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livre VIII, page 256, tome II, deuxième édition in

Quant au prétendu refus de rien changer aux décrets, on voit, du premier coup d'œil, que le reproche qu'en fait lady Morgan au Directoire est une absurdité, puisqu'il ne faisait ni lois ni décrets, et qu'il n'avait le droit d'en changer aucun. Au reste, il est de toute fausseté, je le répète, que la condition dont il s'agit ici ait été imposée spontanément par Bonaparte ; l'ordre lui en fut donné par une instruction positive et spontanée du Directoire ; Bonaparte ne fit qu'exécuter l'ordre qu'il avait reçu. Lafayette a lui-même relevé l'erreur de lady Morgan dans les diverses circonstances où il a eu lieu d'en parler. Il a de plus rédigé une note qui certifie les faits et qui est destinée à être insérée dans une nouvelle édition de l'ouvrage de lady Morgan. La copie en était entre les maios de madame Du Bignon, nièce de mon digne ami Pilastre, et feinme aussi estimable par sa conduite que distinguée par son esprit et son patriotisme. Les principes moraux et politiques de lady Morgan sont très-bons ; mais elle n'en a pas moins eu le très-grand tort de parler aflirmativement sur les faits et sur les hommes de la Révolution française, qu'elle ne peut connaître que très-superficiellement, ou même point du tout. Quoi qu'il en soit, ce qui prouve, mieux que tout le reste, que la demande qu'on eût faite à cet égard au gouvernement autrichien, à l'époque de l'échange des députés et de Beurnonville, eiit été prématurée, c'est qu'elle fut une des conditions do la paix le plus difiiciles à obtenir.

Depuis que j'ai écrit ce qui précède, je me suis

trouvé à déjeuner chez le colonel Du Bignon avec Lafayette, dans les derniers jours de 1818. Là étaient aussi Dupont (de l'Eure), Bignon, Manuel, d'Argenson, Caumartin, Lambrechts, Daunou, de Jouy, etc. Le général Lafayette arriva des derniers. En m'apercevant, il traversa le salon avec empressement pour venir à moi, et en présence de tous les convives, il me remercia avec l'expression de la plus sincère gratitude, de la part qu'en particulier j'avais eue à sa délivrance, dans le Directoire exécutif, auquel seul il la devait. Il me témoigna en même temps dans les termes les plus vifs, combien il avait été sensible à l'intérêt que j'avais marqué à sa famille et aux égards que j'avais eus pour elle.

En effet, après que le général Lafayette et ses deux amis furent sortis des prisons de l'Autriche, et qu'ils se furent retirés à Hambourg, madame de Lafayette, cette femme devenue immortelle par le plus généreux dévouement, et le plus bel exemple de piété conjugale, me fit l'honneur de venir chez moi avec ses trois enfants, Georges Lafayette et deux jeunes demoiselles. Je n'ai jamais éprouvé d'émotion plus profonde que celle que me causa la Vue d'une si inléressante famille. Au souvenir de ses infortunes un sentiment d'admiration venait se joindre, et mon cabinet se convertit h mes yeux en un temple, où je voyais la plus haute vertu, environnée des objets les plus touchants et les i)lus dignes do partager avec elle l'amour et le respect des gens de bien.

Pour(|U()i donc les iiommes ne savent-ils élever de fastueux monuments qu'en l'honneur de ces brigands heureux (ju'on (juaiilie de héros, do ces despotes

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qu'on honore comme de profonds politiques, lorsqu'ils ne sont souvent que de lâches et perfides tyrans? Que d'atrocités et d'injustices, depuis le règne de Bonaparte, et dans tous les temps, ont été célébrées par la plupart des écrivains comme des actions glorieuses, gravées sur des tables d'airain , perpétuées par le secours de tous les arts , et combien peu de personnes connaissent l'admirable dévouement de madame de Lafayette et de sa famille! Où sont les pages de l'histoire qui lui sont consacrées ? Quels monuments doivent transmettre à la postérité un si rare exemple de vertu ? Les hommes sont vains et légers, les gouvernements, de leur côté , favorisent ces défauts de toute leur force; car les égarements qui en sont la suite conduisent les peuples dans de .fausses routes qui mènent rapidement à la servitude:

