moins larges, maistoujours profondes et torrentueuses, étaieot bordées sur la rive droite de montagnes hautes et du plus difficile accès. La place de Zurich , sur la Limath, fournissait à Tennemi , sur la rive gauche de cette rivière, une tête de pont dont la propriété offensive portait au dernier degré de perfection le système d'ac^ tion et de répulsion de cette ligne. Soixante mille Austro-Russes la défendaient , et je devais les en chasser avec un corps de troupes bien inférieur en nombre.
Une entreprise formidable menaçait la France. La Suisse, le boulevard de tout notre système militaire, si souvent attaquée et toujoiu-s si opiniâtrement défendue , devait , sous peu de jours , être écrasée par les efforts de trois armées combinées : mais je connaissais leurs projets ; et , fort de la bouillante ardeur , de la bravoure et de la constance des soldats républicains , (le la bonne harmonie qui existait entre tous les corps et les officiers-généraux et particuliers; fort du zèle et de rémulation qu'ils montraient tous pour la gloire et le triomphe de la république , j étais sûr de vaincre.
Les deux seuls points de passage que présentât le développement de la ligne ennemie, depuis Zurich jusqu au Rhin, étaient le confluent de la Limath, de la Reuss et de TAar, et Tanse de Diettikon sur la Limath.
Chacun de ces deux points avait peu d'avantages, et beaucoup d'inconvénients majeurs. Le premier avait la faculté des transports, par la Reuss et l'Aar, des ba-
teaux nécessaires aux passages ; mais il n y avait , sur la rive opposée, que deux points uniques et très étroits de débarquement: ces points étaient tellement marqués, la ligne de passage que les bateaux avaient à parcourir était si bien désignée, que Tennemi les avait rendus inabordables par plusieurs batteries tel- < lement disposées , que de la rive gauche il était à peu près impossible d'en éteindre le feu. Qu'on ajoute à tout cela une position formidable et presque inaccessible qu'il fallait enlever , même en ^e formant sur la rive opposée, et on aura la mesure des difficultés que présentait ce point de passage.
L'anse de Diettikon ofiraitde grands obstacles pour le transport des bateaux , pour leur mise à flot : aucun ruisseau navigable n'y aboutissait ; aucune île ne permettait de ramasser, à l'insu de l'ennemi, les bateaux nécessaires au passage et à la construction du pont; une plaine découverte bordait la rive gauche, et, sur tout son développement , on y voyait, de la rive droite, un homme depuis les pieds jusqu'à la tête. Il fallait porter sur des voitures ou à bras, jusque dans l'eau, tous les bateaux et les . matériaux nécessaires ; mais aussi la forme demi-circulaire de cette anse donnait les moyens de l'envelopper et de la croiser en tous les sens par le feu d'une artillerie formidable , pour protéger les travaux du passage, et cela me détermina à l'adopter.
Je fis fsiire à Brugg tous les préparatifs nécessaires pour donner à croire à l'ennemi que mon point de pas-
sage était le confluent des trois riyièresiinaîs œfiit pour le point de Diettikon que j'ordonnai les préparatifs les plus réels, et que je réunis les moyens les plus propres à assurer le succès de mon entreprise.
J'ordonnai également les préparatifs nécessaires au passage de la lintb et à lattaque des positions occupées par Fennemi dans cette partie.
L'ennemi si bien pris le chsmge sur toutes ces dispositions, qu'il a cru que le passage était Brugg, et qu'il y avait réuni la majeure partie de ses forces.
C'est à la suite de ces dispositions que, .dans la nuit du 2 au 5 vendémiaire , je réunis autour de Diettikon un corps de quatorze mille hommes : c'étaient la division Lorge , partie de la division Mesnard , et la réserve commandée par le général Klein. Les trois brigades de Lorge et Mesnard étaient destinées à exécuter le passage de vive force , tandis que la réserve , composée de grenadiers et d'Un gros corps de cavalerie, devait couvrir cette opération contre les sorties qui pourraient être faites par la garnison de Zurich sur la rive gauche de la Limath , et que la division Mortier devait faire l'attaque du village de Volissnaen.
Le général Mesnard, avec le reste de sa division, devait faire sur Brugg , au confluent de la Reuss et de la Limath , toutes les démonstrations d'un prochain passage.
Le général Soult devait , de son côté , exécuter le passage de la Linth entre les lacs de Zurich et de Walenstadt.
Le 3 , à cinq heures du matin , une attaque d artillerie destinée , en apparence , à éteindre le feu des batteries de lennemi , fut engagée par le général Mesnard ; tous les bateaux de la Reuss et de TAar mis en mouvement comme pour tenter le passage, et des têtes de colonnes se présentant sur plusieurs points, comme pour attendre l'instant favorable ; tels furent les mouvements qui confirmèrent Tennemi dans l'opinion que Brugg était le vrai point de passage , et qui tinrent sur ce point, pendant presque toute la journée du 3 , une partie de l'armée russe.
