‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 53 sur 81 · De Wurtemberg · texte numérisé non relu

De Wurtemberg

PIÈGES JUSTIFICATIVES. 3i7

tranquillité. Le ministre des affaires étrangères, M. de Zeppelin, agit avec moi avec toute Ja franchise qu'un républicain doit raisonnablement attendre d'un homme dans sa position. Depuis que sa cour est à Louisbourg, à trois lieues d'ici, il ne fait pas un voyage à Sluttgard sans venir me voir et me donner les nouvelles qui lui sont parvenues. J'ignore si le parti qui désire une révolution juge et peint ma conduite comme défavorable aux patriotes. Pour moi, organe et exécuteur de traités pacifiques, je ne pense pas, dans ma conscience, pouvoir me conduire autrement que je fais. Je ne crois pas que le duc nous aime, mais il nous craint, et je le force à nous estimer. Placé d'un côté entre la peur de l'Autriche et la peur de la république, il a pourtant laissé partir le ministre de l'empereur trèsirrité, très-indigné contre lui, et la conduite emportée de ce dernier m'a été si utile, que le duc m'a dit un jour, en pleine cour, qu'il me priait de croire qu'il savait apprécier ma loyauté, ma délicatesse, et distinguer mes procédés de ceux de quelque autre ministre; et celui-là y était encore, et assez près de nous. — Et cependant je sais très-bien que le duc n'a jamais aimé les Français.

Ce pays n'est point un pays d'oppression ; il a sa constitution, ses libertés, ses privilèges indépendants du duc, ou plutôt il les partage avec lui. Toutes les fortunes sont dans le peuple, à la campagne; la noblesse de la cour est aussi pauvre qu'en général ignorante. Mais il y a beaucoup de lumières dans la classe mitoyenne ; en revanche nul courage chez personne. Les Wurtembergeois ne sont guère moins poltrons que des Italiens. Je suis très-persuadé que la révolution se fera, que le temps n'en peut être éloigné, mais je me borne à en hâter l'époque par la seule influence de l'estime et de l'amour que je veux concilier à la cause républicaine. Si je n'ai pas le talent nécessaire pour prêcher la liberté, pour étendre ses conquêtes par les armes, je lâche au moins de les augmenter dans le cœur des hommes, en leur montrant sans cesse le gouvernement français comme le plus juste, le plus loyal et le plus généreux des gouvernements.

Me voilà maintenant le plus avancé des ministres dans l'intérieur de cette partie de l'Allemagne, depuis le départ des citoyens Bâcher et Alquier. Aussi le général Jourdan me croyait-il moi-même parti de Stuttgard, et il a envoyé ici ce matin un officier pour s'en assurer. Ceci tient à un fait qu'il est important de vous dire :

Avant-hier, 27 ventôse, je reçois à neuf heures du matin, un courrier extraordinaire de la légation française à Rastadt, m'apportant une lettre des ministres qui m'envoyaient copies de deux lettres, en date du 26, du général Châteauneuf-RandonS qui commande à Strasbourg. Ils me demandaient les éclaircissements les plus positifs et les plus prompts sur le contenu de ces lettres : or le général leur mandait, dans la première, qu'il avait appris, le 26, à quatre heures du matin, que les Autrichiens marchaient à grands pas vers Strasbourg; que ses moyens étaient très-faibles ; qu'on l'assurait que l'ennemi faisait un mouvement particulier sur Rastadt; que la défense de cette frontière avait été bien aventurée par la jonction du général Jourdan avec le général Masséna. — Dans la seconde, il témoignait aux plénipotentiaires son inquiétude sur leur propre sûreté, leur rappelait le sort des citoyens Quinette et Lamarque^ leur demandait s'il n'y avait pas de danger pour eux, et leur promettait toutes les mesures propres à assurer leur retraite ou à protéger leurs personnes.

Quoique bien sûr du peu de fondement de cette alarme, je courus chez deux personnes de confiance, qui pouvaient me donner des éclaircissements. Rien ne leur était parvenu, non plus qu'à moi. J'exprimai dans ma réponse aux plénipotentiaires toute ma surprise; je leur marquai qu'il me paraissait que le général Châteauneuf-Randon avait été

1. Gentilhomme du Gévaudan et officier de cavalerie, le comte de Châteauneuf-Randon, député de la noblesse aux états généraux, prit avec violence le parti de la révolution. Membre de la Convention, il y vota avec la Montagne. Générai de brigade sous le Directoire, il commandait à Strasbourg. Il fut quelque temps préfet des Alpes-Maritimes après le 18 brumaire, et mourut en 1816. (0. L. L.)

