‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 19 sur 81 · DE LAREVELLIÈRE · texte numérisé non relu

DE LAREVELLIÈRE

AUX DÉNONCIATIONS PORTÉES AU CORPS LÉGISLATIF CONTRE LUI ET SES ANCIENS COLLÈGUES.

15 thermidor an vu.

Citoyens représentants,

Trois dénonciations, dont une seule contient neuf chefs d'accusation, qui tous se subdivisent en plusieurs points, dont il faut démontrer l'absurdité et la perfidie; telle est la tâche à laquelle il faut que je me livre, sans autre secours que ma mémoire, et contraint, sous peine de n'être lu que d'un petit nombre de personnes, à efïleurer des sujets qui, presque tous, demanderaient de vastes développements. Réduit à circonscrire ainsi ma défense, comment me diriger dans le choix de mes moyens? 11 en est, et ceux-là ne sont pas les moins péremptoires, qui touchent de près aux secrets de l'État. N'en déplaise h mes calomniateurs, mon pays et la liberté me sont trop chers pour les compromettre, même au péril de ma vie. Il en est d'autres qui m'obligeraient à prononcer le nom d'hommes étrangers à cette malheureuse

aiïaire; ceux-là répugnent encore à ma délicatesse, et j'aime mieux ne chercher qu'en moi-même ma justification que de mêler, soit directement, soit indirectement, qui que ce soit à la proscription la plus injuste qui ait encore frappé les amis de la république.

Mais en m'isolant ainsi des personnes contre lesquelles la fureur de parti n'a point éclaté, je déclare m'unir formellement aux trois collègues atteints de la même persécution que moi, en tout ce qui concerne les actes du Directoire dans lequel j'ai siégé. Quels que soient ceux de ces actes qui aient eu mon improbation ou mon assentiment, je les adopte tous. La constitution me donnait le droit de constater par une protestation mon refus d'y accéder, et j'en aurais usé, comme je l'ai fait dans d'autres temps, si j'eusse aperçu dans la différence de nos opinions des intentions criminelles. Loin de moi donc tout avantage, même moral, que je pourrais tirer, sur quelques points, d'une divergence qu'il est facile de supposer dans les vues politiques de plusieurs hommes qui ont délibéré ensemble pendant plusieurs années et sur des objets dont l'issue était assurément très-problématique. Chacun de nous doit oublier son vote et ne se considérer que comme faisant partie d'un être collectif, dans tous les actes auxquels il a pris part. C'est un principe dont je ne m'écarterai point dans le cours de ce travail. Ainsi, ce n'est point ma défense que j'entreprends, c'est celle de l'ancien Directoire, et j'espère qu'elle me sera facile, même en n'usant que des ressources dans lesquelles j'ai promis de me renfermer, jusqu'à ce que des événements que je ne

veux pas prévoir légitiment l'emploi de mes autres armes ^

1. J'avais l'entière assurance que non-seulement la persécution ne s'étendrait pas jusqu'à moi, mais, qu'au contraire, les orateurs et les journaux du parti me présenteraient sous les couleurs les plus favorables, si je consentais à séparer ma défense de celle de Rewbell, Treilhard et Merlin, en déclarant que je n'avais pris aucune part aux actes du gouvernement qui étaient dénoncés et en les rejetant en entier sur ces trois directeurs. — Il paraissait en effet un peu trop fort aux chefs des factions qui avaient noué l'intrigue, de présenter Barras comme un modèle de loyauté, de franchise et de patriotisme, et de m'attaqueren même temps comme un dilapidateur, un fripon, un aristocrate et un traître. Ils sentaient qu'une pareille manœuvre ne disposerait pas le public à croire à la légitimité de leurs vues.

Grand nombre de membres des deux conseils et beaucoup de citoyens me pressèrent de prendre le parti qu'on exigeait de moi. Je n'avais aucune liaison d'affection ni d'intérêt avec aucun de mes collègues; je ne m'en refusai pas moins à cette lâcheté, au risque d'être enveloppé dans une ruine commune. J'aiaîai mieux, pendant cette crise effrayante, rester unis avec ceux que l'on n'attaquait que par des motifs dont l'iniquité m'était bien connue et avec les vues les plus illégitimes, comme les événements l'ont bien prouvé, que de me placer à côté de celui qui, après avoir indignement trahi ses collègues et avoir prêté les mains avec la plus grande perfidie à tous les événements et à tous les actes avantcoureurs de la destruction totale de la constitution républicaine de l'an ii[, était resté en place, pour y jouer le rôle odieux qui m'était conseillé. G'est aux circonstances que je viens de détailler qu'a trait le préambule placé ici à la tête de ma défense. (Note de l'auteur.)