A Diettikon, vingt pièces d'artillerie, commandées par le chef d'escadron Foy, cernaient et étaient prêtes à croiser de leur feu, dans tous les sens, l'anse du passage. Les pontonniers, aidés par troi§ mille soldats, et dirigés par le chef de brigade d'artillerie Dedon , portaient à bras et sur leurs épaules les plus gros bateaux. Le jour était prêt à paraître ; le signal est donné , et en un instant les bords de la rivière sont couverts de bateaux et de troupes : les premiers entraient à peine dans l'eau , que les nombreux postes russes qui enveloppaient l'anse sur ia rive droite , firent une décharge générale et un feu nourri de mousqueterie , qui, loin de refroidir l'ardeur des pontonniers et des travailleurs, ne fit que la centupler; mais les premiers coups de fusil étaient à peine tirés de la part de l'ennemi, que notre artillerie eut bientôt écrasé tout ce qui s'opposait à l'abordage de la rive opposée.
Le général Gazan commandait l'avant-garde , et sous
lui le brave chef de bataillon Grain-d*Orge tenait, avec les carabiniers et un bataillon de la i o* légère et quatre compagnies de la Sy* , la tête de la colonne.
I^s postes russes, chassés des bords de la rivière , se réunirent au goulot de lanse , dans un bois épais , où , soutenus par les troupes qui occupaient le camp et le plateau de Fahr, et par sept pièces d*artillerie , ils se disposèrent à se défendre. La tête de notre avant - garde y arrivait à peine , que , quoique sans canon et sans cavalerie , elle commença l'attaque, et que, successivement soutenue par les troupes (pie l'activité des pontonniers passa en moins de deux heures d'une rive à l'autre , au nombre de huit mille hommes, elle les en chassa, après en avoir fait un carnage effroyable , et se trouva maîtresse du bois , du plateau de Fahr et du camp tendu de l'ennemi. Sur deux bataillons de grenadiers russes qui l'occupaient, quelques hommes à peine se sont échappés ; tout le reste a été tué , blessé ou pris.
C'est alors que le pont de bateaux se trouvant construit, et une communication ouverte à travers le bois épais qui bordait la rivière , le reste des deux brigades Gazan et Bontems , sous les ordres du général Lorge , et la brigade Quetard, détachée de la division Mesnard, terminèrent leur passage.
L'armée de Korsakow était alors répartie sur deux points, celui de Zurich et celui de Frendnau, audessous des confluents : pour la battre , malgré sa supériorité en nombre, il fallait l'empêcher de réunir
ses deux corps, et les combattre séparément. Pour cela) je portai sm* Delliken et Degenttorf la brigade Bontems ; j'occupai ainsi les revers principaux de la Glatt et les conununications de Regensberg à Zurich. Je poltai partie de la brigade Quetard sur Vurenloos , pour couvrir lagauélie du général Bontems contre le corps ennemi de Wettingen et Frendnau ; le reste était, partie en réserve au pont de Diettikon; et l'autre partie, sous les ordres du général Oudinot, mon chef d'état-major , devait souteni)r la brigade Gazan , que je chargeai de l'attaque du Hoiig et de la partie occidentale de Zurich-Berg.
C'est entre ces deux points de Regensberg et Zurich que l'ennemi avait réuni la presq&e totalité des forces qu'il avait dans cette partie. Le général Gazan l'attaqua avec impétuosité, et tourna, par une manœuvre habile , le village de Hoûg, dont il s'empara. C'est alors que s'est engagée , depuis Vurenloos jusqu'au Zurich-Berg , la bataille du 3.
Dans le temps que les généraux Quetard et Bontems , par les efforts les plus vigoureux, rejetaient la droite de l'ennemi aurdelà de la Glatt , le général Gazan , avec une partie de sa brigade , attaquait et enlevait à la baïonnette les hauteurs d'entre Hoùg et Âssholteren , et attaquait ensuite , conjointement avec le général Oudinot , les faubourgs de Zurich , et la partie occidentale de Zurich-Berg, par laquelle passe la communication de cette place avec Vintherthur. Rien n'égale l'acharnement qu'on a mis de part
et d autre dans ce combat, qui a duré depuis dix heures du matin jusqu a la nuit close. Nous sommes restés maîtres et des faubourgs et de la position. Toutes les troupes y ont fait des prodiges de valeur. On y a vu la légion helvétique rivaliser de bravoure avec la lo* légère ; la 37* , la 57* , la a* et la 1 02* de bataille , le 9* de hussards , l'artillerie légère , s'y sont particulièrement distingués. Le général Lorge se loue infiniment du chef de bataillon Marousin, des capitaines Melin de la 37* , Cabos et Simomien de la lo* légère, (les lieutenants Minaud et Maingonand , qui s'y sont distingués, ainsi que du brave Dubalin delà 10* légère, qui a été blessé en chargeant à la baïonnette. Le terrain était couvert de morts et de blessés, et sur trente on comptait à peine un Français.