Madame de Lafayette, après avoir exprimé sa reconnaissance pour le Directoire, me témoigna un extrême désir qu'il fît rentrer en France son mari et ses compagnons d'infortune. Je lui exprimai mon regret bien vif et bien sincère de ne pouvoir lui promettre l'accomplissement du vœu qu'elle formait avec tant d'ardeur. En effet, il était bien évidemment impossible que le Directoire satisfît à sa demande, dans la disposition où étaient les deux conseils législatifs, dont la malveillance envers le Directoire était trèscaractérisée, et dans un moment où les lois sur l'émigration étaient dans toute leur rigueur, et venaient même d'en acquérir une nouvelle par l'événement du 18 fructidor. Mais je lui fis la promesse formelle de lui faire donner toutes les facilités qu'elle pourrait désirer pour aller à Hambourg avec ses enfants, pour

y résider autant qu'elle le jugerait à propos, et pouvoir en revenir et y retourner à son gré, tant que cela lui conviendrait. Cette promesse fut réalisée pour elle et pour l'intéressante madame Bureau de Puzy, qui me fut amenée par son vénérable père, Dupont de Nemours.

Il est au surplus très-possible que Bonaparte ait cherché à calomnier le Directoire dans cette occasionci, comme dans tant d'autres, en se donnant l'avantage d'avoir fait un acte honorable , et en chargeant le Directoire de l'odieux de l'avoir désapprouvé. Jalouv de tout le monde, il ne voulait de célébrité, de gloire, d'estime publique que pour lui. Non content de chercher à ruiner le Directoire dans l'opinion , il a tout fait pour avilir en particulier les membres qui l'avaient composé, et pour empêcher qu'ils ne se justifiassent des choses odieuses et des ridicules qu'il contribuait lui-même à leur faire attribuer. Dans la soirée du 18 brumaire, quelques journalistes (c'est d'eux que je le tiens) ayant déclaré que, maintenant qu'ils se croyaient libres de le faire, ils allaient enfin me venger des calomnies et des ridicules dont j'avais été l'objet depuis le 30 prairial, il leur défendit avec menaces de parler de moi.

FAITS RELATIFS A SIEYÈS ET A BONAPARTE. CADSRS DES CALOMNIES PRODIGOÉBS AU OIRECTO|RB. — ANECDOTES RELATIVES A MASSÉNA.

Mais le trait suivant, surtout, servira à prouver combien le premier consul fut reconnaissant envers ce Directoire qui l'avait comblé de toutes les faveurs dont il pouvait disposer.

Après le 18 fructidor, il fut convenu que les membres les plus marquants et les plus influents des deux conseils se réuniraient une fois chaque décade, chez le président du Directoire, avec ses quatre collègues. L'objet de cette réunion était de s'entendre sur les lois à porter et les meilleures mesures administratives à prendre, afin d'éviter les contradictions entre les deux autorités, objet qui, pour le dire en passant, fut fort mal rempli. Quoi qu'il en soit, un jour que cette réunion se tenait chez moi, Sieyès, qui était du nombre des quinze ou vingt députés qui y assistaient, fit cette étrange proposition qui, dans le temps, frappa de terreur tous les esprits, celle de chasser de France tous les nobles, tous les anciens employés dans la maison du roi, domestiques ou militaires, tous les parents d'émigrés, etc., etc. Rewbell se leva précipitamment avec une indignation qui me lit un plaisir d'autant plus grand que je la partageais tout entière. Il développa avec énergie toute l'iniquité, toute l'infamie d'une semblable mesure, tout

ce qu'il y avait d'impolilique en même temps que d'atroce dans un pareil projet, lequel, ajouta-t-il, ne semblait être rais en avant que parce que c'était un moyen certain d'assurer la perte de la république. Je saisis la parole, dès que Revvbell cessa de parler. Je me prononçai avec la même chaleur que lui contre i ce détestable projet et ses funestes effets, et je déclarai que Rewbell et moi, fussions-nous seuls à nous y opposer, si la mesure était proposée et acceptée dans le Corps législatif, nous réunirions, et contre les conseils et contre nos propres collègues, toutes nos forces, et que nous saisirions tout moyen légal, ou non légal, pour en empêcher l'exécution, dussions-nous périr dans la lutte. Barras, je l'ai déjà dit, n'avait pas la force de contredire, quel que fût son avis, une opinion énoncée avec fermeté. D'ailleurs il était noble, et quoique Sieyès eût eu la précaution de dire que dans son plan on excepterait tous les nobles qui avaient servi la cause de la liberté, le gentilhomme ne se fiait pas du tout à la parole du prêtre; quant à iMerlin et à François de Neufchûteau, qui faisaient à cette époque partie du Directoire , c'étaient deux hommes sans résolution, qui n'étaient pas de force h contredire celle de Rewboll et la mienne. Ils assurèrent donc tous les trois qu'ils partageaient nos sentiments, ce qui était au reste fort possible, et que nous pouvions compter sur leur union parfaue avec nous dans <'olte occasion. Aucun des dc'puU'S présents ne soutint le projet de Sieyès, soit (|u'il lût (ontraire à leur opinion, soit (jue l'avis énoncé par les membres du Directoire les retînt. Cependant Sieyès, n'ayant pu charger le Directoire

