CHAPITRE X
L'Assemblée nationale et le Gouvernement. — Le 8 mai. — Bien ou beaucoup. — Louis Blanc et Albert. — Les ateliers nationaux et M. Emile Tliomas. — M. Marie. — Le budget du Luxembourg. — 2 fr. oO c. par télé. — Étonnementde M. Garnier-Pagès. — Banquiers et millionnaires. — Un dîner chez M. Crémieux. — M. Lamoricière et M. Etienne Arago. — La place du Palais-Royal. — M. Lamoricière à la cour le 24 février. — Lidécision^du roi el du duc de Nemours. — Beau zèle du général. — Réponse d'Albert. — Affrancbissement du Peuple. — La commission executive. — La duchesse de Berri en France. — Henri V à Paris. — Une cachette dans le faubourg Saint-Germain. — Les cheveux blonds. — La cour de GharlesX. — Plus de prétendants.
L'Assemblée nationale, dans sa séance du 8 mai, décréta que le Gouvernement provisoire avait bien mérité de la patrie. En considérant les dilHicultés qu'il eut à traverser, il est certain que la position était laborieuse, et que, de part et d'autre, les membres du pouvoir passèrent les jours et les nuits, livrés à un travail actif et incessant. Le Conseil, sans doute, perdit, en discussions hostiles,
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des moments précieux ; mais encore faut-il lui rendre cette justice, que, s'il ne fit pas toujours bien, il fit beaucoup, en peu de temps.
La réaction, déjà puissante, accusait Louis Blanc et Albert d'agiter et de troubler la société. Ils donnèrent leur démission de président et viceprésident du Luxembourg.
Aucun budget ne leur avait été alloué pour favoriser les tentatives d'associations entre ouvriers, tandis que les ateliers nationaux, dirigés par M. Emile ïbomas, sous le patronage de M. Marie, absorbaient d'immenses capitaux, sans autre résultat que de démoraliser les citoyens.
Louis Blanc avait toujours été opposé à ces ateliers de cantonniers, où l'on employait cent vingt mille hommes à des terrassements inutiles ; ce qui n'a pas empêché de le rendre responsable, bien injustement, de cette malheureuse création des ateliers nationaux.
On lui reprochait aussi une vie somptueuse dans son palais du Luxembourg , dont le budget, cependant, était si mesquin, que M. Garnier-Pagès, alors ministre des finances, adressa, à Louis Blanc et à Albert, des observations sur ce qu'il appelait leur parcimonie.
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Chacun d'eux, en effet, ne dépensait que 2 fr. 50 c. pour son dîner.
— C*est une critique de vos collègues , disait Garnier-Pagès, et des dépenses qu'ils sont obligés de faire.
— Vous autres, qui recevez des banquiers et des millionnaires, lui aurait répondu Louis Blanc, vous êtes libres de les traiter avec luxe; mais moi, constamment en face d'ouvriers, qui manquent souvent du nécessaire, je ne pourrais, sans insulter à leur misère, déployer pour ma table un faste insolent.
En effet, j'avais été invité à diner, quelques jours avant les élections, chez M. Crémieux, où se trouvaient réunis MM. Lamoricière , Bedeau , Etienne Arago, Louis Blanc et Albert. Je dis à celui-ci que M. Grandmesnil, en sorfant de dîner au Luxembourg, s'était plaint de l'exiguïté de leur ordinaire, prétendant que les employés vivaient beaucoup mieux qu'eux.
— C'est vrai, me répondit Albert : outre que nous tenons à vivre simplement, nous ne voudrions pas vivre luxueusement en face du Peuple qui souffre.
Ce souvenir en évoque un autre : A ce même
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dîner, cliezGrérnieiix, on parla beaucoup des journées de Février. Etienne Arago rappela au général Lamoricière l'affaire du Palais-Royal. Le général convint qu'il s'était trouvé là dans une position critique, et que, sans Etienne Arago, on lui eût fait un mauvais parti. On discuta beaucoup sur les chances de cette journée, et M. Lamoricière dit :
— «Les choses n*auraient point tourné de cette manière, si je n'avais rencontré tant d'hésitation à la cour. »
Il raconta alors que le 24, vers onze heures du matin , il s'était rendu auprès du roi pour y prendre des ordres. Sa Majesté paraissait abattue et le renvoya au duc de Nemours. Le futur régent, plus indécis et plus effrayé que le roi, ne voulut adopter aucunes mesures extraordinaires.
C'est ce manque de direction qui avait paralysé le zèle du général.
— Tout le zèle du monde n'y aurait rien fait, objecta Albert, tout était préparé pour un succès certain. Les sociétés secrètes avaient remué la population militante de Paris. Après le massacre des Capucines, tous les insurgés étaient déterminés à vaincre ou à mourir. Les soldats de Louis-Phi-