Devant Zurich , sur la rive gauche , le général Mortier attaquait, avec son impétuosité ordinaire, le village de VollishoÉfen , et faisait payer chèrement aux six bataillons russes qui le défendaient, leurs efforts pour s'y maintenir et favoriser par là plusieurs charges mêlées d'infanterie et de cavalerie , dirigées contre la réserve aux ordres du général Klein. Je me trouvais alors sur ce point ; j'ordonnai à ce général de faire soutenir le général Mortier par un bataillon de grenadiers de la réserve , aux ordres du général Humbert ; et bientôt, aidé par ce renfort, il niit les ennemis en déroute et les força à rentrer dans la place , après une perte considérable et avoir eu deux généraux blessés.
Entre les lacs de Znrich et de Wallenstadt, nos
succès n'étaient ni plus faciles ni moins brillants. Le général Soult avait franchi la linth , défendue par plus de (juarante redoutes , et par des ennemis nombreux , à qui il avait été impossible de dérober nos préparatifs , et qui nous attendaient de pied ferme.
A trois heures du matin , pendant que le citoyen Lochet , chef de brigade de la 94* de ligne , à la tête de huit cents hommes parti&de Lachen, opérait un débarquement à Schmerikou, sous la protection de trois chaloupes canonnières , commandées par le lieutenant des pontonniers Gauthier , suivait le chemin de ce village au bourg d'Utznach , s'emparait des redoutes de Tennemi, attaquait son camp et faisait rétablir le pont de Gznau, pour faciliter le passage des troupes du général Laval , deux cents nageurs , armés de lances, pistolets et sabres, réunis vis-à-vis Schœnis,sous la conduite de ladjudant-major Delaar , traversaient la rivière , battaient la charge , portaient la terreur dans le camp autrichien , enlevaient les postes ennemis qui défendaient le point projeté pour le passage, et facilitaient, par ce mouvement aussi hardi qu'extraordinaire , le moyen de lancer à Teau les barques , et de jeter sur la rive droite le bataillon des grenadiers. Gela s'exécutait tandis que le commandant Lapisse, chargé de l'attaque du centre , contenait , d'une rive à Tautre , les troupes de renfort qui arrivaient à l'ennemi.
Il était cinq heures , le jour commençait à paraître j et l'ennemi , revenant de sa surprise , formait des. colonnes d'attaque , et nous menaçait. Six compagnies
étaient passées ; trois fois elles s^emparèrent du village de Schœnis, et trois fois elles ftirent repoussées. Le passage se continuait ; nous nous maintînmes ; la résistance fut extrême ; lachamement fut si grand , et chacun y prit tellt;ment part , que le feld-maréchal Hotze , commandant en chef les troupes autrichiennes, y perdit la vie : son corps fiit trouvé y quelques heures après, sur le champ de bataille, ainsi que ceux de pliji-! sieurs officiers supérieurs.
Déjà le 9* bataillon de la 25* demi-brigade avait suivi les grenadiers. On s'en servit pour attaquer de nouveau Schœnis; Tennemi y fut forcé, et se retira en désordre sur Kauttenbrun.
Le passage ^tant effectué et les troupes de lattaque du centre devenant inutiles dans leur première position, le général Soult fit porter vers Utznach le chef de brigade Lapisse, à la tête de deux bataillons delà 56*: pour s'y rendre, ils devaient passer le pont de Gznau^ mais à peine quelques soldats y furent que le pont se rompit. Une réserva des Russes , venant de Raperschwill au secours des Autrichiens, voulant profiter de cet accident, forma une colonne d'attaque , et vint avec une audace rare charger tout ce qui se trouvait sur la rive droite. Il ne restait à cette troupe que la victoire ou la mort ; le chef de brigade Lochet le lui fit sentir : elle reçut la charge des Russes avec sangfi[*oid; et après un feu terrible qui mit le désordre dans les rangs ennemis , elle en fit une tellement à propos , que presque tout fut pris ou tué. Un drapeau resta à
notre pouvoir , avec un colonel et trois cents hommes» La terre était couverte de morts.
A Kauttenbrun, l'ennemi tenait encore; mais peu après ce village fut emporté à la baïonnette: nous fîmes quatre cents prisonniers, et la nuit mit fin au combat.
Le général Soult se loue beaucoup dacitoyenLochet, chef de la ^tf ; de ladjudant-général Saligny , du commandant Gk)dinot; des citoyens Franceschi et Soult > aides de camp ; des citoyens Compère et Scherb, ad«joints ; de l'adjijid^nt-major Talot ; de Tadjudant-major Delaar , commandant les nageurs ; et du capitaine Muller , joonunandant le bataillon des grenadiers : cet officier a été blessé à l'attaque de Schœnis.
Les chefs d'escadron Foy , commandant l'artillerie de la division Lorge , et Prost, conunandant celle d^ la division Klein , se sont conduits d'une manière digne des plus grands éloges.