exécutif de l'odieux de sa proposition, et y tenant toujours, mais trop lâche pour en prendre sur lui la responsabilité, fit ce qu'il a presque toujours fait dans les cas semblables : il en chargea un autre. Ce fut Boulay (de la Meurthe) qui fit au conseil des Cinq-Cents cette étrange motion. Sieyès avait choisi un digne truchement. C'est ce môme Boulay qui depuis, dans le conseil de Bonaparte, proposa d'exiler de France tous les membres des anciens comités et districts révolutionnaires, tous leurs parents, etc. De môme, son digne souffleur, Sieyès, ce grand prescripteur de nobles après le 18 fructidor, fit passer dans le sénat conservateur, dès les premiers moments de son établissement, le sénalus-consulte qu'il y proposa, et qui condamnait révolutionnai rement à la déportation cent-cinquante ou deux cents jacobins, ou prétendus tels. Au reste, la grande conception de Sieyès, présentée par Boulay, fut rejetée d'autant plus facilement que nous n'avions pas manqué, Rewbell et moi, de prévenir tous les députés de notre connaissance de ce qui s'était passé chez moi ; ainsi tous les membres des deux conseils en étaient informés.

Cependant, Bonaparte étant premier consul commanda à Barrère, son pamphlétaire en titre, une assez longue brochure, intitulée Réponse d'un républicain français au libelle de sir Francis d'Yvernois contre le premier consul.

Le pamphlétaire eut ordre de semer chemin faisant dans son écrit quelque bonne calomnie sur le Directoire exécutif, et le docile esclave n'y manqua pas. Il rappela entre autres choses la proposition de

Sieyès, présentée aux Cinq-Cents par Boulay (de la Mcurlhe) et dont je viens de parler. Barrère eut soin d'affirmer que c'était le Directoire exécutif qui avait enfanté ce détestable projet, en ajoutant que nous avions employé la menace et toutes sortes d'autres moyens pour le faire passer au Corps législatif, et que nous avions été dans une grande rage en le voyant échouer.

Rewbell, ayant eu connaissance de cette calomnie, va trouver le premier consul, lui rapporte le fait littéralement comme il s'était passé, et lui dit qu'il attend de sa justice qu'il n'empêchera pas le Moniteur, ou tout autre journal, de recevoir sa réclamation et de faire connaître au public la vérité. Bonaparte lui répondit d'abord qu'il trouverait fort bon qu'il rétablît les faits dans le Moniteur, tels qu'ils avaient eu lieu. Il parut se réjouir beaucoup de jouer encore ce mauvais tour à Sieyès. Mais ensuite, en y réfléchissant, il songea que Sieyès était désormais assez déconsidéré, sans qu'il eût besoin, pour assurer sa supériorité sur lui, de le plonger plus avant dans l'ignominie. Il jugea qu'il était plus conforme à ses intérêts et à ses passions de laisser peser cet c dieux sur le Directoire; il dit donc à Rewbell, au moment où il allait le quitter, que, toute réflexion faite, il ne croyait pas devoir laisser mellre sa réclamation dans aucun journal, ni la laisser publier dans aucun écrit particulier; que le mieux était de faire faire une rétractation dans une nouvelle édition du paniphlet do Barrère, et qu'il lui en donnerait l'ordre. C'est tout co que Rewbell put obtenir. — Bientôt la nouvelle édition parut et, au lieu d'une rétractation, le mémo

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fait s'y trouvait énoncé dans le même sens, mais présenté encore sous des couleurs bien plus noires el bien plus outrageantes pour le Directoire exécutif.

Tels étaient les procédés de l'orgueilleux despote devant lequel les peuples et les rois courbèrent si humblement la tête.