PREMIÈRE DËNONGIATION.

C'est incontestablemenl la violation du territoire ottoman par l'expédition de l'Egypte qui est la principale cause des dangers de la patrie, parce qu'elle a entraîné les Turcs dans la nouvelle coalition, et que les Austro-Russes, affranchis en conséquence de toute inquiétude à l'égard de cette puissance, ont envoyé contre nous des forces supérieures, et pensent encore envoyer jusqu'à leur dernier homme.

(Pour qu'on dût considérer l'expédition d'Egypte comme la principale cause des dangers de la patrie, ou tout au moins pour qu'on pût raisonnablement nous l'imputer, soit à ignorance, soit à perfidie, il faudrait : 1° être bien certain qu'elle a été conçue par nous, ou que nous l'avons adoptée sur la proposition de quelque ennemi de l'État; 2° que ce fût ce qu'on appelle la violation du territoire ottoman, et non un de ces événements extraordinaires que la prudence la plus consommée ne peut prévoir, qui eût entraîné les Turcs dans une coalition aussi contraire à leur intérêt que l'est celle par laquelle ils semblent s'être jetés pieds et poings liés dans les mains de voisins ambitieux et usurpateurs.

Sur le premier point, comment le dénonciateur persuadera-t-il qu'il a pénétré assez avant dans les secrets du Directoire pour lui attribuer une conception dont l'opinion publique de la France et de toute l'Europe s'obstine à faire honneur au héros de l'Italie? Il me semble que, n'ayant pas là-dessus d'autres données que le public, il ne peut se faire une opinion contraire à celle de la renommée, et s'il est obligé d'attribuer à Bonaparte la proposition de cette entreprise célèbre, osera-t-il dénoncer le libérateur des peuples

comme le complice, ou plutôt comme le fauteur d'une trahison ?

Mais que cette conception nous appartienne ou qu'elle nous ait été inspirée, voyons si nos désastres étaient la suite inévitable de Texpédition d'Egypte.

II. n'est pas exact de présenter l'invasion de ee pays comme une violation du territoire ottoman. Les Mamelouk?* y formaient une puissance indépendante par le fait. II? s'étaient montrés depuis longtemps ennemis du Grand-Seigneur, de toutes les nations européennes, et particulièrement des Français, envers lesquels ils s'étaient rendus, surtout depuis la révolution, coupables d'insultes, de vexations et d'avanies sans nombre. Aussi la descente de Bonaparte ea Egypte fut -elle généralement considérée comme un passage sur un territoire ennemi pour aboutir à l'accomplissement de desseins plus vastes. L'on publia partout que les Français allaient se diriger sur l'Inde pour y frapper l'Angleterre au cœur de sa puissance. Cette opinion était si bien accréditée que la Porte, loin de donner aucun signe de mécontentement lors du débarquement des troupes républicaines, parut, au contraire, très-disposée à agir selon ses vrais intérêts, qui consistaient moins à conserver un titre de propriété aussi illusoire que celui de nos ci devant rois sur la Navarre, qu'à se maintenir dans ses véritables États contre les entreprises si souvent répétées de Vienne et de Pétersbourg.

L'époque de l'entrée du Grand-Seigneur dans la coalition date du funeste combat d'Aboukir. C'est un des principaux caractères de la faiblesse de se joindre aux oppresseurs contre ceux qu'elle croit opprimés. La ruine de notre flotte nous donna pour ennemis ceux que notre prospérité aurait conservés parmi nos alliés. La cour de Londres peignit la république française comme une puissance qui disparaîtrait bientôt du système politique de l'Europe. L'or versé à pleines mains dans le Divan fit le reste, et la Russie elle-même, qui, bien qu'en état de guerre avec la France, n'avait paru jusqu'alors disposée à aucune entreprise hostile, changea tout à coup de politique et vou*

lut aussi contribuer à la chute d'un ennemi qu'elle n'avait osé combattre au milieu de ses succès.