Cette première journée du 3 $'était terminée par la défense du corps russe réuni sous Zurich, et par celle, du corps autriclûen qui défendait la linth. Mais mes forces n'étaient pas encore réunies sur la rive droite, et la place de Zurich m'en empêchait; je résolus donc de m'en emparer. Mais avant de prendre un parti violent contre cette place, que je voulais préserver encore une fois, ou d'une ruine totale , ou des suites que pourrait avoir pour elle une prise de vive force , j'avais , dans la soirée du 3 , fait sonmier le général russe qui y conunandait d'en ouvrir les
portes; le chef de brigade Ducheiron, commandant le 9* de hussards , avait été chargé de cette mission , et avait , contre le droit des gens , été retenu dans la place sous divers prétextes. Ce n'est que le 4 9 à sept heures du matin , que je reçus , par une lettre de cet officier, la réponse verbale du général russe, qui ofirait de rendre la place, à condition qu'il aurait la faculté d'eu évacuer tous les bagages , ses blesses ( il y eii avait six mille), son artillerie, et tout ce qui pouvait lui appartenir.
Pendant la nuit du 5 au 4 9 1 ennemi avait évacué totalement les positions qu'il occupait aux confluents de r Aar , de la Reuss et de la Limath ; une petite partie de ses forces s'était portée sur Coblentz , où elle avait fait sa jonction avec un corps de trois mille hommes en position à Waldshut , et que de fortes reconnaissances, poussées du camp de Bàle sur la rive droite du Rhin , avaient aussi tenu en échec pendant toute la journée du 3. Le reste , formant la majeure partie , était venu , à la foveur de la nuit , en faisant un détour considérable , se réunir, sur les hauteurs de Zurich, aux troupes qui couvraient et défendaient cette place , de manière qu'au point du jour , elles nous attaquèrent et nous forcèrent à replier sur les hauteurs d'entre Hoiig et Âssholteren les postes avancés que nous avions sur le revers septentrional de Zurich- Berg. Je n'avais pas voulu compromettre , en le portant sur le revers, un trop gros corps de troupes, qui , par la cUsposition du terrain , eût pu , dans la
nuit, être attaqué et battu avant de pouvoir être soutenu. Ce dernier mouvement de Tennemi avait pour objet de dégager la route de Zurich à Yinthertbur y pour y faire filer ses équipages , qui n*avaient plus ' d'autre issue que celle-là, le général Soult ayant , à la suite de son mouvement, et conformément à ses instructions, occupé la communication de RaperschwUl.
I^e besoin d'occuper Zurich devenait toujours plus pressant ; je devais , par la réunion de mes troupes , acquérir une supériorité telle que je pusse exterminer les restes de l'armée austro-russe avant leur jonction avec le corps de Condé et les troupes bavaj:oises qui marchaient à leur secours.
J^lfis donc mes dispositions pour l'attaque de Zurich; et cependant, fidèle aux principes qui m'avaient toujours dirigé , je voulus auparavant tenter la voie de la négociation : mais les avant-postes russes ayant tiré sur l'officier parlementaire et blessé le trompette qui l*accompagnait, indigné de ce procédé, et voyant bien que ces retards étaient ménagés par l'ennemi pour gagner la journée du 4 j j ordonnai l'attaque et du corps russe qui occupait les hauteurs , et des faubourgs de Zurich, et celle du corps de la place. J'autorisai seulement un officier que j'envoyai auprès du général Klein, pour lui porter l'ordre de Tattaque , de donner à l'ennemi un quart d'heure pour l'évacuation de la place.
Les généraux Lorge, Gazan et Bontems étaient à la gauche et au centre , le général Oiidinot à ia droite
sous la mitraille du corps de la place. La route de Yintherthur fiit plusieurs fois prise et perdue par nos troupes. Déjà , après un combat long et opiniâtre, nous nous croyions maîtres de cette position, lorsqu'une colonne ennemie, ayant de la cavalerie et de l'artillerie, débouchant par la crête de Zurich-Berg , fit plier notre gauche et notre centre, et occupa un instant la route de Yintherthur; elle<;herchait même à déborder notre gauche pour nous prendre en flanc ; mais , sans tenir compte à l'ennemi de cette feinte, je fis marcher sur son centre les carabiniers de la lo* légère, soutenus par deux bataillons de la s* demi-brigade de bataille, et deux escadrons du 23* régiment de chasseurs. Le général Gazan chargea à la tête de l'infanterie , le général Lorge à la tête de mes guides et du 9* de hussards; l'infanterie ennemie fiit bientôt culbutée , tous ses canons pris , sa cavalerie en fiiite , le revers septentrional de Zurich-Berg occupé , et enfin les débris de ce nouveau corps ennemi, totalement écrasé, se retirèrent en désordre sur Yintherthur, n emmenant avec eux qu'une seule pièce de canon qu'ils avaient fait filer à l'avance , et laissant avec sa position tous ses bagages , ses munitions , et une quantité consi- « dérable de prisonniers.