Les deux faits précédents m'amènent à uneobservation générale dont je ferai l'application particulière au Directoire. Composé d'hommes, ce gouvernement a dû commettre bien des fautes. Les circonstances dans lesnuelles il a pris naissance, les contrariétés qu'il a toujours éprouvées, les pièges qui lui ont été tendus, les intrigues qui se multipliaient pour le tromper, les complots , les factions dont il était sans cesse assailli, l'envie, le dépit de ne pas avoir obtenu de lui l'objet d'une ambition souvent indiscrète, souvent même impossible à satisfaire, toutes ces causes et beaucoup d'autres que l'historien attentif saura bien découvrir, ont encore dû multiplier ses erreurs. Mais qu'on compare avec réflexion et impartialité ce que le Directoire a fait de bien et de mal, en meltanl dans la balance les temps, les lieux, les circonstances, etc. Je ne crains pas de dire qu'il lui restera de justes droits à l'estime publique. Cependant il sera peut-être toujours mal jugé, même dans la postérité; ses ennemis seuls auront écrit son histoire. Les oppresseurs et les factions triomphantes, restés en possession du champ de bataille, détruisent les monuments de leur injustice et de leur propre infamie. Tout ce qui pourrait, au conlraire, honorer les objets de leurs persécutions et les justifier d'injustes soupçons, disparaît. Ils peuvent alors proclamer sans con-

tradiction leur héroïsme et leurs vertus , et calomnier, au contraire , les hommes, les institutions, les peuples même auxquels il serait dû le plus d'estime.

Qui sait, par exemple, si les Romains, qui se comportèrent envers Carthage avec tant de perfidie, n'en ont pas usé ainsi et n'ont pas prêté au peuple de celte république des vices odieux qu'il n'avait pas, en lui refusant des qualités qu'il possédait réellement? Le papisme, triomphant en France, n'a-t-il pas agi de même à l'égard de la Réforme? Parmi tous les écrits en patois vendéen que j'ai pu connaître, j'ai trouvé un grand nombre de pamphlets, de chansons, de comédies, où la Réforme et les réformés sont traités de la manière la plus outrageante, et je n'ai pas trouvé une seule réponse. Croira-t-on que les réformés n'en aient fait aucune, pendant qu'ils avaient des garanties et des armes à la main? Mais le catholicisme victorieux, devenu seul maître du terrain, n'a laissé subsister que ce qui lui était favorable.

Pour en revenir au Directoire exécutif, je ferai observer que, depuis le moment où la faction des .généraux, outrée de voir qu'il prenait enfin de vigoureuses mesures pour arrêter leur brigandage et l'oppression sous laquelle ils élisaient gémir les peuples, depuis le monient où cette faction, réunie à la cohue des fournisseuis , des dilapidateurs, à la coterie de Sieyès (qui avait toujours eu le dessein de renverser la constitution de l'an m, pour lui substituer sa brillante constitution , à la tête de laquelle il s'attendait si vainement à être placé) , h celle des frères de Bonaparte, qui voulaient tout culbuter pour rendre Lur frère nécessaire ; dès ce moment, dis-je, il n'a

pas été permis de parler du Directoire autrement qu'en mal. Bonaparte et les Bourbons ont soigneusement annulé tous les moyens d'éclairer le public sur son administration et ses travaux, de montrer ce qu'il a fait de bien, et de le justifier d'injustes reproches ou d'atroces calomnies. Ceux-là mêmes qui, pendant son existence, l'avaient le plus louange, depuis, pour plaire à la puissance ou pour se venger de quelque refus, l'ont accablé à l'envi. Sottise, ineptie, atrocité, vols, trahisons, ridicules, sont les imputations qu'il est devenu de mode (car tout est de mode en France) de prodiguer au Directoire. Tous ont voulu avoir l'honneur de lui donner le coup de pied de l'âne. Cette lâcheté, presque générale, est d'autant plus méprisable que les premiers membres qui ont composé cette autorité sont privés de moyens de défense pour le présent et trop vraisemblablement pour l'avenir.

Ce qu'il y a de remarquable dans le système d'attaque suivi contre le Directoire, c'est ce parti pris de représenter Bonaparte comme ayant détruit le règne de la Terreur , ce qui est dire implicitement que le Directoire avait, pendant toute son existence, pratfqué cet affreux régime. Mais n'avait-il pas été détruit le 9 thermidor ? Et à l'exception de la bataille du 18 fructidor (car, sous un certain point de vue, on peut nommer ainsi cet événement d'autant plus remarquable que , pour la première fois depuis 89, il s'était opéré une révolution sans une goutte de sang répandue), à l'exception, dis-je, de la journée du 18 fructidor, a-t-on pu trouver une seule arres:ation illégale, faite ou ordonnée par le Directoiie?