2. Livrés aux Autrichiens par Dumouriez le 1" avril 1793. (0. L. L.

trompé par des malveillants , des traîtres et des espions ; qu'il suffisait de jeter les yeux sur la carte pour se convaincre de l'absurdité de pareils bruits; qu'il n'y avait pas encore de troupes ennemies dans la Franconie ; qu'on attendait bien dans ce cercle et à Wurtzbourg vingt-cinq raille ou quinze mille Autrichiens et vingt-quatre mille Russes, mais qu'ils ne pouvaient remuer, et surtout marcher sur Rastadt, sans que le général Bernadotte dût le savoir ; que l'armée de l'archiduc Charles ne s'étendait pas plus avant de ce côté-ci que Llm; qu'ainsi elle ne pouvait, depuis Ulm jusqu'à Constance, faire un mouvement sans s'approcher, soit de Stuttgard où je suis, soit de Tubingue où j'ai des relations sûres, soit des différentes positions occupées par les généraux Vandamme , Saint-Cyr, Jourdan , Férino, sur le corps desquels il fallait marcher pour arriver à Rastadt, à Kehl et à Strasbourg (car le courrier m'ajoutait que le général Châteauneuf-Randon avait fait évacuer Kehl , mis Strasbourg en état de siège, et que le général Jourdan avait dû repasser le Rhin : vous jugez de l'impression que la terreur panique du commandant de Strasbourg avait faite à Rastadt). Enfin je leur témoignais le désir qu'une pareille crainte ne parvînt pas à la connaissance de nos ennemis, qui, dans l'hypothèse du plus léger succès, ne manqueraient pas de tâcher d'en tirer parti.

Quant à moi, quelque procédé que voulût tenter l'archiduc à mon égard, aussi longtemps que le Directoire exécutif ne m'ordonnera pas de quitter cette résidence, ou que le duc dd Wurtemberg ne déclarera pas qu*il veut faire la guerre à la république, ou qu'il refuse de protéger le droit des gens dans ma personne, je resterai à mon poste. Je me considère comme une sentinelle; il faut que je sois relevé de ma consigne avant de me retirer.

Trouvé.

Lettre du citoyen Savioli ^ au directeur Larevelliere-Lèpeaux.

Citoyen directeur,

Les circonstances imprévues qui ramènent au sein de leur patrie la respectable famille des Trouvé m'offrent le moyen de vous écrire, et de vous assurer de l'inviolabilité de mon attachement respectueux. Permettez-moi en même temps de vous tracer avec ma franchise républicaine le tableau fidèle des malheurs de la république cisalpine, de cette république à laquelle la France s'était noblement proposé d'assurer son indépendance et son bonheur. Hélas I nous sommes encore plongés dans la plus affreuse anarchie. L'on sanctionne à chaqi.ie instant des lois qui blessent la constitution, et nos finances sont dilapidées. Des gens chargés de crimes, dont la moindre part est peut-être le vol, marqués en tout sens au coin de l'infamie, s'en sont emparés pour gagner leurs protecteurs, et Brune a touché le prix de ses envahissements militaires sur l'autorité civile. Au milieu de nos angoisses, l'arrêté du Directoire français, qui cassait tout ce que Brune avait fait, nous avait permis de nous abandonner aux plus belles espérances; mais Fouché, entouré, séduit, acheté même, dit-on sans détour, tergiverse, enhardit les méchants et fomente le désordre. Je ne saurais vous exprimer, citoyen directeur, le mécontentement de toute la Cisalpine en voyant l'administration pu-

i. Né à Bologne en 1734, Savioli s'était fait une réputation littéraire par divers travaux et surtout par des poésies devenues célèbres chez ses contemporains. Il était l'un des quarante sénateurs de sa ville natale, lorsqu'il fut disgracié par le gouvernement papal pendant la légation du cardinal Buoncompagni. Ayant embrassé les principes de la révolution française, il devint l'un des députés de la république cispadane, bientôt réunie à la cisalpine. Il siégea plus tard à la consulte de Lyon et resta fidèle aux idées libérales et modérées. Il mourut en 1804. (0. L. L )