Je fis de suite resserrer la place de Zurich ; l'ennenû s'y défendait encore pour protéger sa sortie par la porte de Raperschwill qu'il tenait , et par laquelle il espérait encore retirer ses troupes et ses équipages ; mais le général Oudinot, qui déjà s'était emparé du
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faubourg de Zurich , marchât sur le corps de la place avec la 37* , un bataillon de la 46* , la légion helvétique, un escadron du 9* de hussards, et une compa* gaie d'artillerie légère ; le chef de brigade Lacroix , à la tête de la colonne, enfonce à coups de canon la porte de Baden , égorge tout le poste russe qui la défendait , et entre dans la ville , faisant un carnage horrible de tout ce qui entreprenait de se défendre. Le générs^ Klein entrait dans le même temps par une des portes de la rive gauche, que l'ennemi avait aban-« donnée.
C'est ainsi que se termina la bataille du 4 9 qui acheva la déroute du corps russe de Korsakow.
A la droite, quoique l'attaque faite la veille sur Kaut^ tenbrun eût parfaitement réussi , l'ennemi voulut reprendre ce postç; il posta pendant la^ nuit, à Benken, dix4iuit cents hommes et un escadron de Gramtz, hussards : mais le général Soult, instruit de ce mouveipent, fit le matin entourer ces troupes par trois bataillons, et leur fit mettra bas les armes. Nous prîmes avec elles cinq pièces de canon et un drapeau.
Vers Yesen j. l'ennemi faisait beaucoup de résistance; neuf cents hoinmes avec huit pièces de canon cou-? vraient cette ville et la défendaient avec opiniâtreté ; le commandant Godinot, chef de la s 5* légère, qui, depuis la veille, occupait ces troupes, afin d'assurer nos derrières , pendant les. attaques de Çchœnis et de Kauttenbrun , fij^t chargé de prendre Yésen^ Cet offi-» cier s'en acquitta avec autant d'intelligence que de
bravoure : un bataillon tourna la ville par les hauteurs d' Annescon , un autre l'attaqua de front ; et , après trois heures de combat , huit cents hommes , un drapeau , huit pièces de canon et vingt caissons furent en notre pouvoir.
Pendant le jour , quelques hommes à cheval ayant pu passer au pont de Gznau et sur le pont volant visà-vis Schœnis , on s'en servit pour faire pourstdvre l'ennemi. Le citoyen Lochet poussa jusqu'à lietensteg, prit une pièce de canon et à peu près cent honunes.
Les chaloupes canonnières, qui avaient si bien manœuvré sur le lac , et protégé par un feu terrible la troupe de débarquement , Au*ent jusqu'à Raperschvrill , et y prirent toute la flotte de Williams, tandis qu'un fort détachement , parti de Ghutznach, y arrivait par la grande route , et s'emparait de plusieurs pièces de canon, de beaucoup d'affAts, et de quelques magasins de vivres.
Le résultat, dans cette partie, de ces deux jours de victoire où tous les of&ciers«*génératix et particuliers se sont conduits d'une manière digne des plus grands éloges , nom a donné trois mille cinq cents prisonniers , trois drapeaux , dont un russe , un autrichien et un suisse ; vingt pièces de canon et trente*trois caissons , et fait éprouver à l'ennemi une perte do trois mille hommes tués ou blessés.
A peine la prise de Zurich me mettait à même de réunir les forces qui avaient opéré sur la Limath et sur la Linth , et de poursuivi'e à outrance les débris
des années battues, que le général Lecourbe m'annonce l'arrivée de Suwarow à Altorf. Toute l^rmée russe d'Italie s'était portée par Bellinzona sur le mont Gothard ; elle avait successivement attaqué les généraux Gudin et Loison , et avait acheté , par des sacrifices énormes , son entrée dans la vallée de la Reuss. La seule 67* lui avait fait perdre plus de quinze cents hommes au passage d'Urseren , et n'aurait jamais fait sa retraite , $i «Ue ne se fÙt aperçue, après le combat le plus avantageux pour elle , que Suwarow, ayant une armée tout entière à sa disposition , était prêt à l'envelopper*
A Altorf, le général Lecourbe, avec une poignée d'hommes , tenait la rive gauche de la Reuss , le pont de Séedorf , et le défendait ainsi contre toute l'armée russe.
Suwarow menaçait tout à la fois Luceme , Schwitz et Glaris, dans le temps que les corps autrichiens de Jellakisch et de lingen , réunis à une partie des débris du corps autrichien de Hotze , remarchaient sur nous par Kerensos et la vallée d'Engi; la seule brigade du général MoUtor occupait Glaris, le Linthal et les débouchés du MuthejithaL
Je me décidai sur4e-champ à marcher en force sur ma droite à la rencontre de la nouvelle armée austro^ russe qui m'y attaquait.
Je laissai au général Mesnard le commandement des 5^ et 6' divisions et de toute la cavalerie , avec ordre de continuer jusqu'au Rhin la poursuite de l'emiemi.
Je portai sur Schwitz la 4* division , commandée par le général Mortier, etsurSchœnis etVesenla majeure partie de la 3* division , dont je donnai le commandement au général Gazan.
J'ordonnai au général Soult de me suivre à Luceme et à Âltorf, pour .y remplacer dans le commandement de la s" division le général Lecourbe , à qui vous veniez de donner une nouvelle destination.