Ainsi, ce n'est que par le désastre d'Aboukir que l'expédition d'Egypte a été funeste, si toutefois on peut qualifier ainsi une entreprise dont un héros a suivi le cours avec un éclat et une activité si rares. La journée d'Aboukir, dis-je, est la seule cause à laquelle il serait peut-être raisonnable d'attribuer quelques-uns de nos revers, et tout le monde sait qu'aucune prudence humaine ne pouvait la prévoir.

Était-il possible en effet de présumer qu'un amiral, du choix du général en chef et qui avait donné tant de preuves de zèle et d'habileté, ferait des fautes aussi décisives que celles qui ont amené nos malheurs, et n'est-il pas reconnu qu'ils viennent, d'une part, de ce qu'il a tardé pendant un mois à exécuter l'ordre de faire entrer son escadre dans le port d'Alexandrie, et d'un autre côté, de ce qu'il n'a pas pris la précaution que l'homme le moins expérimenté aurait prise, pour ne se pas laisser doubler par l'ennemi? Si la mort courageuse de cet amiral justifie sa loyauté, il n'en est pas moins vrai que sa conduite est tellement hors de toute vraisemblance, qu'il était impossible que le Directoire et le général chargé de l'expédition fissent entrer rien de semblable dans leurs calculs. D'ailleurs, une sorte de sécurité leur était d'autant plus permise, qu'il y avait lieu de croire que les Anglais n'entreraient pas dans la Méditerranée, ou qu'ils n'oseraient s'y enfoncer. La perfide cour des Deux-Siciles n'avait pas encore levé le masque, et les traités étaient si formels, qu'à moins d'une violation inouïe jusqu'alors, nous devions rester les maîtres de cette mer. Dira-t-on que le Directoire favorisa secrètement la trahison de Naples, et que l'ouverture de ses ports à nos ennemis fut l'effet d'un accord criminel? Certes, il en tira bientôt après une vengeance assez éclatante pour faire tomber un soupçon si atroce et en même temps si absurde.

Disons-le franchement : l'expédition d'Egypte peut être regardée comme une entreprise hardie, et sous ce point de vue, il ne serait pas étonnant que quelques bons esprits

l'eussent envisagée avec une sorte d'effroi. Qu'est-il arrivé cependant? Que les plus timides, se confiant à la fortune de Bonaparte, attendirent en silence, et même avec un espoir que rien encore ne dément, l'issue de cette grande tentative. Non-seulement personne alors ne s'avisa de la taxer de trahison , mais encore il ne fut pas exprimé un doute de nature à faire suspecter nos intentions, ou même à blâmer notre politique. Bien loin de là ; c'est une vérité, que l'opinion publique sembla venir d'elle-même au-devant de notre détermination. Tout le monde sait que, lorsque le C. Monge, envoyé à Paris pour apporter le traité de Campo- Formio, exprima cette idée dans son discours au Directoire, elle fut saisie avec avidité par tous les citoyens et par la plupart des membres du Corps législatif. On n'a pas oublié, sans doute, que l'un de ces derniers, qui siège encore aujourd'hui au conseil des Cinq-Cents, publia rur cet objet un mémoire dans lequel il présentait l'expédition d'Ég^'pte comme un projet vaste, d'une haute sagesse, et dont l'exécution promettait à la république les plus grands moyens d'élévation et de prospérité. )

L'expédition d'Egypte, qui d'ailleurs s'est faite au mépris de la constitution et de la représentation nationale elle-même, est donc la conspiration la plus réelle et la plus sérieuse qui ait encore existé contre la sûreté intérieure et extérieure de la république.

(Et c'est après dix-huit mois d'un silence absolu, lorsque nous ne sommes plus en place et à l'occasion de revers qui ne sont pas sans remède, qu'on vient prophétiser après coup, venger la constitution et la représentation nationale méprisées, dit-on, et qualifier de conspiration ce qui ne serait tout au plus qu'un faux calcul !

La constitution et la représentation nationale ont été méprisées 1

Quoi! parce que, dans la répression d'une longue suite d'insultes et de véritables hostilités de la part des Mamelouks, entreprise qui ne pouvait avoir de succès qu'autant que le secret serait inviolablement gardé, le Directoire a profité de la latitude que lui donne Tarticle 328 de la con-

stitution, r expédition a été faite au mépris de cette cànstltation et de la représentation nationale ? Législateurs ! faites-vous représenter le message que le Directoire adressa dans le temps aux deux conseils : vous y verrez que quand la descente en Egypte n'aurait eu pour objet que la punition des Mamelouks, nous serions encore dans les termes de notre pacte social.

