CHAPITRE VII
Je crus devoir flétrir ces abus coupables et rappeler à la conscience politique ceux qui tentaient de fausser les élections.
On lisait, dans ma proclamation du 25 avril :
« îl faut que chacun saisisse les conséquences désastreuses qui peuvent résulter d'une représentation nationale tronquée ; il faut que la voix du Peuple soit la voix de Dieu ; que le sentiment politique intime se révèle pur et sans souillure de ces trafics scandaleux, qui, sous le régime tombé, altéraient même les votes des privilégiés.
« Qu'il n'en soit plus ainsi, pour la gloire et le bonheur du Peuple républicain ; qu'il écrase sous le poids de sa moralité les manœuvres de quelques hommes qui veulent porter atteinte à la sainteté de ses devoirs ; et la France régénérée entraînera par son exemple l'humanité tout entière à l'adoption de ses institutions.
« Dans tous les cas, les mesures sont prises pour que toute fraude soit découverte, et justice sera faite du crime que la conscience publique réprouve le plus : l'attentat à la souveraineté du Peuple par la ruse, quand on n'ose plus la combattre ouvertement. »
Le dépouillement des urnes des divers arrondis-
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sements de Paris tint, pendantplusieurs jours, la curiosité publique en émoi.
Le 29 avril, à onze heures du matin, les trentequatre représentants de Paris furent proclamés. M. Lamartine sortit le premier, au chiffre de 252,800 voix; M. Lamennais, le 34^, réunissait 104,871 voix. Ainsi, la première phalange, expression du suffrage universel, fut enserrée entre deux hommes d'un génie littéraire incontestable.
Les noms de quarante-neuf candidats furent ensuite cités comme ayant eu le plus de voix après les trente-quatre élus.
Comme démocrate et comme magistrat, j'avais été porté sur plusieurs listes; 155,779 votes m'appelèrent, vingtième, à représenter le premier peuple du monde.
Ce jour-là, je reçus mille compliments, et je fus étouffé sous les bouquets. Les Montagnards, la garde républicaine, les sapeurs pompiers^ vinrent tour à tour me témoigner leur affection fraternelle. Les employés de la Préfecture y joignirent aussi leurs félicitations.
Un fonctionnaire devrait, avant tout, s'assurer l'affection de ses subordonnés. Sa dignité ne peut être atteinte, lorsqu'il montrera une véritable ex-
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pansion. C'est par ses actes qu'il obliendra le respect et robéissance, toutes les fois que la nécessité imposera de rudes tâches à accomplir.
Diverses personnes vinrent me voir, et me dirent que, pour me conserver à mes fonctions, bon nombre de citoyens ne m'avaient point porté à la candidature, de peur que je préférasse l'Assemblée nationale à la Préfecture de police.
Comment, après toutes ces démonstrations, ne pas redoubler d'ardeur dans la gestion des affaires? Il eût fallu être dépourvu de cœur et de tout sentiment honnête.