Je portai ma réserve de grenadiers à Bichterswill, et je me rendis moi-même à Altorf. Suwarow, après avoir attaqué infructueusement le général Lecourbe au pont de Séedorf , après avoir sondé sur tous les points le torrent de la Reuss y avait reconnu l'impossibilité de la passer, et s'était dirigé, toujours e Anasse, à travers des montagnes affreuses par des chemins qu'il se frayait lui-même , du Schachenthal dans le Muthenthaï. Je ne pus voir, dans la reconnaissance que je fis avec le général Lecourbe dans le Schachenthal, que les traces de l'ennemi et quelques traînards tombant d'inanition , qui fru*ent ramassés par nos patrouilles.
Je me portai alors à Scliwitz pour joindre Suwarow dans le Muthenthal ; je poussai de suite sur lui une forte reconnaissance, qui , ayant successivement replié ou enlevé les postes russes qui se trouvaient en avant de Mutten , arriva près de cette position , où elle trouva le corps entier du général Rosemberg, qui formait la moitié de l'armée ennemie : mais la mêlée étant devenue générale, et la mût seule ayant séparé les combattants, il avait été impossible d'évaluer les forces
de ce corps, qui fit des pertes énormes , et auquel nous prîmes deux pièces de canon et des prisonniers. Je me déterminai le lendemain à lattaquer avec la division Mortier et une demi-brigade que j'avais tirée de la division Lecourbe. L'objet de cette attaque était moins d'obtenir dans cette journée des succès décisifs , (jue de retarder la marche de Suwarow, et donner aux forces que je faisais marcher de tous côtés contre lui le temps d'arriver à leurs destinations respectives. Je portai sur les hauteurs de droite et de gauche de cette vallée étroite , des corps qui devaient seconder mon mouvement , et surtout observer ceux de l'ennemi , et la quantité de forces que nous avions en tête. Ces positions furent bientôt , malgré la plus vive résistance, successivement enlevées, et les Russes obligés de se repUer sur Mutten , où était le gros de leurs forces : parvenus à portée de lui, notre feu lui faisait tant de mal, notre artillerie faisait un tel ravage dans cette masse , c[ue , ne pouvant plus le supporter , l'ennemi forma de toutes ses troupes plusieurs fortes colonnes d'attaque, et les lança sur nous avec la fureur du désespoir : le nombre était au-delà de toute proportion avec la division chargée de lui résister. La brave 1 08* de Ugne a soutenu pendant long-temps , avec un courage et une opiniâtreté sans exemple, le choc de plusieurs de ces colonnes d'attaque. Elle était en bataille et l'ennemi en colonne serrée, sans pouvoir l'entamer ; elle a été attaquée à la baïonnette , mais elle n'a fait que redoubler d'énergie. J'ai vu im sous-Keu-
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tenant des grenadiers arracher du milieu des colonnes d^attaque russes le drapeau qui les guidait au combat; je lai nommé lieutenant sur le champ de bataille. Mais les ennemis se renforçant toiyours davantage , ils allaient rester maîtres de la position, lorsque la tête de la 67*, qui eût dû être rendue quatre heures plus tôt, et qui avait été jusqu'alors retardée par un malentendu, arrivant à peine sur le champ de bataille, rétablit le combat : l'ennemi est alors attaqué de tous côtés avec une vigueur nouveUe, et repoussé avec une perte considérable ; nous reprenons la position , nos canons, nos munitions, nos blessés, qui avaient été un instant en son pouvoir ; nous lui faisons un grand nombre de prisonniers , et le forçons à rester entassé dans la gorge en arrière de Mutten.
Que de traits de dévouement n aurais-je pas à citer de la part des braves qui ont si long-temps arrêté un ennemi si supérieur en nombre ! Les généraux Mortier, Brunet, Drouet, s y sont particulièrement distingués, ainsi que les chefs de la lo8^
La perte de l'ennemi a été très considérable. Le gé* néral des Cosaques, honune universellement estimé chez les Russes, y a perdu la vie.
Suwarow, si vigoureusement poussé dans le Muthenthal, au lieu de pénétrer en Suisse par le débouché d'Einsilden , que je lui avais laissé ouvert pour Tattirer en rase campagne et l'y combattre, cherchait à pénétrer dans la vallée de Glaris, où il espérait faire sa jonction avec les armées de Hotze et de Korsakow,
DE GOHIER, 4oi
dont il ne connaissait pas encore la défaite. Déjà don avant-garde avait pénétré dans le Linthâl; elle avait sommé le général Molitor, qu'elle attaquait de front, tandis que les corps de Jellakich et de Lingen l'attaquaient par sa gauche et ses derrières, de se rendre, attendu , lui disait lofficier parlementaire , que vous êtes environné de tous côtés. — Ce ne sera pas moi qui me rendrai^ lui répondit fièrement le général Molitor, ce sera vous; et il lui a prouvé , par l'énergie de sa défense , qu'il savait tenir parole. Après la résistance la plus brillante et la plus meurtrière pour l'ennemi, après avoir repoussé les corps autrichiens de Lingen et de Jellakich, le général MoUtor se replia, sans pouvoir être entamé , sur les points de Mollis et Noefels, où, soutenu très à propos par la tête de la division Gazan, qui arrivait à peine, il s'était maintenu et avait conservé le pont de Noefels , six fois pris par les Russes, et autant de fois repris par nos troupes; ce qui nous laissait maîtres des deux rives de la Linth.