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blique au pouvoir de ceux qui n'ont rien à perdre, et qui n'ont pas certainement la confiance du peuple. Chacun gémit. Les gens probes sont éloignés des emplois ou s'y refusent, et la France sûrement y perd presque autant que la Cisalpine. Je pense qu'on ne se conduirait pas autrement si l'on voulait vous nuire dans l'esprit public , et le préparer à des événements qui vous arrachassent en Italie la gloire de l'avoir délivrée de son esclavage. Encore il est certain que ces malheureux, qui ne sont enfin qu'une poignée, seraient peut-être capables, malgré leur patriotisme emprunté, de la vendre à l'enchère, si vous cessiez de veiller sur elle. En attendant, les cercles qu'on a rouverts menacent les poignards et les poisons (sic), et à quels citoyens? A ceux qui vivent tranquilles dans leurs foyers, qui ne cabalent pas, qui obéissent à la loi avec toute l'exactitude possible, et qui n'ont d'autres crimes que celui d'être plus à leur aise que les scélérats qui voudraient se partager leurs dépouilles. C'est pour l'honneur de la France, qui ne, voudra pas se démentir vis-à-vis de toute l'Europe, que je vous invoque, citoyen directeur. Au nom de la loyauté, de Thumanité et de la justice, et de tout ce qu'il y a de plus sacré, faites en sorte qu'on respecte vos déterminations, que tout rentre dans l'ordre, et que le calme soit rétabli. Il est de votre intérêt s'il y aura la paix, il l'est davantage s'il y aura la guerre {sic). Vous voyez assez tous les risques qu'on court en mécontentant; mais je ne vous rappellerai que le seul d'être obligé à punir des révoltes, ou à prendre des précautions pour les éviter.

Un seul mot par rapport à moi, citoyen directeur. Vous me ferez, j'espère, la justice de croire que ce n'est pas l'ambition, ni tout autre intérêt particulier qui m'engage à réclamer coirtre l'infraction d'un acte solennel avoué par la France. C'est le serment que j'ai fait de mourir libre et de garantir autant qu'il est en mon pouvoir l'indépendance de la Cisalpine et la souveraineté de son peuple, qui seul est devant mes yeux, et je me croirais déshonoré si j'osais garder le silence. Le moment que je me retirerai chez moi en renonçant à toutes affaires publiques n'est peut-être pas

trop loin. A mon âge, on est désabusé de beaucoup d'illusions, et il doit être permis, j'espère, de se reposer.

Mais que je regrette le brave citoyen Trouvé que vous aimez! De toutes les louanges que je pourrais lui donner, je m'en tiens à une seule. Il s'en va sans fortune, comme il est venu.

J'ai peut-être abusé de votre bonté pour moi dans ma prolixité. Je vous en demande pardon au moment que j'ai l'honneur de vous présenter les assurances de ma profonde estime et de ma plus haute considération.

Salut et respect.

Louis-Victor Savioli,

Milan, 13 frimaire an vu républicain.

Extrait d'une lettre au même^ adressée par Audouin, nommé consul à Messine.

Rome, 12 brumaire an vu de la république.

L'Italie , en général , est agitée par de sourdes intrigues qui accusent la perfidie de l'étranger, et dénoncent l'inaction insouciante ou l'ignorance trop active de quelques-uns de ceux qui doivent veiller avec sagesse au repos de ces contrées si intéressantes pour la république française. On travaille peu à y établir la sécurité, sans laquelle on n'y trouvera ni zèle soutenu pour la France, ni grandes ressources, ni esprit public, ce créateur de toutes ressources. L'intention du Directoire est néanmoins de les attacher de plus en plus à la grande nation. L'amour de l'humanité, la haine contre les gouvernements despotiques , la gloire de la France, son intérêt, tout persuade aux gens de bonne foi que la volonté du Directoire est d'établir solidement la liberté en Italie, et, de cette conviction , les gens de bonne foi concluent que la pensée du Directoire n'est pas tou-

