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Mémoires;

En créant notre collection de Mémoires^ qui revêtent parfois le caractère de plaidoi/ers posthumes, nous avons j de par la nature même de ces ouvrages, ouvert une tribune aux revendications du passé. Nous estimons que notre rôle doit se borner à mettre en présence les adversaires dans le débat d'opinions d'où sort la vérité de l'Histoire, et, bien que Lareveliière ait formulé contre Lazare Camot des appréciations sévères, nou^ n'avons pas cru pouvoir nous soustraire à la publication de ses Souvenirs; car ce n'est pas aux éditeurs, c'est aux lecteurs d'un livre qu'il appartient de s'ériger en juges du sentiment de l'auteur. Toutefois, pendant les années où, le petit-fils de ce grand Camot présidait avec tant d'honneur aux destinées de la France, surtout dans les temps plus récents où le renouvellement prochain de sa haute magistrature soulevait un conflit de passions autour de son nom comme de sa personne, il semblait que la voix du passé dût se taire devant les agitations du présent; il semblait que la dignité, l'impartialité de l'Histoire ne dussent pas risquer d'être compromises en paraissant se mêler aux polémiques intéressées du moment. Ainsi l'avait compris l'arrièrepetit-fils de Lareveliière, et, lorsqu'en février 1894 nous signions arec lui le traité par lequel nous nous engagions à publier les Souvenirs de son grand-père, il prévenait luimême nos scrupules. Si désireux qu'il fût depuis longtemps d'accomplir son devoir d'héritier et de descendant à l'égard

de volontés écrites dont il est l'exécuteur, M. Robert David d'Angers se réservait d'en retarder la réalisation jusqu'à la fin du septennat. On sait combien cette fin fut douloureuse et tragique, et c'est avec un profond sentiment de tristesse que nous nous sommes associés au deuil de la France. Rehaussé d'une gloire nouvelle, le nom des Carnot se trouve placé désormais au-dessus de toute atteinte; ce n'est pas son moindre honneur que d'avoir été porté par un chef d'État qui sut, avec tant de constance et de noblesse, respectei' chez ses adversaires le droit de discussion et d'examen, et c'est en nous inspirant de cet esprit de justice et de tolérance, c'est en nous rappelant ce grand exemple, que nous éprouverons moins de peine pour remplir, M. David d'Angers son devoir de famille, et nous l'obligation qui résulte de notre contrat.

E. PLON, NOURRIT et C-

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