D'un autre côté, le général Korsakovir, instruit de la .,. position critique de Suwarow, réunissait les débris de son corps au contingent bavarois et au corps de Çondé, et menaçait le corps d'observation que j'avais laissé sur la Thur. Je résolus alors de marcher à lui pour l'achever ; mais je voulus auparavant en finir avec Suwarow, que je n'avais pu attirer dans les plaines d'Ensilden , et pour de là l'attaquer en force à Glaris avec la brigade Molitor et la division Gazan, mises aux ordres du général Soult, que j'avais arrêté près de moi. I. 26
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J'ordonnai au général Loison de marcher sur le Lintlial 9 et au général Mortier de suivre le mouvement de Tennenii dans le Muthenthal , avec les deux demibrigades que je lui avais laissées. Le général Suwarow, instruit de mon projet et des mouvements des généraux Loison et Mortier, épuisé par les combats sanglants qu'il avait eus à soutenir sans relâche depuis Bellinzona jusqu a Glaris , et l'impossibiUté où était le pays de lui fournir ni subsistances ni secours d'aucune espèce, ayant déjà été obligé d'abandonner la plus grande partie de ses bagages , de ses mulets , de ses munitions, de jeter dans les lacs une partie de son artillerie, et voulant profiter, puisqu'il en était encore temps , du seul débouché qui lui restât, évacua Mutten et Glaris, et employa toute la nuit du i3 au 1 4 à filer par Schwauden , sur la vallée d'Engi et les Grisons , faisant marcher , à force de coups , devant lui ceux de ses blessés à qui il restait la moindre vigueur, et nous en laissant , à Mutten , Glaris , et dans tous les villages des environs, plus de deux mille hors d'état de bouger. *
Au point du jour, nos colonnes d'attaque, dirigées sur Glaris, n'y trouvèrent plus que les blessés et quelques traînards qui avaient été dans Timpossibilité de suivre le corps d'armée. Je fis de suite serrer vivement son arrière-garde, composée de grenadiers; les généraux Molitor et Gazan la joignirent au-dessus de Schwauden: elle essaya plusieurs fois de faire résistance ; mais elle fut complètement défaite , et Suwa*
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l*ow poursuivi avec la plus grande vigueur jusqu'à Elm, où la nuit nous prit.
L'ennemi, poursuivi encore le lendemain, essuya dé nouvelles pertes.
Il était déjà temps d'aller au-devant de Korsakow, qui faisait mine de vouloir marcher sur la Thur.
J'ordonnai au général Loison , à qui je donnai provisoirement le commandement de la deuxième division, de reprendre le Gothard, et de porter un corps dans la vallée de Dissentis;
Au général Mortier, de continuer la poursuite de Suwarow , et d'occuper Melz et Sergans;
Au général Soult , à qui j'avais donné provisoirement le commandement des divisions Mortier et Gazan, de marcher avec six demi-hrjigades , sur deux colonnes, l'une dirigée sur Reinak , sous les ordres du général Brunet, et l'autre sur Constance, aux ordres du général GaoBn ; celui-ci devait être soutenu par le géné- 1|^I Klen^avec deux régiments de cavalerie.
fe «'igieai sur Stein et Dissenhofen la division e^^M^ Paradis et la tête du pont de Bussingen le al Hie^Mffd, et sur Yintherthur et Audelfing^i 14: réseiiy^Ides grenadiers; je me rendis moi-même ivec mon t^hef. d'état-major à Frauenfeld, et de là à Audelfingen. '|
Le 16 , dès la|»ointe du jour , les divisions firent leur dernière marche pour se porter sur le point d'attaque. Celles de Gazan et de Lorge avaient , pour arriver .Il leur destination, beaucoup plus de chemin à faire que
fr
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relie de Mesnard ; et quoique , à cause de cette difFéreiire, la division Mesnard fftit partie plus tard, elle n*eut pas plus tôt commencé son mouvement sur Paradis , qu'elle trouva Korsakow^ marchant à sa rencontre avec un corps de douze mille Russes ou Bavarois. L'engagement fut très vif; mais là supériorité du nombre des ennemis arrêtait déjà notre mouvement, lorsque la réserve de grenadiers arrivant, le combat changea bientôt de face: l'ennemi fiit attaqué avec la plus grande vigueur; le champ de bataille fut bientôt jonché de morts, et les Bavaro-Russes ne trouvèrent leur salut que dans une fuite précipitée , et en se jetant en désordre dans la tête de Bussingen.
