‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 75 sur 81 · PAR LES ORDRES DU GÉNÉRAL BRUNE · texte numérisé non relu

PAR LES ORDRES DU GÉNÉRAL BRUNE

Milan, le 29 fructidor an vu républicain.

Sopransî, directeur de la république cisalpine, au citoyen LareveUière-Lèpeaux, directeur de la république française. .

Permettez, citoyen directeur, que je vous mette sous les yeux le tableau véridique de la situation où se trouvait notre malheureuse République, lorsqu'une constitution régénératrice est venue mettre un terme à ses malheurs. L'estime que je fais de vous, en mon particulier, me dicte cet acte de déférence, que je vous prie d'agréer de la même manière avec laquelle je vous en fais l'envoi.

La république cisalpine, fille de la victoire et du génie français, fut dès sa naissance appelée aux plus hautes destinées. Mais, sans institutions républicaines, le patriotisme de ses citoyens, ce sublime enthousiasme qui s'exalte et se réchauffe au milieu des fêtes nationales, devenait plus faible

de jour en jour ; sans aucune instruction publique, la nouj velle génération devait paraître sur une terre libre, sans entendre parler ni de liberté, ni des avantages qu'elle procure, ni de lumières philosophiques qui rendent les hommes capables de l'apprécier et de défendre ses principes. Sans code législatif, ses lois n'étaient point d'accord avec ellesmêmes, et larépubliqiift se voyait divisée en plusieurs peuples diffvirents, qui ne pouvaient s'accorder entre eux, ni sur les maximes de la jurisprudence, ni sur les moyens de régler leurs intérêts réciproques. Dépourvue de système de finance, elle voyait l'abîme d'un épouvantable déficit s'ouvrir chaque jour davantage, et l'entraîner vers sa perte. Enfin, gouvernée par deux pouvoirs rivaux, et bientôt ennemis, elle avait perdu l'espérance de sortir de ce désordre, et de se soustraire aux fureurs de l'anarchie.

Vous avez vu, citoyen directeur, les maux et les périls de cette république, votre alliée, et vous lui avez tendu une main secourable et puissante : vous lui avez fait offrir, comme simples conseils d'amitié, les moyens régénérateurs qui lui étaient devenus indispensables. Les malveillants qui voulaient prolonger le désordre, parce qu'il favorisait leurs intérêts, leur cupidité et leurs perfides desseins, ont calomnié ce bienfait; les hommes faibles, intimidés par les séditieux, ont opposé des scrupules personnels à la nécessité de sauver leur patrie. Enfin l'ambassadeur franj^ais, animé de vos paternelles intentions, les a réalisées luimôme. Fort de l'opinion des plus sincères patriotes, des hommes les plus éclairés, sûr du consentement du peuple, il a bravé avec le calme du vrai courage les calomnies, les outrages et même les menaces. 11 a donné en votre nom une constitution républicaine, fondée sur les vrais principes de la liberté, de l'égalité, et qui, par la force qu'elle donne aux institutions politiques, garantit à notre pays sa sûreté, à tous les citoyens fexercice de leurs droits, et au peuple une liberté exempte de licence et une félicité fondée sur la prospéiité de l'agriculture, du commerce et des arts. Cet ambassadeur a mis en activité dans un seul jour la constitution, a assigné à chaque magistrat son poste, et a déter-

miné la nature de ses fonctions et l'étendue de ses pouvoirs;, leur communiquant cette énergie qui se concilie avec la modération, ainsi que cet esprit du vrai patriotisme dont il est animé. Ces grands changements se sont faits pacifiquement, sans trouble, confusion ni violence, et- par l'ascendant de la plus douce fraternité. Nous avons pu, même dès le premier jour, sentir les avantages de notre nouvelle situation et recueillir de si grands avantages.

Grâces vous soient rendues, citoyens directeurs ! A vous seuls est due la liberté dans cette belle partie de l'Italie ; à vous seuls est dû son repos et son bonheur.

Que ce récit vous serve de témoignage de notre reconnaissance, tant pour vous que pour la république française, dont vous êtes un des premiers magistrats, et qui la gouvernez avec tant de sagesse et de gloire.

Salut et considération.

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