‹ Mémoires;Chapitre 2 sur 25 · OBSERVATIONS ESSENTIELLES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS ESSENTIELLES

Dans l'état où ils se trouvent maintenant, mes mémoires sont plutôt un recueil de notes qu'un ouvrage proprement dit. Mais comme la mort pouvait me surprendre, j'ai préféré commencer par consigner sur le papier toutes les observations, tous les faits, toutes les réflexions, tous les portraits qui ont rapport à ma vie privée et publique, et que ma carrière politique m'a mis à même de recueillir, afin que tout fût connu, sauf à perfectionner l'ouvrage en temps et lieu. La rédaction définitive devra faire disparaître les répétitions, rétablir les mots 'oubliés, corriger les expressions impropres, donner de la clarté aux endroits obscurs, etc.

Si je me suis servi de quelques termes démesurés vis-àvis de Carnot, je désire qu'on le3 modère. Je ne dois pas imiter ses fureurs. J'ai pour moi la vérité, et sans doute elle doit s'énoncer de manière à faire éclater à tous les yeux le vice et le mensonge, en faisant tomber le masque de dessus la face de l'imposteur, mais cela avec une franchise mesurée, qui prouve que ce n'est que par l'intérêt de la vérité historique et celui de la morale que la plume de l'écrivain a été dirigée, sans que la haine, le dépit et la vengeance, quelque légitimes qu'ils fussent, y aient eu la moindre pari.

En parlant de Rewbell, de son penchant à la lésinerie.

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. m

et du soin qu'il prenait de faire valoir avantageusement se» fonds, je crains de m'être expliqué de manière à laisser croire que, pour cela, il n'aurait pas même négligé les moyens qui répugnent à la probité, surtout de la part des chefs de l'État. Cette interprétation est loin de ma pensée, parce que je la crois loin de la vérité. Si donc elle résultait de ma rédaction, je prie qu'on la change.

J'en dirai autant à l'égard de la façon dont je me suis expliqué sur le compte de Camus. Je lui reproche d'avoir, en quelques occasions, fait fléchir la raideur de son caractère à l'égard d'un parti ou d'une autorité. Je n'ai jamais voulu donner à penser que cela fût allé jusqu'à la bassesse : c'est un vice qui lui fut toujours étranger.

Enfin, je ne veux rien taire de ce que je sais qui appartienne à mon sujet. Je veux tout faire connaître, hommes, choses, faits, sans ménagement. Je veux employer les couleurs de la vérité sans en affaiblir aucune ; mais je veux soigneusement éviter celles de Pemportemsnt, de l'envie, de la rancune et du dépit.

Comme je veux qu'aucun nom , aucun fait ne soit déguisé dans mes mémoires , ils ne devront être publiés qu'à l'époque où il sera présumable que tous ceux qui y figurent n'existent plus.

Cependant, je désire beaucoup que leur rédaction définitive soit faite le plus tôt qu'il se pourra. Il peut arriver telle circonstance, tel événement qui donne pour les faire paraître un moment favorable, ce qui ne se retrouverait peut-être pas de longtemps. Qui sait même si l'état de l'Europe ne deviendra pas tel, que ce ne sera qu'aux États- Unis d'Amérique qu'ils pourront s'imprimer sans altération?

Mais ce n'est pas à moi-même que je puis imposer cette

IV INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR

tâche, c'est-à-dire celle de mettre en ordre et de rédiger mes mémoires d'une manière définitive, en sorte qu'ils soient prêts à être mis sous presse d'un instant à l'autre. L'âge, la fatigue, les infirmités, m'en ôtent la faculté. C'est un soin que je laisse à Ossian, mon fils. Je l'invite en même temps à montrer son travail et à demander ses avis à mon ami Daunou, l'un de nos premiers penseurs et le meilleur de tous nos prosateurs. Son jugement sera d'autant plus précieux, qu'ayant été acteur et témoin dans la partie de ce grand drame politique que je décris, il saisira avec plus de certitude le vrai caractère des acteurs et le sens des choses.

C'est à Jeanne-Marie- Mélanie-Victoire Boyleau, ma chère et respectable épouse, et à Ossian, notre fils, que je veux que cet écrit soit remis, et, lorsqu'il aura été définitivement rédigtS, c'est encore à eux que cette rédaction devra rester jusqu'au moment favorable pour la livrer à l'impression. S'ils se trouvaient l'un et l'autre dans une position à ne pouvoir exécuter les intentions ci-dessus exprimées, j'attends de la tendresse de ma fille et de son respect pour les vœux que j'aurai formés et que je n'aurai pu exécuter pendant ma vie, qu'elle prendra elle-même les soins que je viens de réclamer. Knfin je les réclame aussi de mes amis Daunou et Leclerc, de mon neveu Victorin Larevellière, d'Oscar Leclerc, mon filleul, et enfin de ceux de mes amis et do mes parents dans les mains desquels la suite des événements forait tomber ces mémoires.

Paris, Q avril 1833.

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PIÈCES qui devront être annexées à mes Mémoires pour en faire partie comme pièces justificatives.

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