Quant aux militaires, le Directoire ne leur avait donné que des grades et des lauriers à cueillir. Bonaparte leur distribua des titres fastueux, des rubans et surtout des trésors. Il a été exclusivement leur homme. Aussi se sont-ils empressés , pour la plupart, de se faire ses échos contre un gouvernement qu'il haïssait. Ils n'ont pas craint d'encourir ainsi le reproche d'ingratitude, dont le plus grand nombre s'est cependant rendu coupable. Le maréchal Masséna ne doit pas être compté parmi ceux-ci. Pourquoi donc le général Thiébaut, dans le discours qu'il tint sur la tombe de Masséna, a-t-il cherché, lui aussi, à jeter de l'odieux sur le Directoire à l'occasion de ce général? Sa gloire n'élait-elle pas assez éclatante par elle-même, sans qu'il fallût s'aider d'un pareil moyen pour la faire ressortir? Si ce n'est pas une erreur, c'est une indigne calomnie.

Le général Masséna est l'un des hommes de l'armée que le Directoire en corps, chacun de ses membres, et moi en particulier, aient traité avec le plus d'égards, et auquel ils aient donné le plus de marques de confiance. Je parle du Directoire tel qu'il a été jusqu'au 30 prairial an vu. Il n'est pas vrai que jamais le Directoire ait été injuste à son égard, ni qu'il lui ait fait un crime do ses retards avant la bataille de Zurich. Inquiet sur l'état des choses, il a pu le presser d'attaquer; mais il y a loin de là à lui avoir fait un crime de ses retards. Deux anecdotes que je vais rapporter prouveront que Masséna vivant n'aurait pas approuvé les reproches faits sur sa tombe par le général Thiébaut au Directoire exécutif.

Au milieu des appartements de Bonaparte empe-

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reiir, en pleine cour, saluant Trouvé qu'il avait beaucoup vu chez moi, Masséna se loua à très-haute voix des bon(és qu'il avait éprouvées dans ma maison, lui demandant, en même temps, des nouvelles de toute ma famille avec le plus vif intérêt, et ajoutant qu'il serait toujours plein de respect pour elle, qu'il s'honorerait toute sa vie d'y avoir été accueilli.

Voici la seconde anecdote :

J'avais un jour conduit mon fils à l'un des spectacles du boulevard. C'était à peu près au temps où Bonaparte allait partir pour son expédition de Russie. Masséna était dans une loge du rez-de-chaussée et moi sur un banc du parterre qui y était contigu ; il me reconnut le premier, me souhaita le bonjour avec un grand empressement, et me donna toutes les marques imaginables de respect et d'attachement à moi et aux miens. La conversation à voix basse dura autant que la pièce. Elle se passa en grande partie, de sa part, en témoignages de gratitude pour le Directoire, et en plaintes sur l'indignité qu'avait eue Bonaparte de l'envoyer en Portugal sans ressources, n'ayant évidemment pour objet que de lui faire perdrj sa réputation.» Par suite de ce système, »ajouta-t-iI, « il ne parle plus qu'avec un mépris alTecté de moi, « qui ai été si utile à sa gloire. Quelle différence, » répétait-il encore, « avec le Directoire, dont je n'ai « jamais reçu que des marques de confiance et d'in- « térêt! Il m'a toujours fourni, à moi et aux autres « généraux, tous les moyens de vaincre, dont les « circonstances lui ont permis de disposer. Nous ne « perdrons jamais le regret d'un gouvernement qui « en agissait avec nous avec tant de bienveillance et

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(( sans aucune morgue J'en conserverai, quant a moi, (i une éternelle reconnaissance. »> Il fit beaucoup de caresses à mon fils qu'il avait vu au berceau et qu'il appelait alors son petit aide de camp. Il m'assura que s'il ne respectait pas la retraite absolue à laquelle je m'étais voué, il mettrait au nombre des devoirs les plus chers à son cœur celui de me vonir voir, de saluer ma femme et ma fille. Il parut heureux d'apprendre que cette dernière était mariée et avait trouvé le bonheur dans son ménage. Je m'informai aussi de l'état de sa famille. En nous quittant, il m'assura que ni les titres, ni les cordons, qu'il savait apprécier à leur juste valeur, ne changeraient jamais ses opinions et n'altéreraient jamais les sentiments qu'il avait voués aux personnes respectables qui l'avaient honoré de leur estime.

Je prie le lecteur de remarquer que, ni dans l'une, ni dans l'autre des deux circonstances que je viens de rapporter, M asséna n'avait aucune raison de me ménager, ni le Directoire exécutif, et encore moins de feindre ces senl'.ments d'estime et de reconnais^ sance, s'il ne les eût pas éprouvés.

PIN DU TOMB PRBMieU.

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