PREMIER CHEF
Ils ont violé les droits des nations,
i" En attaquant, sans manifeste, sans déclaration préalable, sans le concours du Corps législatif, l'empereur ottoman, notre allié, par l'envahissement de l'Egypte, pays de sa domination, lorsque ce gouvernement, loin d'être en état d'hostilités imminentes ou commencées, de menaces ou de préparatifs de guerre contre la république, avait, au contraire, son ambassadeur auprès de nous.
(Voyez ma réponse à la première dénonciation, pages 118 à 122.)
2° En envahissant sans manifeste, sans déclaration préalable, sans le concours du Corps législatif, l'Helvétie, lorsque ce gouvernement n'était ni en état d'hostilités imminentes ou commencées, de menaces ou de préparatifs de guerre contre la république et que les griefs ou plaintes que nous avions à former contre lui pouvaient être redressés, ou par les changements que l'opinion préparait dans cet État, ou par les arrangements que notre situa-
tion et les Iraités nous donnaient le droit de proposer et d'attendre.
(Le pays de Vaud, quoique sujet de l'oligarchie bernoise, jouissait de certains privilèges dont la garantie lui était assurée par la France en vertu d'un traité dont la date m'est échappée*. Ce pays, opprimé et privé de la jouissance de ses droits, ayant invoqué la protection de la république française, le Directoire exécutif crut qu'il était de son devoir de se conformer au traité par lequel le gouvernement français s'était porté son garant. 11 envoya au secours des Vaudois une colonne républicaine sous le commandement du général Brune, avec ordre de repousser seulement la force par la force et de ne passer les bornes du pays de Vaud, que dans le cas où il se commettrait contre lui des actes d'hostilité. Fidèle à ses instructions, le général Brune n'ordonna au général Schauwenbourg d'attaquer et n'attaqua lui-même qu'après une fusillade dirigée sur ses troupes et après de longues conférences entre lui et les envoyés du gouvernement helvétique, durant lesquelles il fut impossible de parvenir à un accommodement. Telle est la cause et l'origine de notre entrée sur le territoire helvétique, et certes, il n'y a rien là que de très-légitime. Pour prouver maintenant la légalité de cet acte et démontrer que le Corps législatif en a été averti, conformément à la Constitution, il suffira de jeter un coup d'oeil sur le message adressé à ce sujet aux deux conseils. 11 mettrad'ailleurssous les yeux des représentants du peuple des détails qui ne me sont pas présents, et les marques éclatantes que le Directoire reçut alors de l'assentiment unanime des conseils prouveront jusqu'à l'évidence que le Corps législatif se regarda comme légalement averti, aux termes de la constitution. Il en résultera encore que les gouvernements oligarchiques helvétiques étaient bien réellement en état d'hostilités imminentes et commencées, puisque le général français, qui n'était là que pour l'exécution d'un traité, ne fut point
1. On a vu, page 200, tome II, que ce traité de garantie est du 26 avril 1505. (0. L. L.)
l'agresseur, et que, forcé de combattre, il trouva des préparatifs de guerre tels, que la victoire longtemps disputée fit le plus grand honneur à l'armée française. Tout le monde sait que nos guerriers eurent à combattre des troupes nombreuses et dont la bravoure ne démentit point l'ancienne renommée.
Et que faut-il donc pour constater les intentions hostiles d'un gouvernement? En quel lieu Wickam, l'un des plus astucieux agents de l'Angleterre, ourdissait-il ses plans contre la liberté française? n'était-ce pas au sein de l'oligarchie de Berne, et ne devait-il pas paraître heureux que son obstination à ne pas exécuter les traités envers le pays de Vaud fournît une occasion légitime de la punir de ses torts envers nous, et de tirer de sa punition même de très-grands avantages pour notre république? Qui ne sait que par le renversement de l'aristocratie helvétique le peuple français se trouvant lié d'intérêts comme de principes avec l'un des plus courageux et des plus estimables peuples qu'il y ait sur le globe, il en résultait pour la liberté des deux nations une stabilité à l'épreuve de toutes les attaques? Étaitce un projet si condamnable que celui d'unir la Hollande, la France, l'Helvétie, la Cisalpine et la Ligurie par une contiguïté non interrompue de territoire, dont l'effet devait être d'établir entre elles des communications sûres et promptes, de se soutenir les unes les autres par la mutualité des secours, et de tirer, au profit de toutes, un parti avantageux d'une pépinière d'excellents soldats et de positions formidables? De ce que- les intrigues de l'Autriche et de l'ancienne oligarchie, l'or de l'Angleterre et le fanatisme ont détruit momentanément une partie de ses heureux effets, la perspective en était-elle moins réelle, et ne l'eût- elle pas été, faudrait-il monter sur l'échafaud pour en avoir été séduit?
Que notre position est étrange ! On nous dénonce comme des conspirateurs, et les principaux griefs dirigés contre nous sont d'avoir voulu blesser à mort les deux plus éternels ennemis de l'État. L'expédition d'Egypte, malgré la funeste journée d'Aboukir, doit un jour ruiner les Anglais
dans l'Inde, si, comme tout l'annonce, les Français se maintiennent dans TOrient; et c'est un crime pour lequel on menace nos jours! L'aristocratie helvétique était l'arsenal de la contre-révolution en France, et il faut que sa destruction soit payée de notre tête ! Nous sommes coupables de n'avoir pas borné njotre sollicitude à ce que les griefs ou plaintes que nous avions à former contre la Suisse fussent redressés par des changements que Vopinion préparait dans cet État, ou par les arrangements que notre situation et les traités nous donnaient le droit de proposer ou d'attendre! Mais en quoi consistaient les changements que l'opinion préparait dans un pays dont Wickam était le régulateur, et qu'aurions-nous obtenu de négociations durant lesquelles les machinations de l'Angleterre auraient peut-être atteint leur but, le renversement total de notre constitution? A la nature des reproches» qu'on nous fait, on serait tenté de croire que ce n'est pas une conspiration contre la république française qui nous est imputée, mais qu'on cherche à déjouer une conspiration contre l'Angleterre. Oui, je le répète hardiment, il faut être Autrichien ou Russe pour nous faire un crime, le 25 messidor an vu, environ un mois après l'horrible catastrophe qui a dissous le congres de Rastadt, de n'avoir pas tenté la voie des négociations avec un gouvernement connu par son astuce et contre lequel on avoue que nous avions des plaintes à former et des redressements à obtenir'.)