CHAPITRE XI
secours contre la barbarie; qu'ils vous appellent à remplir la sainte mission que Dieu a confiée à votre nation, et que la France ne démentira pas à l'égard de sa sœur expirante sous le poignard de l'assassin.
«5 mai 1848.
«Joseph Wysocki.
« Tyszkiewicz.
«Berwinski. »
Le citoyen Wolowski, à la fin de son discours, réclama l'intervention directe de la France, et invita le Gouvernement à faire appel à la nation allemande, à la diète de Francfort, pour sauver la Pologne.
Cette motion généreuse fut vivement applaudie, et la majorité en fixa la discussion au lundi suivant, 15 mai.
A la même séance, le citoyen Daragon priait l'Assemblée de lui accorder un jour pour interpeller le Gouvernement sur la partie du discours de M. Lamartine, relative aux affaires d'Italie. Ces interpellations furent également ajournées ai 15 mai.
102 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
En cette circonstance, M. Lamartine se prononça de nouveau contre toute intervention immédiate :
c( Nous avons promulgué plusieurs fois déjà, ditil, et nous avons défini le genre de concours que la nation française prêterait aux nationalités délivrées de l'Italie; le texte de nos paroles sera aussi le texte de nos actes ; le drapeau français ne s'avancera qu'à son heure dans les limites que votre sagesse et votre patriotisme universel aura écrites de votre propre main. Mais, sachez-le bien, ce qui s^est passé en 1831 ne se renouvellera pas en 1848, et quand le drapeau français se sera avancé jusqu^oii notre politique lui aura dit de se porter, sachez qu^ il ne reculera jamais, »
Ainsi donc, l'heure n'avait point encore sonné, et nulle intervention n'a prêté secours, soit aux peuples du Nord, soit à ceux du Midi. En devenant homme d'État, devient-on donc aveugle, lâche, et traître à tout sentiment généreux? L'histoire aura-t-elle encore à enregistrer une défection, et les peuples, un jour, ne nous crieront-ils point: Racca! en nous couvrant des cendres de leurs villes et des ossements des cadavres amoncelés par les boulets du despotisme ?