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CHAPITRE XI

C'est nous qui avons pris l'initiative révolutionnaire; c'était par notre concours que devaient s'universaliser les principes démocratiques. Un million de citoyens armés se seraient levés comme un seul homme pour affranchir les peuples. Que de sang épargné !

Prôfteurs de la paix, vous l'eussiez obtenue plus sûrement par une attitude énergique, qu'en vous abandonnant sur une pente fatale à l'honneur du nom français !

Cependant la pensée d'intervenir en faveur des Polonais et des Italiens germait dans le Peuple. Plusieurs patriotes français offrirent leur assistance aux comités étrangers siégeant à Paris. Le citoyen Debray vint me trouver, et me fit part de son intention d'aller à Milan soutenir la révolte contre les Autrichiens, avec cent vingt hommes qui mouraient de faim sur le pavé de Paris, et qu'il avait organisés en compagnie de volontaires. Je cherchai à le prémunir contre des pièges; il me répondit qu'il était en mesure, et qu'il partait avec des patriotes du pays.

Je lui donnai alors une lettre dans laquelle je le recommandais à M. Lamartine pour les secours de route nécessaires.

104 MÉMOIRES DE CAUSSIDIEUE.

« Ayez bien soin , surtout, en présentant ma lettre à M. Lamartine, lui dis-je, d'insister sur la part active que vous avez prise dans les journées de Février, vous et les vôtres ; le titre de combattant des barricades vous fera immédiatement obtenir des subsides pour quitter la capitale, »

En effet, le lendemain, il revint avec deux mille francs que lui avait remis M. Lamartine. J'étais chargé de surveiller l'emploi de cette somme, destinée aux dépenses de première nécessité. Il ajouta que la qualité de barricadeurs, attribuée à son monde, avait produit le meilleur effet, et qu'il allait tout disposer pour se mettre en route.

D'un autre côté, les membres de plusieurs clubs imaginèrent de sanctionner la pétition polonaise par une pétition de démocrates, qui serait apportée à l'Assemblée nationale.

Le samedi, 15 mai, vers dix heures, les pétitionnaires se rassemblèrent donc sur la place de la Bastille. On y remarquait les députations des Polonais, les délégués des travailleurs du Luxembourg, des délégués des clubs, des élèves de l'école Polytechnique et de la marine, grand nombre d'officiers de la garde nationale et de gardes nationaux en costume, mais sans armes. La co-

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