Dans le même temps, le général Lorge, après avoir fait replier devant lui les postes avancés de Diessenhofen, arrivait, avec la tête de sa division, dans la plaine, et s'y déployait; déjà deux bataillons de la 67* et deux de la 1 00' demi-brigade formaient la droite ; ime prairie marécageuse rempUssait l'espace qu'aurait olràpé son centre, et il avait sur sa gauche 'le 3' batailAn d^la 67% et la tête de la 5 7'. L'artillerie légère couvrait foit le front de la ligne, lorsque l'ennemi, après avoii^ à la faveur dun rideau très étendu, fait ses dispositions, dirigea sur notre droite une charge vigoureuse de cavalerie et d'infanterie russes. Il est impossible de rendre l'opiniâtreté avec laquelle cette attaque fut faite par l'ennemi et soutenue par nos troupes. Notre infanterie et notre artillerie légère se sont immortalisées dans cette journée, et je répéterai sur leur compte ce que je vous ai
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dit dans une lettre du ... L'artillerie légère , chargée et sabrée au milieu de la mêlée , ne cessait de manœuvrer et de tirer à mitraille ; partie de notre infanterie, après avoir accueilli la cavalerie ennemie par le feu le plus vif et le plus soutenu , la recevait jusque sur ses baïonnettes sans s'ébranler, tandis qu'une autre partie de cette infanterie la chargeait sur son flanc avec une au- 4ace sans exemple.
L'ennemi, partout culbuté, a perdu, sans exagération, dans cette charge plus de six cents hommes, et a été obligé de repasser le Rhin , et de pourvoir à sa sûreté en coupant le pont de Diessenhofen , où nos troupes sont entrées à dix heures du soir.
Le général Gazan attaquait de son côté le corps, de Russes et d'émigrés qui était en avant de Constance , et qui était commandé par Gondé en personne. Il les poussa avec tant de vigueur , que ses troupes entrèrent péle-méle dan^ la ville avec les vaincus , sans qu'il ait été possible à ceux-ci de lever le pont-levis. Il était din heures du soir lorsque cette mêlée eut lieu ; on se battit dans les rues; no^ arrivâmes au pont du Rhin avant ime partie des ennemis , et tout ce qui se trouva alors dans la viUe , au nombre de cinq cents hommes, fut fait prisonnier ; le prince de Gondé et le duc d'Enghien étaient dans la mêlée , et ils ne nous ont échappé qu'à la faveur de l'obscurité ; le général français émigré Vauborel y a été tué.
Je faisais mes dispositions pour forcer l'ennemi k l'évacuation de la tête de Pont (jle Buezengen , ou
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l'attaquer avec avantage ; c'était un ouvrage à couronne , palissade , et entouré d un fossé plein d'eau , avec un réduit très fort : l'ennemi a prévu mes des^ seins , Ta évacué et s'est retiré sur l'autre rive.
L'attaque du Gothard n'était pas moins heureuse ^ le général Gudin y avait attaqué et battu les Russes qui le défendaient. Il a tué à l'ennemi beaucoup de monde, et fait, dans les divers combats qu'il a livrés^ environ deux cent cinquante prisonniers, pariw lesquels un général-major, deux capitaines et deux lieutenants.
Ainsi s'est terminée, par l'affranchissement de l'Helvétie, par la destruction d'une partie de nos ennemis et par la dispersion des antres, cette quinzaine mémor rable, qu'ils destinaient à notre anéantissement, et dont les résultats doivent influer d'une manière sensible sur les nouvelles destinées de la république française.
Je dois les plus grands éloges au général Oudinot^ mon chef d'état-major, dont la bouillante ardeur sait se plier aux travaux du cabinet, mais que je retrouve toujours au (champ de bataille avec avantage ; il m'a suivi dans tous mes mouvements, et m'a parfaitement secondé.
Je dois aussi d^s éloges au général Soult, qui a exécuté avec habileté toute la partie du plan qui lui était confiée. Ce général a déployé les plus grandes connaissances militaires ; et l'on ne doit pas oublier que son passage de la Linth a infiniment contribué à mes succès sur toute la ligne.
Le général Lorge s*est conduit avtîc autant de bravoure que de prudence. Je dois citer avec distinction les généraux Mortier et Gazan, et le général Loison, à qui j'ai laissé le commandement de la division du général Lecourbe. Les généraux Bontems , Molitor et Brunet se sont parfaitement bien conduits.
Le chef de brigade Lapisse n'a pas démenti la haute opinion qu'avait fait concevoir de lui sa conduite dans les affaires des 27 et 28 thermidor , lors de la reprise du Gothard.
Le brave chef de brigade Lacroix , vieillard de soixante-huit ans , ne cesse d'être le guide de nos jeunes guerriers.
Le chef de la 94* , ceux de la 1 08" , le chef de bataillon Grain-Dorge , ont fait , dans ces différtmtes actions , des traits de bravoure.
Tous, généraux, officiers et soldats ont parfaitement rempli leur devoir ; je regrette de ne pouvoir les nommer individuellement.
Fait au quartier -général à Zurich le «4 vendémiaire, an 8 de la république française.
Salut et respect.
Signe M ASSÉNA.
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