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CHAPITRE VI

n'eut point à souffrir les bourrades dont on la gratifiait sous la monarchie.

La pluie, qui avait assombri le commencement de cette fête, cessa. Le soleil vint rayonner sur les myriades de baïonnettes qui couvraient l'avenue des Champs-Elysées. Les rapports les plus satisfaisants sur Tordre et la tranquillité qui régnaient partout, me décidèrent à aller jouir du coup d'œil sur l'estrade, où se trouvaient réunis les membres du Gouvernement provisoire.

Comme je témoignais ma satisfaction à M. de Lamartine de cette solennité, rassurante pour le sort de la République et sa sécurité future, il me

répondit:

— Croyez bien que le caractère de cette immense

manifestation est surtout favorable à la propriété

et au bon ordre. »

Ce fut alors qu'il me dit, ainsi que quelques

membres du Gouvernement provisoire, de détruire

le mandat d'arrestation contre Blanqui.

— L'unanimité patriotique de cette journée , ajouta-t-il , fera réfléchir ceux qui auraient de mauvais desseins.

— Je pense , répondis-je, qu'elle produira un

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bon effet sur les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur.

J'appris plus tard que les rapports de divers ambassadeurs avaient été concluants pour le maintien de la paix avec la République,

Les membres du Gouvernement provisoire paraissaient heureux et touchés de cette fête imposante. Un seul avait l'air profondément ennuyé : c'était M. Marrast, qui exprimait son impatience en termes sarcastiques, que nous ne voulons pas reproduire.

Autour de nous se trouvaient confondus,- sur l'estrade, les blessés de Février et les décorés de Juillet, les détenus politiques, l'état-major de l'armée, de nombreuses députations de la magistrature , de l'administration et de tous les corps de l'État. Derrière nous, sur un amphithéâtre qui se dressait jusqu'à la voûte du monument, étaient assises des dames, en grand nombre et richement parées, auxquelles on avait offert des bouquets.

Mais le spectacle le plus magnifique était cette longue avenue déroulée devant nous, avec sa bordure de grands arbres, déjà pailletés des premières feuilles tendres du printemps. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, de la barrière de l'Étoile^ aux

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Tuileries, on ne découvrait que des fusils et des hommes armés, brillant au milieu d'une foule compacte et mouvante ; des masses innombrables s'avançant vers PArc de Triomphe, défilant avec ordre et se séparant en deux gerbes, à droite et à gauche, après avoir salué la République et ses représentants ; les arbres, chargés d'hommes et d'enfants qui s'y étaient improvisé des loges et des tribunes ; une forêt capricieuse de bouquets, débranches d'arbres, de lilas, de rubans, agités à la pointe des baïonnettes; un mouvement plein de vie et sans tumulte ; des blouses et des habits de toutes couleurs, mêlés aux uniformes ; des costumes de toute sorte, parmi les citoyens armés ou sans armes ; des enfants, des femmes, toute la population de toutes les classes, s'agitant avec enthousiasme et criant : Vive la République ! C'était, pour ainsi dire, une revue de la capitale entière, une revue en masse du peuple français, acclamant la révolution.

Le l/omïeur raconte, entre autres, quelques épisodes qui furent très-remarques :

« La 12" légion, commandée par Barbes, avait eule pas sur toutes les légions de Paris, comme étant la plus éloignée des lieux où se passait cette grande

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scène. Le colonel, à cheval, s'est avancé au milieu des plus vifs applaudissements, et il a dit au Gouvernement provisoire : — «Si la légion à laquelle j'ai » l'honneur de commander est la dernière par son » numéro d'ordre, elle ne sera pasla dernière, soyez- » en sûrs , à défendre la République. » L'enthousiasme de la foule a éclaté par de frénétiques bravos.

« Le colonel du 49e de ligne, en passant au pied de l'estrade et en abaissant son épée devant le Gouvernement provisoire, s'est écrié : « L'armée à la Ré- » publique !» et le Peuple s'est mis à battre des mains.

« Quand les blessés de Février ont défilé avec leur drapeau, la plupart portant encore les marques héroïques et douloureuses de leur patriotisme, et couverts de la capote grise du malade , le Gouvernemement provisoire, profondément ému, s'est levé spontanément, et le peuple, non moins ému, criait : u Vivent les blessés ! vivent les braves de Février ! »

Les drapeaux avaient été distribués, au commencement de la revue, aux chefs du génie, des pompiers, de la marine, de l'infanterie légère, delà garde nationale, de l'infanterie de ligne, de l'artillerie, de la grosse cavalerie, des équipages dé

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