SOPRANSI
Première lettre du citoyen Sopransi, membre du Directoire ( exécutif de la république cisalpine, au citoyen Brune, | général en chef de l'armée d'Italie.
Après une mûre réflexion que j'ai faite sur votre demande d'hier au soir, je ne puis, citoyen général, consentir à vous donner ma démission. Il serait honteux pour moi d'abdiquer une place que vous savez bien de quelle manière et de quelle part je liens. J'espère, citoyen général, que vous serez plutôt disposé à me pardonner un acte de fermeté que ma situation m'impose, plutôt qu'un acte de lâcheté, que vous-même dans votre cœur vous désavoueriez, qui me ferait perdre votre estime et que ma conscience ne cesserait jamais de me reprocher.
Salut républicain.
Sopransi.
29 vendémiaire an vu.
Seconde lettre du citoyen Sopransi au même.
Citoyen général,
Après bien des réflexions faites sur la nouvelle invitation verbale que vous m'avez mandée par IVgane de l'adjudant Amiel, je me suis décidé à ne pas changer de résolution. Citoyen général, mes principes sont invariables. Je tiens ma place du Corps législatif, légalement constitué et qui a sanctionné ma nomination, qui l'a fait promulguer comme loi de la république.
Général, j'ai une patrie ; je suis obligé au maintien de son indépendance; je ne la trahirai jamais. Ce serait la trahir que de reconnaître une puissance supérieure à celle du peuple, une puissance destructive de notre gouvernement et de notre constitution. J'ai juré fidélité à cette constitution et de la maintenir. Je n'aurai jamais la lâcheté de violer mon serment.
Général, quel droit avez-vous de violer les promesses solennelles que la constitution nous fait que jamais la république française n'exercerait la souveraineté, qui n'appartient qu'au peuple? Quels motifs de salut public avezvous à alléguer? Quels griefs contre moi oi> contre mes collègues pour nous engager à vous donner notre démission? Je ne vous reconnais point le droit, général, d'agir ainsi chez un peuple libre, et je vous répète que j'ai une patrie et que je ne la trahirai jamais.
Je crois mériter par cette démarche quelque droit à votre estime particulière; je vous prie de recevoir l'assurance de la mienne.
SOPBANSI.