DEUXIEME DENONCIATION
La république prête à succomber sous les tyrans que vous venez d'abattre; nos armées sacrifiées et manquant de tout; nos alliés, ces peuples que nous avons rendus libres, et qui sont aujourd'hui les victimes de cette grande trahison; le sang républicain versé dans l'intérieur peut-il se calculer de sang-froid?
(Allégations vagues : pas un fait, pas une ombre de preuves. Rien, que l'expression d'une fureur aveugle.)
Les finances anéanties, l'immense gage de nos ressources (une partie des biens nationaux) dissipé et consommé sous la gestion d*un ministre si digne d'être l'agent des tyrans, s'il n'en est le complice. Oui, législateurs, la république, vendue à l'extérieur et trahie dans l'intérieur par la majeure partie des autorités, se voyait à la veille d'être dissoute, q-uand l'étincelle du feu sacré de la liberté se montra dans le sein du Corps législatif; alors les tyrans tremblèrent et furent anéantis.
{Toile! toile! crucifîge!)
Mais ce n'est pas tout, législateurs; leur punition seule peut réparer tout le mal qu'ils ont fait. Sans elle, en vain prendrez-vous toutes les mesures que vous croirez capables de sauver la chose publique; vous manquerez votre but. Non, tant que qcs coupables souilleront de leur présence le sol delà liberté, tant que les Merlin, les Revellière, les Treillard, les Rewbell, les Schérer, les Talleyrand, les Ramel, etc., etc., resteront libres et impunis, vous ne verrez en France que souci, méfiance et indignation.
(Changez les noms et mettez-y ceux de Guadet, Vergniaud, Condorcet, etc., etc , vous retrouverez cette pièce, mot pour mot, dans les bulletins de 1793. )
i28 MÉMOIRES DE LARE VELLIERE-LÉPEiVUX.
Quoi! qu'attendez-vous pour les frapper eux et leurs complices? La république entière attend cet acte de justice, l'humanité outragée le réclame, le bien public l'exige et vous en fait un devoir : livrez donc, législateurs , livrez aux tribunaux ces monstres couverts de tous les crimes;
{Crucifige! crucifige!)
vengez la nation entière; épouvantez ceux qui voudraient les imiter, et assurez le bonheur du peuple : la justice la plus prompte rendra à la grande nation l'énergie dont elle jouissait dans les beaux jours de la révolution.
(Ceux de 1793, apparemment?)
La punition des grands coupables sera la garantie des rentrées au Trésor public; elle sera l'encouragement le plus fort pour le recrutement dont nous avons besoin; elle comprimera les ennemis de la république, redoublera l'ardeur des amis de la patrie.
(C'est ce qu'on disait en demandant la tête des 22 et des 73.)
Évincez de toutes les administrations civiles et militaires tous les ennemis du peuple qui s'y trouvent; remplacez-les par des républicains probes et vertueux; n'oubliez pas surtout les tribunaux qui ont laissé égorger de sang-froid sous leiirs yeux tant de républicains.Tels sont nos vœux, citoyens légistateurs. Nous vous , les exprimons avec la franchise qui caractérise des hommes libres; punissez les coupables sans aucune considération particulière, dans telle place qu'ils soient : le peuple est là, et sera toujours prêt à vous seconder.
Vive la république, vive la constitution de l'an m.
(Il est possible que quelques tribunaux ne soient pas composés comme ils devraient l'être; mais le rédacteur de cette pièce est-il bien désintéressé? n'aurait-il pas la prétention et l'espoir de remplacer quelqu'un de ceux dont il demande la destitution?
Et moi, je le dis avec une courageuse liberté, si, sur de semblables déclamations, les magistrats et les citoyens
peuvent être arrachés à leurs fonctions, à leurs familles, et traînés devant les tribunaux, il n'est pas une seule autorité qui ne puisse être dissoute en un jour, pas un homme de bien qui veuille accepter un emploi, pas une assemblée i législative qui ne devienne un affreux théâtre sur lequel les acteurs se proscriront alternativement, et l'innocence abandonnée, sans défense, sans asile, n'a plus qu'à s'offrir à ses bourreaux comme aux temps des Marins et des Sylla , comme aux jours épouvantables de Marat et de Robespierre.)