CHAPITRE V
se transporta, avec quatre agents, dans la maison occupée par Blanqui; il en laissa deux dans Tallée et les deux autres sur Tescalier. Après avoir frappé à la porte de l'appartement, il fut introduit dans une première pièce où se trouvaient une vingtaine d'individus armés , qui l'examinèrent d'un air soupçonneux. Il reconnut tout de suite que l'arrestation était impossible, et se retira après quelques propos insignifiants, échangés avec Blanqui.
On prit de nouvelles mesures pour s'en emparer, et une surveillance active fut exercée; mais il ne coucha point, cette nuit-là, chez lui, et redoubla de défiance et de précautions.
Un peu plus tard, le Gouvernement fit retirer l'ordre d'arrêter Blanqui, et M. Landrin, procureur de la République, m'en prévint par la lettre suivante :
« Mon cher Gaussidiere,
« Le Gouvernement, au reçu de ma lettre, m'a fait demander; il m'a dit qu'il ne saurait autoriser la mise à exécution des mandats d'amener ; ainsi je rengaine mon compliment, et voilà nutre responsabilité à couvert î
52 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
« J'avais écrit, dans les termes convenus ; il m'a prié de faire surveiller exactement les hommes suspects,
« Cela regarde Caussidiere, ai-je répondu, et il Vy manquera pas.
«3 mai, 1848. >
<L Salut, fraternité,
« Landrin. »
En me rendant compte du résultat de sa démarche, M. Bertoglio m'affirma avoir vu, parmi ceux qui gardaient Blanqui, le sieur Dormes, chef de Montagnards. Le soir même, dès que celui-ci fut rentré à la Préfecture^ j'envoyai cinq hommes pour l'arrêter. Il ameuta les siens, qui ne voulurent point le laisser prendre, coururent aux armes et menacèrent de tout mettre à feu et à sang, et de faire sauter la Préfecture. La partie saine des Montagnards saisit aussi ses armes, et une lutte sanglante allait s'engager, lorsque je fus averti de ce qui se passait.
Il était onze heures du soir. Les insurgés s'étaient retranchés au fond d'une cour obscure.