jours la règle suivie. On traite un peu les habitants de ces pays comme si on devait entièrement les saigner, et les livrer ensuite au premier tyran qui leur offrira un morceau de pain. Cette opinion même contribue beaucoup à jeter dans l'Italie cette inquiétude souterraine, destructive de toutes grandes conceptions et de la chaleur nécessaire pour la consolidation du système républicain. Ceux qui ne se donnent pas la peine d'examiner les choses à fond prennent là leur texte pour déclarer que ces Italiens, ces Romains sont indignes de laliberté.k ce blasphème politique et antihumain j'oppose la patience de ces peuples au sein de la misère, leur admiration pour le soldat français, leur éloignement sensible des idées fanatiques, leur attitude sombre à l'aspect de ceux qui, chargés de leurs dépouilles, insultent à leur indigence. Ils distinguent très-bien le Français qui sert leur patrie de celui qui la vexe pour son propre intérêt; ils feraiont sans peine le sacrifice de tout, s'ils étaient stars qu'ils le font à la république française et à* ses défenseurs. Et on vient ensuite peindre leur mécontentement comme un refus de liberté constitutionnelle î Et on apporte en preuve de cette calomnie contre ces peuples, l'absence de l'esprit public! ah plutôt, que, sans leur lâcher la bride, on leur témoigne quelque confiance ; qu'on les rende moins misérables que sous leurs despotes, en les habituant au travail et en améliorant leurs mœurs; qu'on exige d'eux ce dont a besoin la république française pour l'armée qu'elle entretient en Italie, mais que quelques fripons n'en détournent pas une portion à leur profit; qu'on leur persuade bien qu'ils ne seront pas livrés à la tyrannie, et qu'ils ont dans le Directoire français un puissant ami ; enfin qu'ils soient gouvernés , non d'après les caprices sans cesse renaissarrts de tel ou tel individu, mais d'après les ordres philanthropiques du gouvernement français; et je réponds de l'Italie à la liberté et à la France; Mais si, en général, on suit la marche qu'on y tient, je vous garantis (tout en rendant la plus grande justice aux excellentes intentions de la commission de Rome), je vous garantis avec assurance, citoyen directeur, que, contre la pensée bien connue m.' 23

du gouvernement dont vous faites partie, l'Italie sera funeste à la liberté et par suite à la république française. Je vous offre franchement la masse de mes observations; j'aurais écrit plusieurs pages s'il avait fallu vous les développer. Je ne vous demande d'autre récompense que la conservation de votre estime:

Salut et respect.

P.-J. AUDOUIN, Consul de la république française à Messine.

P. S. Je ne vous envoie, au surplus, citoyen directeur, ces observations mûres, que dans la conviction intime où je suis que vous voulez tous, dans le Directoire, la prospérité des républiques d'Italie ; je dis des républiques, parce que je ne pense point qu'il fût politique de n'en former qli'une seule, ainsi qu'on en fait circuler le projet, en même temps qu'on les menace d'être englouties par la royauté. Ell«s seront en effet englouties par ce monstre si on parvient à leur faire secouer l'autorité tutélaire de la France , et si, pour arriver à ce but, on continue, par la conduite que je vous ai exposée, à établir le doute sur lés intentions du gouvernement français, à le faire peu à peu haïr, et des peuples qu'on épouvante de son abandon, et de l'armée à qui on insinue qu'elle ne repassera jamais les Alpes. Que l'ignorance des uns et la cupidité des autres engendre de mal! Que je regrette d'être témoin de tout ce que j'aperçois en Italie! Pourquoi la destinée n'a-t-ellepas voulu que j'allasse m'enfermer au pied de l'Etna avec ma triste compagne? J'ai du moins la consolation d'avoir esquissé la vérité. Nulle puissance sur la terre ne saurait me l'enlever. Mais que le Directoire, s'il a quelque pitié de moi, m'arrache à ce spectacle et m'envoie partout où il voudra.

Extrait iCunc lettre du citoyen Mangourit au citoyen Paganel ^ — Dilapidations et insolences du général Bélair,

Ancône, le 13 germinal an vii.

Tu ne peux te peindre la tyrannie et le brigandage qu'on exerce dans ce pays. Galonné, Mandrin, Gartouche n'étaient que des farceurs. On prend ici dans la poche publiquement.

Le général Bélair vient de nous quitter. 11 va commander dans la république romaine; apprends ce que c'est que le général Bélair, qui nous avait été signalé par Amelot comme un escroc.

Figure-toi que les fournisseurs des approvisionnements du convoi pour Corfou ont donné de force, pour être payés, 25 pour 100 au général Bélair, h à son état-major, 11 au préposé du payeur général de l'armée de Naples à Ancône. Tu sens que pour donner 40 pour 100 les fournisseurs doivent gagner 50 pour 100. Ainsi la république romaine, et en dernier résultat la nôtre, paye 100 écus pour avoir 10 écus de denrées effectives. Nous tenons ce fait du citoyen Hasden, Suédois ou Danois, l'un des fournisseurs.