Mais, en supposant que cela pût alors être mis en doute, ne serait-il pas levé par les actes approbatifs du Corps législatif? Sans compter les décrets de bien mérité de la Patrie, rendus à l'unanimité en faveur de l'armée d'Egypte, quels sont les orateurs qui n'aient pas applaudi à cette entreprise, et coiubien j'en p3urrais nommer qui approuvèrent hautement le mystère dont elle était environnée! Serait-il donc vrai que les hommes d'État sont sages ou criminels au gré des événements ! Et quand on adopterait cette maxime machiavélique, quel est celui de nos ennemis qui oserait assurer que le salut de la France ne sera pas encore le fruit de l'entreprise qu'on nous reproche comme un attentat capital? N'est-ce donc pas un avantage inappréciable d'avoir pris une position, dont la seule occupation est un sujet d'inquiétude pour les Anglais dans l'Inde, et d'où l'on peut, au premier moment favorable, leur porter les coups les plus funestes? Si les événements n'ont pas encore permis à nos troupes de se diriger de ce côté, leur marche a-t-elle été pour cela moins glorieuse, et n'avons-nous pas encore de grandes espérances à concevoir? Dans quelque temps peut-être, ceux-là mêmes qui voudraient nous traîner à réchafaud, pour la prétendue déportation de Bonaparte et de quarante mille Français, seront les premiers adulateurs du vainqueur de la Syrie. 0 hommes ! ô esprit de parti * ! )

1. Cette prédiction s'est vérifiée dans toute son étendue. 11 n'est presque pas un seul de ces zélés défenseurs de la souveraineté du peuple et des droits du Corps législatif, de ces fiers ennemis du pouvoir exécutif, qui n'ait été sous Bonaparte le plus rampant des courtisans et qui n'ait insulté à toute autorité autre que celle de ce détestable despote. Texier-OIivier, auquel j'ai répondu dans un écrit qui précède celui-ci, devenu prôfet de l'un de nos départements, n'a pa=( été assurément le

Et qu'on ne dise pas que c'est l'ineptie des ex-directeurs qui a occasionné nos revers actuels. C'est bien réellement leur trahison, quand on voit qu'ils ont ronîpu avec les États-Unis d'Amérique en même temps qu'avec l'empire ottoman, pour donner ainsi plus de consistance et plus de latitude à toutes les branches de k nouvelle coalition;

(Cependant, s'il faut en croire nos dénonciateurs, ce serait encore nous faire trop de grâce de ne nous accuser que d'ineptie. Pour corroborer la preuve de notre trahison, on fait coïncider des événements qui n'ont pas le moindre rapport entre eux, et, pour se mettre plus à l'aise dans les conséquences, on va jusqu'à dénaturer les faits; comme s'il n'était pas de la plus haute notoriété que, malgré toutes les provocations du gouvernement américain, avec lequel on nous accuse d'avoir rompu à dessein de susciter un ennemi de plus à la république française, nous nous sommes conduits envers cette puissance avec une telle sagesse et une telle modération, qu'elle a enfin pris le parti d'envoyer en France trois ministres pour aplanir toutes les difficultés qui ont pu s'élever entre les deux nations. La mauvaise foi peut-elle se signaler elle-même avec plus d'évidence?)

et encore quand on rapproche de ces deux événements toutes les autres perfidies que leur diplomatie a commises depuis deux ans en Hollande, en Suisse et en Italie.

Quoi! l'empire ottoman, les puissances barbaresques et les États-Unis d'Amérique, qui n'auraient jamais pensé ni consenti à seconder la coalition, ont été ouvertement provoqués par ceux qui devaient à tout prix les ménager; et l'on ne verrait pas là un fait exprès, une intelligence marquée avec les coalisés, et enfm une coïncidence parfaite avec leur plan d'armer toute la terre contre nous?

( Il en est de même du reproche fait à notre diplomatie, pendant deux ans, en Hollande, en Suisse et en Italie. Que

plus exempt d'un semblable reproche. Combien de ces gens-là jouent encore le môme rôle aujourd'hui, en 1818! {Noie de l'auteur.)

iU MÉMOIRES DE LAREVELLIÈRE-LÉPEAUX.

répondre à des allégations aussi vagues, à moins que d'entreprendre l'apologie de notre conduite dans ces divers pays! Au reste, ce n'est pas ici le lieu de traiter cette matière. J'y reviendrai, en réfutant les griefs de la troisième dénonciation, qui, sans avoir toute la précision qu'on aurait droit d'exiger dans des griefs, est au moins articulée avec un peu plus de détail. En attendant, je vais suivre le dénonciateur Ruelle ; peut-être m'a-t-il, sans qu'il s'en doute, mis sur la voie de son secret.

