‹ Mémoires;Chapitre 4 sur 25 · C. — Correspondance de Trouvé. — Lettre h moi adressée · texte numérisé non relu

C. — Correspondance de Trouvé. — Lettre h moi adressée

par lo citoyen Savioli de Bologne. — Elxtraits d'une lettre d'Audoiiin et d'une autre de Mangourit.

D. — Douze lettres datées do Rome, à moi adressées par

Daunou. — Une lettre et un mémoire do Visconti. — Une lettre du commissairo Florens, datée de Rome, lo 29 messidor an VI.

E. — Affaire Vaictti. — Correspondance do Brune avec les

autorités cisalpines. — Discours de l'avocat Sacco.

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. vu

— Discours amphigourique de Fouché en présentant ses lettres de créance au Directoire exécutif cisalpin.

F. — Une lettre de Sopranzi à moi. — Pièces et lettres

relatives à son expulsion du Directoire cisalpin.

G. — Lettres de Faipoult, datées de Rome et de Milan,

adressées les unes à moi, les autres au Directoire exécutif.

J'invite au surplus celui que se chargera de la rédaction de mes mémoires de jeter un coup d'oeil sur tout ce qui est dans mes cartons concernant les affaires publiques, comme mémoires, lettres, etc., et d'en tirer le parti qu'il jugera à propos. Si après cela le lecteur veut connaître plus particulièrement ma conduite politique, qu'il consulte la table du Moniteur, et qu'il y voie mes opinions, ainsi que dans le Républicain (grand format).

Je pourrai encore peut-être, dans les divers ouvrages qu'on a publiés et qu'on publiera sur la Révolution, trouver quelques observations à faire. On pourra les fondre dans le texte, s'il n'est pas déjà rédigé, ou, dans le cas contraire les ajouter comme appendices.

Ici se termine la note préliminaire que mon père adressait au futur éditeur de son ouvrage, pour lui servir de guide dans l'accomplissement de son travail. Il en ressort avec évidence qu'il ne croyait pas laisser après lui un écrit susceptible d'être mis sous les yeux du public dans la forme qu'il avait eu le temps de lui donner. Il supposait qu'une rédaction serait nécessaire et demandait seulement à celui

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qui s'en chargerait de ne pas lui prêter des opinions ou des pensées qui ne fussent pas les siennes. Rien assurément n'était plus légitime que cette restriction imposée d'avance à récrivain qui lui servirait d'interprète ; mais elle assignait à celui-ci une tâche presque impossible à bien remplir, quelque parfaite que soit la loyauté de celui qui s'y dévoue. Savoir sortir de soi-même pour s'identifier avec les idées, les sentiments, les instincts d'un autre homme, et surtout d'un homme public, jusqu'au point de se croire certain de ne lui faire dire aprèi sa mort que ce qu'il eût voulu dire lui-même pendant sa vie, ce ne peut être le fait que d'un grand historien ou d'un grand poëte dramatique, et encore combien une semblable interprétation ne prête-t-elle pas à l'erreur 1

Beaucoup plus occupé de régler ses actions que d'aligner ses paroles, mou père s'exagérait bien certainement ce qui pouvait manquer à la forme dans le récit qu'il avait à faire, et les questions d'amour-propre et de vanité littéraire n'ayant jamais existé pour lui, il lui semblait tout simple d'abandonner à ceux qui viendraient après lui le choix des termes ainsi que l'ordre des faits. Mais une telle liberté d'action ne pouvait être acceptée par quelqu'un qui se sentît vraiment digue do la confiance de l'auteur. Elle n'eût été excusable que si l'éditeur de l'ouvrage n'eût eu sous les yeux, au lieu d'un récit clair et suivi, qu'une série de notes décousues, intervertissant à chaque ligne l'ordre des événements et dos époques, de fa(;.on à n'être intelligible que pour ceux qui ont fait une élude spéciale du l'histoire de lu Révolution française. Heureusement tel n'était pas l'étal du manuscrit de Larcvcllière, et il eût fallu vouloir de gaieté do cœur se substituer ù l'uutour pour ne pas produire sou œuvre dans l'ordre irùs-sullisant où il a rap-

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porté les choses, et pour lui prêter un autre langage que celui dont il s'est servi d'une façon qui peint si bien son caractère, en même temps que sa manière d'envisager les hommes au milieu desquels il a vécu.