Ce dernier nous a dit avoir été forcé de prendre la clef de la caisse, parce que des membres de l'état-major venaient le matin demander 50 piastres, 60, etc., pour besoins, ou pertes au jeu.

La veille du départ de Bélair il a fait demander à Asda, coassocié de Hasden , son phaéton en pur don : il a fallu le donner.

1. Mangourit, né à Rennes en 1752 et mort à Paris en 1829, était en l'an VII (1799) commissaire des relations extérieures à Ancône. Paganel, né à Villeneuve-d'Agen en 1745 et mort à Liège en 182G, avait été conventionnel, et était secrétaire général du ministère des relations extérieures lorsque cette lettre lui fut adressée. (0. L. L.)

Un officier est venu demander 700 piastres-, il a fallu les donner : 500 ont été pour Bélair et 200 pour Tétatmajor.

Bélair a demandé 2,000 piastres pour faire toucher à cette compagnie- l'arriéré. Elle a refusé, mais il a emporté à Rome plus de sept autres mille piastres.

Sous prétexte de besoins d'hôpitaux, d'ouvrages de fortifications, on a forcé l'administration départementale à prendre dans vingt-quatre heures, sur treize citoyens, la somme de 20,000 piastres. Elle a observé qu'une loi lui ôtait la faculté d'asseoir des contributions, que cette loi avait été faite par l'ambassadeur de France et revêtue de la sanction du consulat romain. Pour réponse Bélair a menacé de mettre l'administration centrale sur le vaisseau le Gùnércux et de l'envoyer à Corfou. Alors elle a indiqué treize citoyens, et ceux-ci, également menacés de déportation, ont fourni l'argent en protestant.

L'administration centrale précédente avait été traduite par-devant le tribunal criminel pour concussions et extorsions. Bélair a écrit au préteur qu'il avait examiné leur affaire et qu'ils étaient innocents; qu'ainsi il eût à empêcher les poursuites judiciaires.

Un fournisseur romain s'était arrangé avec la centrale pour fournir Ancône de combustibles et de grains : il avait déposé un cautionnement pour l'entrée fidèle de ces objets. 11 va la semaine dernière demander à Bélair une permission d'introduction. Le bureau de Bélair s'oppose à ce qu'un fournisseur S nommé Baroni, lui parle, et il lui demande 300 piastres pour prix de la permission. Baroni nous vient; Stamaty va vers Bélair, celui-ci feint d'être en colère, ne chasse point le coupable de ses bureaux, donne la permission gratis et demande à entendre Baroni. Stamaty l'envoie; mais il reçoit des coups de fouet; on lui dit: Ahl ah ! Gittadino romano.

Le Romain Marc-Emmanuel Fermi devait une lettre de

1. Au lieu de : qu'un fournisseur, faut-il lire que le fournisseur? (0 L. L.)

I change de 300 piastres , comme associé de la compagnie CavagnarL Cette compagnie, obligée de suspendre ses payements, attendu que le gouvernement romain ne pouvait remplir ses engagements avec elle, avait obtenu de ce gouvernement et de la commission française à Rome une surséance. Le porteur de cette lettre de change, nommé Raphaël Terni, s'adresse à la maison Bélair. On fait venir Fermi, on le menace de le mettre à bord du Généreux, il proteste de violence et paye.

Le maître de poste d'Ancône a reçu des coups de bâton du bureau du général, pour une voiture qu'il avait échangée et qu'on voulait lui faire reprendre pour 300 écus. On a fini par attenter à sa liberté.

Ce sont là des faits parvenus à notre connaissance, malgré le mystère dont Bélair a environné ses opérations. Tu sens que nous n'en savons que la centième partie. Tu sens encore que pour toutes ces opérations -clandestines, il faut associer à sa corruption les chefs de tous les services, comme commissaires des guerres français et romain, inspecteurs et gardes-magasins. Elle existe cette corruption dans presque toutes les divisions de l'armée, mais jamais aucun général divisionnaire n'avait encore osé prendre si ouvertement dans les poches les plus étroites. D'une autre part, une compagnie Bodin couvre l'Italie d*employés et ne fournit point; mais elle se fait des pièces comptables; voilà l'argot de cette bande. Par exemple, on paye la voiture à 3 1. 10 s. au paysan, ou on est censé la payer le plus ordinairement, et Ton est remboursé de 12 à 15 francs.

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