Ancien agent diplomatique, vous devez savoir que dans ces sortes de matières il n'y a point d'expression indifférente. Qu'avez-vous entendu, lorsque vous avez dit qu'il fallait ménager a tout prix les puissances barbaresques et les États-Unis d'Amérique ?

Pour ce qui regarde les puissances barbaresques, nous ne leur avons fait aucune provocation, et ce n'est que parce que le Grand-Seigneur les y a contraintes qu'elles se sont déclarées nos ennemies; ainsi nous devons d'abord les rayer de votre dénonciation : mais les États-Unis d'Amérique, qu*eût-ce été que de les ménager a tout prix? Si, par exemple, ils avaient élevé des prétentions ruineuses pour notre commerce et visiblement - partiales en faveur de l'Angleterre, fallait -il les sanctionner aveuglément, au risque d'achever notre ruine? Fallait-il céder à des insinuations, ou donner dans des pièges de tout genre, qui auraient abouti au renversement de la république?)

Mais veut-on faire échouer cette conspiration, forcer bientôt les Russes à retourner chez eux, et enlever aux Anglais leur influence sur l'Amérique? Eh bien, c'est de faire la paix avec les Turcs et les Américains; c'est de leur porter, à cet effet, un désaveu de la nation sur les violences qui ont été faites; c'est...

(Citoyen agent diplomatique, prenez-y garde, les hommes d'État sont attentifs à la plus légère indiscrétion. Voyons si vous n'en avez pas commis de plus grande. Selon vous, le moyen de remédier à nos maux, c'est de faire la paix avec

les Turcs et les Américains, c'est de leur porter à cet effet un désaveu de la nation sur les violences qui ont été faites ; c'est. .. Ici vous vous arrêtez ; mais je vous ai, je crois, assez bien compris pour continuer à votre place. — Pour obtenir la paix, je ne dirai pas de l'Amérique, puisque nous ne sommes pas en guerre avec elle, mais des Turcs, que nous aurions dû ménager à tout prix, il faudra sans doute évacuer l'ÉgNpte et la Syrie, et faire rétrograder Tarmée de Bonaparte, qui s'approche un peu trop de Constantinople. Il faudra de plus indemniser la Porte, les beys, les Mamelouks ; car quelle autre manière de désavouer les violences faites par les républicains? Ce n'est pas tout: pour être conséquent à ce système de désaveu, il faut de suite évacuer Malte, et abandonner l'Italie, la Suisse et la Hollande; renoncer à tout projet de limites naturelles, restituer tous les pays réunis, nous renfermer dans les anciennes limites de la France, et rappeler le prétendant. Oh! je crois bien qu'alors votre plan diplomatique ayant reçu son exécution, les Russes n'auront plus qu'à retourner chez eux. Dénonciateur imprudent, comment voulez-vous que j'interprète autrement cette soif de la paix, que vous voulez avoir à tout prix, et cette réticence marquée par des points, auxquels vous avez voulu que le lecteur trouvât un sens* quelconque? Non, Je ne suis point dans l'erreur : non, il n'y a point d'autre manière de combler cette lacune que vous avez mise exprès dans votre écrit.)

Et comme la meilleure manière d'exprimer le désaveu dont il s'agit consiste à mettre en accusation les membres du Directoire qui ont ordonné la violation du territoire ottoman et amené notre rupture avec les États-Unis de l'Amérique, je crois, citoyens représentants, devoir appeler votre attention sur cette mesure.

(Je n'en veux pour preuve que la manière dont il finit. Elle est digne en effet du surplus de la dénonciation. La satisfaction la plus agréable qu'on puisse donner aux puissances coalisées pour le rétablissement du trône, c'est de leur porter la tête des fondateurs et des plus fermes sou-

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tiens de la république. Cette conséquence atroce de raisonnements absurdes ne pouvait sortir que de la plume d'un ancien agent diplomatique, vraiment digne d'être employé dans la cour du prétendant. Et c'est sur de pareilles dénonciations que des républicains ont à se justifier I 0 ma patrie! ô république! )

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