Désigné par l'affection trop indulgente de mon père, non-seulement pour veiller à la conservation de ses mémoires jusqu'au moment où ils devraient être publiés, mais encore pour exécuter ce remaniement qu'il supposait bien gratuitement être indispensable , mon anxiété eût été extrême si j'eusse été contraint de l'entreprendre. Le sentiment, d'ailleurs très-naturel, de mon insuffisance personnelle n'en eût pas été la seule cause. En effet, j'ai toujours été convaincu qu'un témoignage historique, tel que celui qu'on doit attendre des mémoires d'un personnage politique, ne conserve toute sa valeur pour l'avenir que s'il lui a été livré dans sa complète intégrité. Les mémoires ne sont pas l'histoire, mais ils sont indispensables pour la bien faire, et la confrontation des narrations contemporaines n'est vraiment fructueuse pour l'historien que si les témoins qui comparaissent devant le tribunal qu'il érige s'expliquent sans intermédiaire et avec l'accent qui leur est propre.

Au reste, un rapide coup d'oeil jeté sur les cahiers de mon père devait suffu'e pour me rassurer complètement, en faisant disparaître toute idée, non-seulement de la nécessité, mais de la convenance d'un travail de quelque importance à effectuer sur son texte, et si j'eusse conservé des doutes à cet égard, ce qui n'était pas, l'avis de deux hommes éminents en aurait fait justice.

M. Thiers et M. de Lamartine, à vingt ans de distance environ, avaient chacun et à peu près seuls, pris une connaissance partielle des mémoires de Larevellière, que je

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leur avais communiqués sur leur demande respective. Pour M. Thiers, ce fut vers 1827. Il écrivait alors la fin de la période du Directoire dans son Histoire de la Révolution. Il regrettait beaucoup de n'avoir connu que trop tard l'existence du manuscrit de mon père, avec lequel, peu de temps avant sa mort, il s'était trouvé à Auteuil, chez le célèbre peintre François Gérard, et pour lequel il avait pris des sentiments d'estime qui paraissent ne s'être jamais démentis'. Pour Lamartine, c'est lorsqu'il composa son livre des Girondins, peu de temps avaqt la catastrophe de 18Zj8, qu'il désira connaîli-e le récit de la proscription de mon père. Ces deux illustres écrivains, si différents d'ailleurs dans leur façon de sentir et de penser, se réunirent sans le savoir dans un même jugement de sympathique approbation sur les récits d'un homme que le dernier d'entre eux n'avait pas même connu personnellement.

Mais la demande que faisait mon père d'une rédaction déflnitive de son travail s'explique naturellement, lorsqu'on le voit, à la fln de son préambule, recommander d'y fondre tous les renseignements intéressants qu'on pourrait trouver dans ses papiers sur l'époque du Directoire. Je ne puis relire sans une émotion des plus pénibles cette partie de ses prescriptions, car il m'a été impossible de m'y conformer, et cela par suite d'une perte que je ne puis trop regretter, et que j'ai faite, comme je le dirai tout à l'heure, sans qu'il m'ait été possible de savoir do quelle façon et même à quelle époque précise elle a eu lieu. C'est celle de ces papiers dont parle mon père. Il s'y trouvait, avec des mémoires diplomatiques, dos notes de diverses origines,

1. Voir la Noto do M. Thicni sur los MémoircM do Larcvellièro, t. IX, p. no do ton llittoirt d« ta Révolution française (!'• édition).

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de simples rapports de police, des lettres d'une importance fort inégale, à lui adressées pendant le cours de ses fonctions politiques. A cela se joignaient des correspondances d'amis, et enfin des manuscrits de lui, achevés ou inachevés. Parmi les premiers était un Essai historique el statistique sur la Vendée, dont une portion, relative au patois vendéen, fut insérée en 1809 dans les Mémoires de l'Académie celtique (t. 111, pages 267 et suiv.), et rééditée en 1868, à Niort et à Fontenay (Vendée), par un ami zélé des études philologiques '. Parmi les seconds on remarquait des recherches sur l'histoire du bas Poitou à l'époque des guerres de religion, dont l'auteur avait lu quelques portions dans les séances de la classe des sciences morales et politiques de rinstitut, dont il faisait partie. On y trouvait encore l'esquisse d'un traité de morale non terminé, et quelques autres travaux incomplets, ou de moindre étendue. Cet ensemble de papiers n'était que médiocrement volumineux, puisqu'on réunissait aisément dans une caisse ordinaire les cartons qui le contenaient, lors des changements de résidence que les circonstances avaient successivement imposés à ma famille; mais il avait, du vivant même de mon père, subi une première spoliation.

Lors de l'invasion de la France qui suivit le désastre de Waterloo, la maison de campagne de mon beau-frère, à Domont, près de la forêt de Montmorency, fut occupée pendant plusieurs mois par des troupes hanovriennes. Mon père et ma mère, qui l'habitaient avec ma sœur et son mari, furent obligés de se réfugier à Paris et d'y venir partager avec moi à l'Estrapade un petit logement d'étudiant que j'y occupais avec mon cousin-germain Victorin Larevellière, qui

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